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19 mars 2009 4 19 /03 /mars /2009 11:10

Agenouillé dans sa petite chapelle personnelle, Gabriel priait l’Empereur de bien vouloir accueillir à sa droite les dix-sept Dark Angels qui étaient tombés sur Ana-Purna III. Il priait en particulier pour Ramiel, sur lequel il avait fondé beaucoup d’espoirs. Il avait allumé un cierge pour chaque défunt et les avait plantés devant une statuette représentant l’Empereur, le visage baissé, les deux mains sur la garde de son épée, dans un air de contrition. Les petites flammes jaunes brillaient d’une faible lueur, mais elles animaient le petit lieu saint en projetant leurs lumières sur les bas reliefs simples et hiératiques qui décoraient les murs.

Le Dark Angel se releva, salua une dernière fois la statue et les bougies qui lui faisaient face, puis sortit et referma les grilles en fer forgé. L’épée ailée du Chapitre ornait son centre, étirant ses ailes blanches de part et d’autre de la lame sur les barreaux de métal noir.

Gabriel revint dans sa cellule, qui était attenante. Des pupitres de commandes le long des murs, un râtelier d’armes sur lequel étaient accrochés son pistolet-bolter, son combiné-fuseur et enfin, à la place d’honneur, Absolution constituaient la plus grande partie de l’ameublement. Son armure avait été emportée par ses serviteurs afin d’être remise en état, nettoyée puis polie. Lui-même portait simplement sa lourde robe de bure blanche. Il s’assit sur son lit, à l’ornementation assez simple. Sur la table d’ébène qui occupait le centre de la pièce, un repas fumait encore. Gabriel n’avait pourtant que peu d’envie d’y toucher. Il lui restait encore à digérer la perte de tous ces Astartes dont Ramiel, son protégé. Un voyant clignota sur une console.

Gabriel se leva pour appuyer sur la rune d’activation.

-Qui vient demander audience ? questionna-t-il suivant la formule protocolaire.

-Le Chapelain-Investigateur Severian, articula ce dernier à travers le microphone.

-Qu’il entre.

Les deux battants de la porte s’écartèrent l’un de l’autre, glissant le long de rails enfoncés dans la paroi. Un de Ceux-qui-regardent-dans-les-Ténèbres s’avança, Severian à sa suite. La petite chose s’effaça presque aussitôt et ressortit, sans prononcer un seul mot. La porte se referma derrière elle.

-Il a parlé ? entama sans préambule l’officier.

-Certes. Il y aura mis le temps, le bougre, mais mes presque trois cents ans de charge dans mon office m’ont accordés... certains...arguments persuasifs, à force d’expérience...

Gabriel sourit.

-Alors ? Quels sont les résultats ?

-Ces renégats n’avaient qu’un but : récupérer l’épée maudite de Mok’darh, un ancien seigneur de guerre qui aurait fait disparaître l’antique civilisation d’Ana-Purna dans un cataclysme apocalyptique. Il semblerait qu’il ait été possédé par l’entité démoniaque qui résidait dans l’arme, et celle-ci acheva son plan diabolique en éradiquant toute vie sur la planète. C’est pourquoi Moïs Jacobinus trouva une planète vierge à coloniser. Ayant pris conscience qu’il s’était fait rouler, Mok’darh sombra dans la folie mais chercha à se venger, et il y parvint je ne sais comment en enfouissant l’artefact là où nous l’avons trouvé. Mais visiblement, il était à ce point corrompu par les pouvoirs de son arme qu’il mourut sitôt le lien brisé.

-Quel luxe de détail ! Comment avez-vous pu avoir de telles précisions alors qu’il est censé ne plus y avoir eu aucun être vivant sur ce monde ?

-Mok’darh lui-même en a fait le récit lorsque sa raison parvenait encore à prendre le dessus lors de brèves intermittences, avant qu’il ne devienne totalement fou. Ces récits sont parvenus, allez savoir comment, au Seigneur Larsh, de l’Alpha Legion, qui a envoyé afin de  récupérer l’artefact les quelques marines que nous avons affrontés. Ce sont eux qui ont corrompus le gouvernement et fomenté sa sédition, afin de priver l’Imperium des ressources de la planète tout en acquérant la chose. Les analyses faites par les magos de l’Adeptus Mechanicus ont révélés que le sous-sol était riche d’énormes gisements de pétrole, de quoi entretenir les armées de Cadia pendant plus d’un siècle à elles seules. Mais il y a plus grave.

-Quoi donc ?

-Le prisonnier a corroboré plusieurs rapports plus ou moins allusifs qu’une nouvelle Croisade Noire se prépare depuis l’Oeil de la Terreur. D’après lui, l’artefact devait servir au Seigneur Larsh à gagner en prestige auprès de l’Archi-Hérétique, de manière à ce que celui-ci lui accorde des objectifs plus intéressants à remplir lors de ce qui se profile comme la pire des invasions Chaotiques depuis au moins huit siècles.

-Bizarre, cette quête de prestige et cet asservissement à Abaddon m’étonnent beaucoup d’un fils d’Alpharius. Ca n’est pas dans leur habitude, jusqu’ici tous nos prisonniers et tous les rapports ont établis que l’Alpha Legion semblait agir de manière totalement indépendante du rejeton d’Horus.

-En effet, vous avez raison. D’après mon interrogatoire, j’ai toutefois pu établir que le Seigneur Larsh était une sorte de « dissident », en ce qu’il considère que l’alliance par l’allégeance à l’Archi-Hérétique est le seul moyen de triompher de l’Imperium.

-En cela, il n’a pas vraiment tort, malheureusement. Des renseignements supplémentaires sur les objectifs d’Abaddon ou de Larsh durant cette future Croisade ?

-Non, aucun. Il n’était qu’un « exécutant » si je puis dire. En revanche il y a bien plus intéressants.

Gabriel sentait que le Chapelain coupait volontairement son discours, de manière à sa dégager un petit effet théâtral. Le grand maître commençait à suspecter à la fois que Severian avait touché quelque chose de gros, mais aussi que ce dernier était touché à son tour par l’influence de Gabriel dans sa manière d’être. Ce genre de petit effet, jamais encore le vieil Investigateur ne s’en était ménagé. Effectivement, il semblait que la relation entre le maître et son élève n’était plus à sens unique...

-Ne me faites pas languir, Frère Chapelain, répondit amusé le jeune capitaine. De quoi s’agit-il au juste ?

