Ce blog vise à présenter mes projets en rapport avec mes centres d'intérêts : l'écriture, Warhammer 40K, la reconstitution historique et le travail scientifique qui en découle. Bonne lecture !
Après un réveil très matinal, Grendl et « Lacrise » déjeunèrent d’une façon très succincte et cherchèrent à gagner les docks attenants aux entrepôts démesurés de la Main d’Or, la bourse à la fois de Tarsus et de Scintilla toute entière. Là bas s’échangeaient les ressources, les actions, les obligations, les masses d’argent et de marchandises. Là bas se faisaient et se défaisaient les fortunes, les royaumes du commerce et les empires de la finance. Là bas mourraient à leurs tâches les traders, que ce soit par inanition ou par la main d’un assassin d’une maison rivale. A proximité immédiate de ce cœur économique de Scintilla se trouvait les entrepôts où les marchandises échangées étaient stockées en attendant qu’on vienne les chercher. Autant dire que dans les profondeurs de ses rayons, certaines dormaient là depuis des siècles, attendant que leurs défunts possesseurs viennent les réclamer...
Nos deux acolytes se présentèrent donc aux docks qui faisaient transiter toutes ces cargaisons depuis les immenses cargos en orbite, accostés aux quais orbitaux, et qui déchargeaient sur des navettes atmosphériques leurs contenus. Ceux-ci filaient alors droit au port de Tarsus et étaient mis à l’abri dans les entrepôts.
Résolument, « Lacrise » se dirigea vers le quai de départ des navettes qui effectuaient les transports de passagers. Grendl le suivit. Le technoprêtre aborda alors un homme, qui semblait être le pilote d’un des vaisseaux en partance. Il ne fallut pas beaucoup de temps pour qu’il acceptât de prendre ses interlocuteurs à son bord. Il dévisagea rapidement l’adepte du clergé de Mars, puis jugeant qu’il n’avait rien à lui dire, se tourna vers l’Arbites.
-Avez-vous déjà pris une navette atmosphérique, mademoiselle ? questionna-t-il.
Elle répondit par la négative.
-Les premières fois sont toujours très désagréables. Ca secoue dans tous les sens, et ceux qui n’y sont pas habitués sont souvent... malades... si vous voyez ce que je veux dire ?
-Malade dans le genre ... malade ?
-Exactement.
-Et y’a-t-il quelque chose pour éviter ce genre de désagrément ?
-Avalez ce cachet. Attention ! Ca fonctionne, mais ça peut avoir des effets secondaires.
-Dans quel style ?
-Un abrutissement temporaire... compter quelques heures vu votre corpulence...
-Intéressant. Ok, donnez-moi votre cachet.
Grendl prit la pastille rose, la porta à la bouche et l’avala tant bien que mal.
-Ca fera effet dans une dizaine de minutes, prévint le pilote. Installez-vous, décollage dans quinze minutes !
A l’heure dite, après avoir préchauffé les moteurs et fait les vérifications d’usage, l’homme poussa les commandes et lança les réacteurs à pleine puissance. Ils rugirent avec force, et la navette s’éleva vers l’immensité étoilée.
Grendl ne bougeait plus, ne répondait plus aux questions, avait l’œil glauque et bavait légèrement. « Lacrise » lui paraissait supporter les secousses et les chocs de la montée en orbite avec patience et stoïcisme. Enfin, les chocs prirent fin et le noir sidéral emplit tous les hublots.
Il fallu une bonne heure et demie avant que le pilote ne posa son engin sur la plate-forme d’atterrissage 442. Les acolytes sortirent et se dirigèrent vers la capitainerie. S’il y avait un navire en partance pour 228, le plus sûr moyen de le savoir serait sans doute d’aller se renseigner par là-bas. Ils mirent un certain temps à trouver le bâtiment mais finirent tout de même par découvrir les locaux. Ils entrèrent. Des adeptes, des serviteurs, allaient et venaient comme des insectes fous, franchissant des portes, parcourant des couloirs, arpentant d’innombrables kilomètres de sols. Un adepte à la peau parcheminée par la vieillesse se trouvait seul dans cet intarissable mouvement perpétuel à rester de marbre, immobile, comme un phare au beau milieu d’une tempête, dans la houle des fonctionnaires plus ou moins cybernétisés. Comme guidés par une balise, un aimant surpuissant, « Lacrise » et Grendl s’avancèrent vers lui. Ils découvrirent vite qu’il se trouvait derrière un guichet, ce qui expliquait son immobilisme si singulier. L’Arbites le salua, imitée en cela par le Technoprêtre. L’autre écarquilla les yeux devant l’apparence étrange de ses interlocuteurs, mais daigna répondre à leur salut. Immédiatement, Grendl entama la conversation.
-Je cherche le prochain navire en partance pour la colonie 228, déclara-t-elle.
-La colonie 228 ? Laissez-moi regarder quelques instants, répondit-il simplement.
Il pianota sur son moniteur de contrôle, puis releva les yeux.
-Vous avez de la chance, le prochain cargo part dans trois heures du quai C37. Son nom est : l’Apothéose, capitaine Rudolph Gebrakt.
-Comment accèdes-t-on au quai ? interrogea le Technoprêtre.
L’adepte leur indiqua le chemin le plus court. Par chance, le quai n’était guère éloigné.
-Une petite question, messieurs dames : pourquoi cherchez-vous à rejoindre 228 exactement ?
L’adepte de Mars sembla maugréer quelque chose qui ressemblait vaguement à « ça te regarde ? » mais Grendl répondit délibérément et sur l’air le plus innocent du monde :
-Nous partons nous installer là-bas, voyez-vous. Scintilla ne nous convient plus. Pourquoi ? Auriez-vous quelques renseignements ?
-Oh, très peu, par l’Empereur ! Mais je sais que les choses vont mal là-bas.
-En quoi ? fit l’Arbites d’un air intéressé.
-Il paraîtrait que le crime soit féroce là bas, et que les colons rongent leurs freins. Le climat est tendu, aux dires des marins. M’enfin vous savez moi... j’en ai juste des retours par quelques matelots qui débarquent, et vous savez, un voyage marchand prend plusieurs années. Mes renseignements ne sont pas des plus frais si je puis dire...
-Merci à vous, toutefois, répondit poliment Grendl. L’Empereur soit avec vous.
L’autre lança en écho la même formule consacrée. Les Acolytes s’éloignèrent. Grâce aux indications du vieil homme, ils ne mirent pas longtemps avant de rejoindre le quai C37. Lorsqu’au détour d’un hangar ils débouchèrent sur le quai, le spectacle qu’ils contemplèrent était proprement stupéfiant. Long d’environ cinq cent mètres, haut comme une des cheminées des manufactoria de Sibelius, l’Apothéose étirait ses flancs étrangement taillés le long du quai, sa proue touchait presque le champ de confinement. Derrière le voile bleu électrique parcouru de reflets mauves qui s’étendait de part en part de la baie d’envol brillaient les millions d’étoiles qui constellaient les ténèbres de l’espace infini.
-MFT-