-Eh bien, assez récemment, notre hôte aurait croisé la route d’un certain... Un-zéron-zéro...

-Par le Lion ! Cypher ! Où est-il ?

-D’après lui, il n’y a encore que quelques mois de cela, il était dans la région du Voile, au sud de la galaxie. Système inconnu des archives impériales. C’est une région inexplorée, hormis de quelques Rogue Traders. 

 -Très bien, fit Gabriel en se redressant. Prévenez la Tour des Anges, nous rentrons immédiatement refaire nos forces. La Troisième Compagnie n’a pas encore récupéré de Piscina, et nous avons souffert de pertes élevées durant cette campagne.

Severian observa Gabriel reprendre de la vigueur et s’activer sur le pupitre de commande pour transmettre ses ordres. Il était jeune, très jeune pour un Maître de Compagnie. Seul l’appui de Severian avait permis à Belial, pourtant si réputé, de faire accepter au sein du Cercle Intérieur et encore plus à cette charge un Frère aussi jeune. Indéniablement, Gabriel était talentueux, mais beaucoup l’avaient taxé d’inexpérience. Les évènements d’Ana-Purna III viendraient leur démontrer le contraire. Cependant Severian avait craint pour lui lors de sa réaction à la mort de Ramiel dans les entrailles de la planète. Il n’était pas encore rompu aux arcannes du commandement et à tous les sacrifices qu’exigeait de commander une Compagnie des Dark Angels. La perte de Ramiel l’avait ramené à une dure réalité : la Traque des Déchus était une quête difficile et pénible à mener. Seul l’avenir pourrait permettre de dire si Severian s’était ou non trompé dans son choix, et si Gabriel allait bien devenir le Grand Maître que le vieux Chapelain espérait forger. Il le regarda mettre son armure, que ses serviteurs avaient ramené à sa demande. Il était un Ange de la Mort, un des Messagers de l’Empereur. Mais allait-il vraiment être un Dark Angel ? Là était toute la question...

-MFT-
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19 mars 2009 4 19 /03 /mars /2009 10:53

Lorsque Gabriel évita une énième attaque de griffes tranchantes comme des lames de rasoir et éventra d’un bolt dans l’abdomen l’honni xenos, il compta mentalement qu’il s’agissait de son septième adversaire tué depuis le début de l’engagement, une poignée de minutes auparavant. Le corps à corps était d’une rare violence, demandant des réflexes fulgurants aux Astartes face à l’habilité surnaturelle des Tyranides. Déjà trois frères de bataille étaient à terre, moins prompts ou submergés par le nombre de l’essaim qu’ils affrontaient. Malgré tout, les Dark Angels tenaient et ne cédaient en rien devant la masse grouillante. Gabriel déchira d’un large revers d’épée tronçonneuse quelques membres dans des geysers de fluides visqueux. La chaîne tournait à toute vitesse, dans un sifflement vengeur et vindicatif.

 

-Et de dix ! se dit-il.

 

-Ici Espertas. J’engage le dernier gros. Gabriel, tu me couvres.

 

Gabriel acquiesça par radio, et se tailla un chemin à travers la foule compacte des gaunts afin de rejoindre son Sergent. A bout portant, et sur des opposants aussi peu résistants, les ogives dévastatrices que tirait son pistolet bolter prélevaient un lourd tribut à l’Empereur parmi les abominations xenos. Il progressa vaille que vaille et seconda Espertas du mieux qu’il put. Ce dernier affrontait un rôdeur qui semblait maintenir le contrôle de la horde de gaunts. Le Sergent était un excellent bretteur, et en remontrait à la bête. Après quelques secondes de duel, deux des quatre bras manquaient à l’extra-terrestre, tranchés par une lourde frappe de taille. Le Dark Angel fit une rapide feinte à gauche, et l’instant d’après son épée énergétique équarrissait à nouveau le rôdeur, l’amputant d’un membre supplémentaire. Pourtant, le match n’était pas conclu et une attaque du Tyranide emporta au loin son casque, taillant une balafre supplémentaire le long de sa tempe. A peine secoué par le coup, Espertas empala littéralement le monstre, lui faisant passer toute la longueur de sa lame à travers le corps. Dans un cri rauque d’agonie et un désagréable crissement d’écailles, le tyranide s’effondra au sol.

 

La perte de leur leader désorienta le reste de l’essaim tyranide, les gaunts s’égaillant au hasard. Ils n’offraient plus grande résistance aux Astartes qui abattirent les survivants. Deux des marines préfèrent se porter au secours de leurs frères plutôt que de participer à la curée. Par le canal de compagnie, Espertas appela sur place l’Apothicaire Gidéon.

 

_________________________________________________

 

L’escouade Espertas revint au camp de base de la Troisième Compagnie une fois sa patrouille accomplie dans le secteur dzêta. Le rhino sommairement médicalisé qui avait amené Frère Gidéon était rentré depuis longtemps. Frère Ramirez, plus sérieusement touché, avait été transporté par Thunderhawk jusqu’aux ponts médicaux du Winged Vengeance, accompagné par l’Apothicaire qui allait devoir œuvrer de son mieux pour stopper les abondantes hémorragies dont souffraient l’Astartes. Les deux autres Marines pouvaient rester à l’infirmerie de campagne dressée sur la planète, leur état de santé ne requérant que les soins dispensés par les serviteurs Medicae. Quintus, le jeune apprenti de Gidéon que l’Apothecarion avait détaché auprès de ce dernier le temps de la campagne, supervisait toutes les opérations de l’officine quand Gidéon était absent, et se formait auprès de son maître quand ce dernier était de retour. Après avoir pris connaissance de l’état des blessés sur les feuilles de soin affichées non loin de leurs lits de camp, Gabriel s’approcha du médecin néophyte.

 

-Salutation novice Quintus ! entama-t-il.

 

-Salutation, Frère Gabriel ! salua l’autre en retour. Que me vaut l’honneur de votre visite ?

 

Le novice portait un large tablier blanc maculé de sang en maints endroits par-dessus son treillis réglementaire et son armure légère de scout. Gabriel pensa quelques secondes au temps où il avait porté la même. Quintus lui aussi avait été scout, et comme tel avait participé à de nombreuses campagnes au sein de la Dixième Compagnie, mais avait marqué un intérêt grandissant pour tout ce qui touchait à la médecine et aux soins de ses compagnons. Il s’était même illustré durant la campagne de Therion en secourant son propre Sergent, Frère Lachès, durement blessé pendant une escarmouche. Le fait qu’il ai réussi à stabiliser l’état de son instructeur et contribué à son extraction avait probablement sauvé la vie du vétéran. Un crâne d’or sous lequel était gravé les noms « Lachès » et « Therion » dans un cadre d’argile rappelait ce glorieux acte de courage. La récompense était apposée à droite de l’Helix Premier, l’insigne des Apothicaires, sur l’épaulière droite. Par conséquent, ses affinités avec la médecine et la chirurgie avait retardé son ordination en tant que Frère de Bataille, pour suivre une formation plus poussée au sein de l’Apothecarion. Une fois celle-ci achevée, il serait versé dans une escouade combattante et devrait faire preuve de ses qualités et de son courage, afin de démontrer sa valeur et intégrer enfin une escouade de commandement, gagnant ainsi la place privilégiée d’Apothicaire de Compagnie. Mais dans l’immédiat, Quintus acceptait humblement sa position d’aide de Gidéon et profitait avec enthousiasme des leçons que ce dernier inculquait à son protégé au fur et à mesure des interventions.

 

Gabriel jeta un rapide coup d’œil à la ronde. L’infirmerie était déserte, si l’on exceptait les quelques blessés qui étaient maintenus en animation suspendue grâce à leurs membranes cataleptiques, afin de récupérer plus vite de leurs blessures.

 

-Quintus, tu étais avec nous lors de l’opération de l’Amas de Paroth ?

 

-Vous voulez parler du nettoyage xenocide que nous avons mené conjointement avec la marine impériale dans ce champ d’astéroïde il y a quelques semaines ?

 

-Exactement.

 

-J’ai eu l’honneur de suivre maître Gidéon au même titre qu’aujourd’hui, en effet, Frère Gabriel.

 

-Etais-tu là quand on m’a ramené après notre affrontement face aux psykers eldars ?

 

-Assurément, Frère Gabriel, et vous étiez dans un sérieux état. Maître Gidéon a dû faire de gros efforts pour vous tirer de votre coma.

 

-J’ai certainement déliré, n’est-ce pas ?

 

-Etrangement non, Frère Gabriel. J’ai été de veille la plupart du temps que vous avez passé dans cet état, et je ne me souviens pas vous avoir entendu dire quoi que ce fut. Pourquoi cela ?

 

-Frère Severian dit souvent qu’il faut connaître ses peurs les plus secrètes pour les affronter. J’aurais souhaité savoir si j’avais dit quelque chose inconsciemment, afin que je suive l’enseignement de notre révéré Chapelain Investigateur.

 

-Alors priez l’Empereur qu’il vous envoie au plus vite la pire des bestioles qui hantent cette planète, Frère Gabriel. J’aurai plaisir à vous faire savoir tout ce que vous aurez bien pu raconter durant votre prochain coma ! C’est que, pour autant que j’ai eu le loisir d’en juger, vous êtes un de nos plus fidèles alités !

 

Gabriel s’amusa aussi de la remarque que l’infirmier avait lancé avec un large sourire. Qunitus était non seulement un guerrier très prometteur comme le prouvait son crâne d’or, récompense extrêmement rare pour un novice, mais aussi un médic talentueux. A cela il joignait une amabilité de tous les instants, un dévouement à sa tâche infaillible et un sens de l’humour qu’il ne manquait pas d’utiliser pour apaiser ou rassurer ses patients. Il quitta le novice avec le sourire. Mais pas seulement. Le soulagement tenait également une bonne place dans sa bonne humeur.

 

Tout en se dirigeant vers la sortie de la pièce, Gabriel songea aux terribles paroles que la prophétesse eldar avait proféré à son esprit lors de la précédente campagne. Elles n’avaient guère cessé de le hanter depuis tout ce temps, à chaque fois que la fureur des combats s’estompaient pour quelques moments de repos et de récupération. Gabriel n’avait qu’une terreur : que quelqu’un s’aperçoive qu’il savait plus de choses qu’il n’aurait dû. Le jeune Dark Angel n’avait pas oublié l’interrogatoire en règle auquel l’avait soumis Severian peu après l’assaut sur Ellébore durant son noviciat. Instinctivement, il avait su qu’il fallait absolument caché ce qu’il avait vu à son mentor. Expliquer pourquoi ne lui était pas possible. Son  mutisme n’avait fait qu’augmenter avec le temps. Ses talents d’observateur lui avaient fait remarquer certains petits détails révélateurs, quelques petits faits troublants ou inquiétants. Depuis, sa conviction qu’il devait se taire n’avait fait que croître. Sa situation n’avait donc pas grand-chose d’enviable. Tiraillé entre ce malaise constant qui lui implorait de confesser ses désarrois et ses troubles à un Chapelain, et cette intuition inhibitrice qu’agir en ce sens revenait à se condamner soi même à la mort et à la damnation, Gabriel ne savait que faire. De telles interrogations pouvaient l’emporter sur des chemins obscurs et périlleux, ou lui être fatales dans un moment de doutes. Malgré toute sa volonté, malgré tout son conditionnement, les paroles de la xenos l’avait ébranlé. Pareille situation pouvait se reproduire, et il lui était impossible de prédire si cette fois-ci le bouclier de sa foi tiendrait le choc. Lentement, très lentement, le doute s’installait à son esprit, minait petit à petit le mur que le Chapitre et ses enseignements avaient élevé autour de son esprit. Le fils du Lion redoutait de céder et de s’effondrer au moment critique, mais il le redoutait moins pour lui-même que pour son escouade. Sa faiblesse risquait de tous les mettre en danger. Face à une telle menace, les seules ressources qui s’offraient à Gabriel étaient les siennes. Comme il venait de le rappeler à Quintus, son mentor Severian disait fréquemment dans ses sermons qu’il incombait à tout Dark Angel de connaître ses peurs secrètes et de les affronter. Il savait qu’il allait devoir puiser au plus profond de lui la force qui lui permettrait de triompher de cette peur. Toute la question était de savoir s’il avait les réserves suffisantes…

 

Tout à ses réflexions, Gabriel sortit de la pièce. Il se retrouva dans un large hall dont les murs étaient percés de grandes baies gothiques. Quelques trous d’impacts venaient ouvrir les murs plus ou moins anarchiquement. L’ancienne station de recrutement de Durganion XIII avait connu des jours meilleurs. Pourtant, elle continuait d’étirer son complexe de couloirs, de salles, de terrains et d’arsenaux sur plusieurs kilomètres carrés. Choisie comme camp de base par Belial dès les premiers instants de la purge, elle remplissait à merveille le rôle que le Grand Maître lui avait réattribué. A même d’héberger, de soigner et d’entretenir hommes et matériels de la Troisième Compagnie, elle était également facilement défendable et les nombreux systèmes Tarentules déployés par les Techmarines étaient là pour dissuader quiconque de lancer un assaut sur la station.

 

Mais était-ce bien là le genre de raisonnement que l’on pouvait attendre des Tyranides ?

 

Gabriel regagna la cellule qui avait été attribuée à la septième escouade. Ses frères déjà sommeillaient, assis en tailleur, les systèmes de leurs armures connectés aux générateurs de campagne installés par des serviteurs. Ces derniers l’aidèrent à ôter ses réacteurs dorsaux. Ceci fait, l’Astartes s’assit à son tour au côté des autres membres de son unité. Les serviteurs branchèrent les circuits de son armure énergétique, après quoi ils allèrent s’occuper des réacteurs du Marines afin de les nettoyer, les réapprovisionner en combustible, en recharger les batteries et les oindre d’onguents sacrés. Pour sa part, Gabriel adressa une courte prière à l'Empereur pour qu'il lui donne un sommeil réparateur et le prémunisse des pensées noires qui l’agitait d’habitude. Puis il décida de ne pas utiliser son nodule cataleptique afin de dormir le mieux possible sans réfléchir à toutes les questions qui le harcelaient depuis maintenant près d’un mois.

 

En peu de temps, le Fils du Lion s'assoupit.


-MFT-

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19 mars 2009 4 19 /03 /mars /2009 10:25
-Qu’avez-vous découvert, alors ? interrogea Severian avec une pointe d’agacement dans la voix. Il avait coutume d’apprécier l’ironie de Gabriel d’une manière plus atténuée que le grand maître Bélial, et en particulier quand elle s’adressait à lui.

Gabriel ne répondit pas tout de suite. Il du répondre d’abord aux injonctions pressantes que lui demandait Gidéon. Ce dernier n’entendait pas laisser partir son officier sans lui avoir dispenser des soins de meilleure qualité que son bras n’en avait reçu jusqu’à présent. Gabriel se laissa faire, sentant que son apothicaire ne le laisserait jamais partir tant que son bras n’aurait pas été ausculté sous toutes les coutures, et dûment soigné.

-La retraite dans laquelle se cache le déchu que nous traquons depuis le début de cette opération, asséna-t-il. Je l’ai trouvée.

-Pardon ? Mais comment avez-vous fait pour la découvrir ? questionna le chapelain. La surprise lui fit oublier immédiatement le léger mécontentement de l’instant précédent.

-Le temps manque, Frère-Chapelain, je vous expliquerai plus tard comment. Il faut absolument que vous et l’escouade Séleucos soyez rapatrié sur le Winged Vengeance. Ensuite, faites faire les réparations sommaires sur vos armures, je ne veux pas courroucer l’Esprit de la Machine alors que nous risquons d’avoir grand besoin de lui. Tenez-vous prêt à vous téléporter sitôt que j’activerai ma balise. Le code sera mon numéro matricule suivi du numéro de votre cellule sur le Winged Vengeance.

-Et où atterrirons-nous ?

-Dans la cathédrale St Moïs.

_________________________________________________________


Lorsque la formation blindée de la 3ème compagnie déboucha sur la place de la cathédrale, tout était calme. Du moins, sur la place elle-même. Au loin résonnaient les bruits confus d’une bataille, le grondement ininterrompu des canons tissant comme un fond sonore à la trame fatidique de l’instant. Fatidique, le moment l’était à plus d’un tour. Tous les Dark Angels sentaient que la mission arrivait à son terme, même si bien peu comprenaient pourquoi ils faisaient maintenant mouvement vers la cathédrale, loin en arrière des combats. Cependant, les Dark Angels étaient connus, entre autres choses, pour leur discipline, et aucun des Astartes ne posa de questions.

Leur capitaine avait prévenu de s’attendre à de possibles contacts hostiles, et ce ne fut pas vain. Sans avertissement, un missile fusa hors du portail d’entrée de l’imposant édifice, en direction de « Magna Veritas », le Razorback de commandement. Heureusement, l’expérimenté pilote parvint à l’éviter, et la formation d’attaque des Dark Angels se déploya afin de monter à l’assaut. A peine cinq minutes plus tard, il ne restait plus rien des défenses hérétiques.

Gabriel, qui avait troqué ses chers réacteurs dorsaux contre un paquetage énergétique standard, ordonna à ses hommes de fouiller l’immense bâtiment de fond en comble, et surtout en fond. Si le déchu avait pu se réfugier quelque part, voire même partir à la recherche d’un quelconque artefact impie dont Gabriel commençait à soupçonner la présence sur la planète, c’était probablement sous le dallage de marbre qu’il fallait le chercher. Au bout d’une dizaine de minutes, Bethor l’appela du côté de l’autel. Le grand maître s’approcha de celui-ci. C’était un bel ouvrage, le marbre monolithique, sa découpe soignée, le travail de bas reliefs qui l’ornementait rendaient vraiment hommage à l’Empereur-Dieu.

-Quelle pitié, pensa l’Impardonné.

Bethor, tenant dans une main une des trois bannières sacrées des Fils du Lion, lui désignait de l’autre quelque chose sur le sol. Gabriel regarda à son tour, et vit que des sillons striaient la pierre, décrivant un arc de cercle qui partait de l’autel pour n’aller nulle part. Il était manifeste que celui-ci avait été tiré, du moins déplacé d’une façon ou d’une autre, par quelqu’un ou sous l’action de quelque chose.

Le grand maître fit appel à deux de ses marines pour déplacer la chose, mais l’édifice ne bougea pas en dépit des efforts des deux colosses. Sans doute y avait-il un mécanisme qui permettait de révéler un passage. Mais le temps manquait dramatiquement pour le trouver. Aussi Gabriel opta-t-il pour une solution radicale.

-Aeniol, apportez-moi une de vos bombes à fusion, voulez-vous ?

Il prit la dangereuse mine des mains du Sergent de la Sixième Compagnie et ordonna à tous ses hommes de se mettre à couvert. Puis il arma l’engin, le plaça sur l’autel et couru à son tour se protéger de l’explosion.

-L’Empereur me pardonne, se dit-il lorsque retentit le vacarme de l’explosion. De toutes façons, je ne fais que rendre justice. Le seul service que l’Empereur ai jamais toléré à son égard est celui de la guerre au profit de la grandeur de l’Humanité, pas ce genre de flagorneries.

Il se releva, et inspecta les décombres. Un grand cratère se tenait à présent en lieu et place de l’autel, des volutes de fumée formaient un brouillard alentour, et quelques débris achevaient de retomber. L’officier examina l’orifice. Bien que l’explosion en ait volatilisé le haut, un escalier plongeait le long d’un couloir taillé de main d’homme vers les profondeurs. Le couloir lui-même était d’une taille modeste, bien suffisante pour un homme, mais à peine assez large pour un Astartes en armure énergétique. Il serait suffisamment difficile pour Gabriel et ses vétérans de progresser à travers celui-ci, il était par conséquent totalement exclu de faire passer par là les Terminators du groupe d’assaut Severian. Le grand maître choisit de remettre leur appel à plus tard, en espérant que le corridor ne s’enfonce pas trop profond pour empêcher l’émission de sa balise personnelle.

-Bien.

Il se retourna vers ses frères.

-L’escouade Bethor descendra avec moi. Kardiel, tu prendras le commandement pendant mon absence. Dissimulez-vous dans la cathédrale, assurez-vous une solide position défensive. Aucune personne, quelque soit son rang, ne doit franchir ce périmètre. A fortiori s’il s’agit d’ennemis, bien entendu, ajouta-t-il avec un petit sourire.

Un léger rire monta de l’assemblée en guise de réponse.

-Je compte sur vous. Tenez quelqu’en soit le prix, faites honneur au Chapitre. A vos postes Frères.

Puis, tandis que Bethor confiait le précieux étendard à la garde du sergent vétéran, Gabriel se laissa tomber sur la première marche de l’escalier en contrebas. Descendant rapidement les degrés, sa suite sur les talons, il entra totalement dans l’obscurité du boyau. Il bascula son casque en mode infrarouge, et se saisit de son auspex. Ce dernier ne détecta rien. Avec précaution, les Dark Angels avancèrent le long du couloir. C’était le noir complet et seule la lueur rouge sang des lentilles de leurs casques trouaient les ténèbres comme deux amandes écarlates. Après une pénible progression qui dura un bon quart d’heure, et prit plusieurs coudes, le scanner que tenait Gabriel signala des formes de vies. Ils se rapprochèrent d’un nouveau coude, au détour duquel quelques formes aux contours humains se peignèrent de couleurs chaudes à l’intérieur du casque des Astartes. L’affichage tactique signala lui aussi la présence d’humains à proximité. Par le com-link, l’officier donna l’ordre de stopper.

-Nous n’avons pas idée de ce qu’il peut y avoir après ce groupe de gardes. Je ne veux pas utiliser de grenades, le bruit risquerait de donner l’alerte. Nous allons devoir charger et massacrer toute cette engeance au corps à corps. En avant !

Le Fils du Lion s’élança. Surgissant de l’angle du couloir en une fraction de seconde, Absolution étincelante d’énergie entre ses mains, il fut sur les quelques hérétiques avant même que ceux-ci n’aient le temps de lever leurs armes. L’instant d’après, tout était fini.

Délaissant les cadavres qui gisaient à ses pieds dans des mares d’un gros sang noir, Gabriel s’approcha de l’objet de la garde tragique des sentinelles. Le couloir s’évasait quelque peu sur une dizaine de mètres en avant, puis s’interrompait, barré par un obstacle. C’était une large porte de bois, aux vantaux usés par les siècles. Des renforts et de jointures d’or les encadrait en des motifs gothiques. Au centre de la double porte, à cheval sur les battants, s’étirait l’étoile à huit branches du Chaos universel. Son crâne central semblait ricaner d’un rictus mauvais devant les Dark Angels. Le long des parois, des sculptures grotesques, des gargouilles grimaçantes et difformes paraissaient vouloir s’extraire de la pierre et prendre leur envol en une nuée démoniaque.

Le grand maître jugea l’épaisseur de la porte. Il l’examina rapidement puis, ayant pris sa décision, se retourna vers ses vétérans et amis.

-Cette porte ne m’a pas l’air trop solide, je vais la défoncer et passer à travers puis me jeter à terre en un roulé-boulé. Ramiel, Gidéon, Agis, vous me couvrirez sitôt la porte démolie. Tir continu. Bethor, Aemilianus, balancez-moi une grenade dans la première cible d’intérêt que vous trouverez et rejoignez-moi aussitôt. Notre objectif reste la capture du déchu, il nous le faut vivant, vous entendez ? Concentrez-vous là-dessus, au pire donnez-moi le temps d’y arriver. Je compte sur vous. Pour l’honneur du Chapitre, pour le Lion et pour l’Empereur !

-Pour l’honneur du Chapitre, le Lion et l’Empereur ! reprirent d’une voix grave les cinq Impardonnés.

Bethor et Aemilianus prirent place de part et d’autre des vantaux. Les autres se répartirent comme à l’exercice pour optimiser les angles de tir. Gabriel se saisit de son pistolet bolter dans la main gauche, d’Absolution dans l’autre, et se prépara.

-Au troisième top, dit-il simplement.

Ses hommes acquiescèrent. Gabriel compta. Au signal, il se jeta en avant. Les trois cent kilos de l’Astartes défoncèrent la porte comme une feuille de papier. Gabriel se jeta à terre et roula sur lui-même alors que la salle s’emplissait des détonations des pistolets bolters des Dark Angels. Deux explosions retentirent pendant qu’il se relevait en un éclair, tirant à bout de bras de sa propre arme de poing. Déjà Bethor et Aemilianus se ruaient sur leurs adversaires. La salle était emplie de cultistes et de démons. Les Dark Angels étaient en sous nombre, et risquaient fort de se faire submerger. Sans hésiter, Gabriel activa sa balise de téléportation, priant l’Empereur pour que le signal atteigne la chambre de saut du Winged Vengeance.

-Repends-toi aujourd’hui, car demain tu seras mort !

Hurlant de toutes ses forces le cri de guerre du Chapitre, Gabriel et sa suite avec lui chargèrent la masse compacte de bêtes et d’humains. Le lieu qui n’était illuminé que par quelques torches épars, ne permettait pas de voir bien loin. Tailladant en tous sens, décapitant, éventrant, en une série d’attaques, parades, feintes ou contre-attaque, le Dark Angel se frayait un chemin sanglant à travers les rangs des hérétiques. Derrière lui, le gantelet énergétique de Bethor fauchait à grandes volées. Abattant deux serviteurs du Chaos supplémentaires d’une courte rafale de pistolet, Gabriel parvint à distinguer les officiants du culte. Un Astartes, engoncé dans une armure de très vieille facture, sacrifiait des victimes qui ressemblaient fort à des membres du culte de l’Empereur. Planté aux sommets d’un pentacle dessiné au sol, des cadavres portant les habits de cardinaux ou de membres éminents du culte étaient empalés sur de gros pieux. Immédiatement autour du sacrifiant, une garde de cinq ou six renégats le mettait en joue avec leurs antiques bolters. Mais chose bien plus inquiétante, au centre du pentacle émergeait du sol, lentement mais sûrement, la poignée d’une épée impie. Déjà la garde à son tour sortait, baignant d’une lueur rouge sombre et malsaine les armures noires des traîtres. L’atmosphère se faisait de plus en plus lourde et oppressante.

La rage, la colère et la haine s’emparèrent de Gabriel, qui parvint à s’ouvrir un chemin à travers la marée démoniaque. L’annonce que Aemilianus était à terre décupla encore sa violence. Il s’extirpa enfin des laquais des puissances de la ruine. Le prêtre impie se retourna vers lui, et la stupeur s'abattit sur le grand maître. Son épaulière ! Là où Gabriel s’attendait à voir l’épée ailée du Chapitre, en lieu et place il vit l’hydre de l’Alpha Legion !

-Tuez le ! Le rituel ne doit pas être interrompu !

L’ordre lancé par le fils maudit d’Alpharius le ramena de sa surprise. Les traîtres ouvrirent le feu, et Gabriel se retrouva pris pour cible par une myriade de bolts. Heureusement pour lui, quelque pas le séparaient de ses ennemis, aussi ignorant le barrage de feu, il se jeta en un nouveau roulé-boulé sous la tourmente, et planta Absolution dans la suite de son mouvement dans l’estomac d’un premier légionnaire. Le champ d’énergie traversa facilement l’armure, et la lame perfora de part en part l’ennemi. Avant même que ses adversaires n’aient eu le temps de se saisir de leurs armes de corps à corps et de lui tomber dessus, il s’était déjà relevé et tira à bout portant un bolt en direction de l’un d’entre eux. L’ogive l’atteignit à travers l’optique et explosa à l’intérieur du casque, pulvérisant le crâne. Il s’écrroula, mort. Au même instant, en une débauche d’étincelles, le groupe d’assaut Severian se matérialisa. A nouveau le cri de guerre du Chapitre résonna dans la crypte. Une immense langue de feu s’éleva du lance-flammes lourd que portait Frère Abel, tandis que les hauts parleurs de Severian vociféraient les Litanies de la Haine.

A leur tour, les renégats furent surpris par l’arrivée inattendue de Severian et des siens. Gabriel la mit à profit et bouscula ses adversaires, chargeant droit sur leur chef. Severian saurait bien s’occuper des autres.

Revenu à lui, le Légionnaire abandonna son rituel et tira d’un fourreau un long cimeterre, qui se mit à briller lui aussi d’un champ électrique. L’artefact maudit dépassait maintenant d’une bonne moitié de la lame. Il fallait faire vite.

Empoignant Absolution à deux mains, Gabriel para une première attaque de haut en bas, et donna un violent coup de botte dans l’abdomen du traître. Ce dernier recula d’un pas sous l’impact, et Gabriel profita de ce moment d’inattention  pour inverser sa prise sur son épée et envoya droit sa pointe vers la coque blindée qui protégeait l’aine de son ennemi. Au dernier moment, celui-ci vit le danger et par une esquive très adroite, parvint à éviter le coup. Il roula sur lui-même sur le côté, puis se releva dans la foulé pour stopper une nouvelle attaque du Dark Angel. Forçant sur Absolution, Gabriel se rapprocha presque casque contre casque du renégat.

-Tu ne me vaincras pas, laquais du Faux Empereur ! hurlèrent ses systèmes vocaux.

-Ta foi maudite t’aveugle, sale traître !

Cette fois, ce fut pourtant le Légionnaire qui, d’une violente bourrade, repoussa Gabriel, parvenant à se dégager. Il attaqua aussitôt, d’une nouvelle frappe de taille portée de haut en bas, mais le grand maître s’effaça habilement. De volée, il contre-attaqua mais sa lame passa trop haut, et elle ne put qu’arracher son casque au Space Marine déchu. Le heaume roula à terre, dévoilant alors le visage tuméfié du renégat, à la bouche garnie de multiples crocs. Emporter par son élan, le légionnaire parcouru quelque mètres avant de se retourner et de détourner dans le même mouvement Absolution qui déjà revenait. Les duellistes se firent face.

Jetant un coup d’œil à l’épée maudite, le grand maître vit qu’elle n’émergeait plus, et même qu’à présent, elle retournait lentement à la pierre. L’entité démoniaque qui l’habitait pépiait et caquetait sa colère.

Jugeant le moment propice, le chaotique se lança à l’assaut, portant une attaque d’estoc. Gabriel enroula Absolution autour de la lame du cimeterre tout en s’effaçant de sa trajectoire, dans son mouvement préféré, et d’une brusque torsion du poignet fit sauter son arme des mains du Légionnaire décontenancé. Elle alla chuter quelques mètres plus loin, et aussitôt le Dark Angel s’interposa entre elle et son adversaire. Ce dernier ne perdant pas de temps, fit un bon de côté et agrippa la poignée de l’épée démon qui continuait de s’enfoncer. Il tira de toutes ses forces à lui mais rien ne vint malgré sa force herculéenne. L’artefact resta prisonnier du sol.

-Malédiction ! rugit-il.

Au même instant, Absolution s’abattit avec la force de la colère vengeresse de Gabriel sur ses poignets, qui furent proprement tranchés. L’Astartes maudit tomba à la renverse, tandis que ses poignets restaient accrochés à l’épée. Etalé dos contre terre, les bras en croix, ses extrémités fumantes dépassant des brassards sectionnés, il vit la terrible pointe d’Absolution venir se placer menaçante à quelques centimètres de sa gorge. Il tenta de se relever afin de s’ouvrir le cou sur l’arme énergétique, mais il dérapa pitoyablement sur ses moignons et retomba lourdement à terre.

-Maudis sois-tu, infâme serviteur du Lion, lâcha-t-il faute de mieux pour concéder sa défaite.

-Maudis plutôt tes dieux, tu n’as encore pas idée de ce qui t’attend. Enchaînez-le ! ordonna-t-il.

Séleucos lui-même vint entraver leur prisonnier. Gabriel se détourna de lui et regarda la lame démoniaque disparaître à nouveau du sol. La chose qui en était prisonnière pépiait de plus belle, déversant d’étranges babillements, un sabir incompréhensible de sifflements haineux. La cacophonie augmentait à mesure que l’épée s’enfonçait. Bientôt la garde à son tour plongea, et les injures se muèrent en long hurlement de colère et de frustration. La garde fut absorbée, puis la poignée et enfin le sol se referma définitivement sur le pommeau. La partie était belle et bien finie.

Gidéon s’approcha de son officier.

-Bethor a une coupure assez profonde à l’épaule mais fort heureusement j’ai pu maîtriser l’infection. Aemilianus est dans un état stable, mais il lui faut d’urgence des soins.

Gabriel sentait bien qu’il ne lui disait pas tout.

-Nos pertes ? questionna-t-il

Gidéon inspira profondément et lâcha :

-Frère Ramiel a rejoint la droite de l’Empereur. Frère Ligthning-Snake de l’escouade Séleucos l’y a accompagné peu après.

Sous son casque, le visage du grand maître se crispa. Il était pourtant un habitué des coups durs, mais cette perte l’affectait beaucoup. Ramiel venait juste d’entrer dans son cercle de vétérans, n’avait été intronisé au sein du Cercle Intérieur que très récemment, et promettait beaucoup. Il lui rappelait un peu ce que lui-même avait été, et aurait pu prétendre avec quelque espoir à commander la Troisième Compagnie si Gabriel venait à être promu… ou tué… En un sens, c’était un peu lui que l’on avait tué. L’officier s’efforça de faire le vide dans son esprit, d’évacuer ces pensées et d’attendre d’être dans sa chapelle personnelle sur le Winged Vengeance afin de prier pour l’âme de son défunt compagnon. Ils avaient payé cher leur victoire. Deux vétérans étaient morts pendant l’action, et venaient s’ajouter à la liste des tués pour Ana-Purna III. Cette planète avait intérêt à ne jamais oublier le sacrifice qui lui avait été consenti, et à toujours s’en montrer digne. Et tout ça pour un déchu qui n’en était pas un…

-L’Alpha Legion, hm ?

Severian à son tour s’était rapproché de Gabriel. Ce dernier répondit sur le canal privé.

-Par le Lion, oui l’Alpha Legion, lâcha Gabriel ! Nous nous sommes trompés ! Vous vous êtes trompé ! Il suffit que nous voyions un gantelet noir pour que nous accourions tous aux abois !

-Gabriel, je vous respecte beaucoup mais faites attention à ce que vous dites, maugréa Severian.

-Peu importe ! J’ai perdu en une semaine de combat près de vingt Frères, tout ça parce qu’un sombre indic’ avait vu un gantelet noir ! Dites-moi Frère-Chapelain, combien de mondes avons-nous déjà abandonnés pour un gantelet noir ? Combien de millions de serviteurs de l’Empereur avons-nous déjà abandonnés pour un gantelet noir ? Stéphania est-elle tombée elle aussi pour un gantelet noir ?

-Gabriel, par le Lion, calmez-vous ou je serai forcé de vous relevez de vos fonctions le temps que vous repreniez vos esprits, menaça Severian d’une voix sourde.

-Vous n’en avez pas le pouvoir, Frère Severian, et vous le savez aussi bien que moi. Mais dans le fond, vous avez raison. La perte de Ramiel m’affecte plus qu’elle ne le devrait. Veuillez me pardonner.

Severian sentit la colère du jeune officier s’apaiser. Derrière son masque mortuaire, un léger sourire se peignit sur ses lèvres. Même si Gabriel avait un caractère qui avait parfois le don de l’agacer, le vieux mentor connaissait bien son élève. Il décida de ne pas trop lui tenir rigueur de ce débordement. En fin de comptes, ils le savaient tous deux, il appréciait un peu trop son protégé pour vraiment le blâmer. Il se prit à se maudire lui-même pour ce petit faible.

-J’aurais aimé te donner trois jours de pénitence, Gabriel, comme lorsque tu n’étais qu’un novice et qu’il fallait calmer un peu ton caractère trop bouillonnant . Quelle idée j’ai eu là de favoriser ta carrière fulgurante ! ajouta-t-il en soupirant.

A son tour, un léger sourire se dessina sur les lèvres de l’officier. C’était bien la première fois qu’il voyait Severian faire montre de ce genre d’ironie.

-Cela fait partie des relations d’un maître avec son élève, fit avec un ton presque amusé le Chapelain, comme s’il avait deviné les pensées de Gabriel. Vous aviez une forte pression sur les épaules, Maître Gabriel, reprit-il en retrouvant un ton plus neutre, plus habituel. C’était votre première mission au service de l’Empereur, ne l’oubliez pas. Et vous l’avez accomplie avec brio. Vos Frères ont donnés leurs vies pour Lui, pour le Chapitre et pour l’Humanité. Nous en rediscuterons une fois de retour sur le Winged Vengeance.

-Je l’espère Frère-Chapelain. Je l’espère…

-MFT-
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19 mars 2009 4 19 /03 /mars /2009 10:09

Multicolore, dantesque et pyrotechnique. Tel était l’environnement de Gabriel. Ou du moins le percevait-il ainsi. Les choses ne lui paraissaient plus en rien proches d’une quelconque réalité et ce depuis déjà un certain moment. Tout semblait surnaturel ! Ses sens ne lui renvoyaient plus aucuns signaux cohérents les uns avec les autres. L’espace se distordait autour de lui ou aussi bien se contractait à un point tel que l’idée même de progresser à travers cette… illusion… était totalement absurde. Agressés par des flashs visuels d’une intensité insoutenable, ses capteurs n’arrivaient plus à suivre le changement incroyablement rapide des fréquences, aveuglant presque le Dark Angel. Jamais il n’avait été confronté à quelque chose de semblable. Il avait l’impression de rêver plutôt que d’être en mission. Où étaient ses adversaires ? Où étaient ses alliés ? Son objectif ? Vers où aller ? Autant de questions auxquelles les réponses ne venaient pas.

 

Dans cet univers onirique Gabriel se sentait comme en léthargie. Seule sa volonté l’empêchait encore de se laisser tomber à la renverse, de mettre un genou à terre pour tenter de reprendre son équilibre. Ce simple geste lui paraissait incompréhensible. Comment un acte aussi trivial pourrait-il lui permettre de reprendre pied dans une matérialité tangible ? Tout chavirait sans cesse autour de lui, plus rien d’autre ne le maintenait debout hormis l’inflexibilité qui avait fait le renom du Chapitre.

 

A travers ce cauchemar, l’Astartes aperçut une ombre plus stable que les autres dans ce décor mouvant. L’ombre esquissa un mouvement gracieux et aussitôt un voile d’obscurité s’abattit sur lui.

 

____________________________________________

 

-Gabriel.

 

Ce nom sonnait de manière étrange aux oreilles de son possesseur. Comme si c’était une bizarrerie qu’il ait encore un nom. Comme si jusqu’à cette réalité là devait être niée. Comme si l’idée qu’un nom puisse désigner cet être ballotté au gré des éléments fut des plus incongrue.

 

-Gabriel.

 

Cette voix… cette voix n’avait rien d’humaine, mais semblait être belle malgré cela. Elle suscitait l’envie tant elle était agréable à entendre. Elle était chargée de sagesse et elle imposait sa volonté par le seul fait de parler, comme si ses sonorités renfermaient un pouvoir performatif. Ses appels étaient autant d’invitations à prêter l’oreille. Et il était impossible de ne pas le faire.

 

-Aigle-Taciturne.

 

Gabriel sursauta. Ce nom-ci n’évoquait plus rien pour lui, depuis bien longtemps. Il avait disparu de sa mémoire comme banni à tout jamais. Pourtant aujourd’hui il éclatait dans son esprit, il irradiait d’une lumière blanche dans les ténèbres de l’oubli. Il surgissait d’un néant que Gabriel ne soupçonnait même pas, traînant derrière lui un cortège de souvenirs anciens, des souvenirs qui s’imposaient comme s’ils n’avaient jamais disparus. Cette chasse au Grizlours avec l’homme qui fut son père. Ces nuits passées sous les fourrures au fond de la tente familiale. Ces étoiles qu’il contemplait, et ce doigt, son doigt, court et potelé comme un doigt de petit enfant qui se tendait comme pour toucher les astres, comme pour les attraper. Ce corps défiguré par un Kroxivore, étendu sur le sol, labouré par les griffes de la bête. Tous ces souvenirs brillaient à présent dans sa mémoire. On pouvait croire qu’ils ne l’avaient jamais quitté, qu’ils n’avaient jamais cessé d’être là. Et pourquoi pas ? Cette inspiration soudaine pris une allure d’évidence à Gabriel. Ils avaient toujours été là. Ils étaient dans son esprit.

 

-Sors de mon esprit,  sorcière ! hurla-t-il au vent.

 

-Sorcière, moi ? En rien ! répondit la voix, un brin condescendante. Les gens de ta race me nomment prophétesse, dans votre langue. Mais ce terme ne saisit pas toute mon essence. Je suis celle qui voit. Et qui sait.

 

-Qui que tu sois, tu ne parviendras pas à amoindrir ma volonté.

 

-Le penses-tu vraiment ? Ou n’est-ce qu’une parole pour te rassurer toi-même ? questionna la prophétesse avec une nuance d’ironie.

 

-Tu ne sais rien. Je ne rentrerai pas dans ton jeu.

 

-Ah bon ? Et pourtant ne t’ai-je pas appeler par ton nom, par ton vrai nom ?

 

-Mon seul nom est Gabriel, sorcière.

 

-Tu mens, Aigle-Taciturne. Tu as eu un autre nom. Je l’ai lu comme à livre ouvert dans ta mémoire.

 

-Aigle-Taciturne est mort. Si tu sais tout tu devrais le savoir. Gabriel est né de sa mort.

 

-Et pourtant je n’ai rien inventé de ce que tu t’es complu à revoir. Tout était gravé dans ton esprit comme dans un bloc de granit. Tu n’as eu de cesse de te duper toi-même pendant toutes ces années.

 

-Tout cela est mort avec ce que j’étais avant, je te l’ai dit sorcière. Pourquoi s’acharner ?

 

-Ne t’abuses pas toi-même, Aigle-Taciturne. Ces souvenirs sont là parce que tu n’as jamais vraiment voulu les chasser de ton esprit.

 

-Tu me déçois pour quelqu’un qui se dit omnisciente. Tu devrais savoir que rien ne disparaît d’une mémoire, et que pourtant nous ne nous rappelons jamais de certaines choses.

 

-Pauvres mon-keigh. Vos facultés sont à ce point limitées que vous ne pourriez effacer à jamais un souvenir ? Quelle erreur. Ce ne sont pas vos limites psychiques mais celles de votre entendement qui vous brident. Malgré cela vous êtes tout aussi capables qu’un eldar de vider votre mémoire de ses souvenirs, seulement vous ne vous le ferez jamais consciemment tant qu’aucun de vous n’aura réussi à le faire et à l’enseigner.

 

-Si ta brillante démonstration visait à me faire croire que je ne voulais pas oublier quoi que ce soit d’Aigle-Taciturne, je crains fort que tu ais manqué ton but, xenos.

 

-Vraiment ? Et pourtant tu dois bien te souvenir à présent que tu l’as revu, que ton père était la risée des chasseurs de la tribu ? Qu’il était rossé régulièrement et qu’il se vengeait sur sa femme ?

 

-« Mon » père peut avoir été tel que tu le décris comme il peut avoir été un grand chef, comme il peut n’avoir été rien de tout cela. Je n’ai jamais eu de père autre que l’Empereur de l’Humanité. Aigle-Taciturne eut bien un tel père, oui, mais cela n’a absolument aucune espèce d’importance pour moi.

 

-Tu mens encore une fois.

 

Gabriel décela une nuance de colère ou d’impatience au fond de la voix.

 

-Tu mens quand tu affirmes cela, reprit-elle, et tu mens à nouveau quand tu dis que tu as tout oublié. Comment un humain pourrait-il oublier l’émotion de voir sa mère réduite à un tas de chair informe et infâme ? Comment un humain pourrait-il oublier la douleur, le désespoir d’une telle disparition ? Comment oublier toute l’amplitude de la colère à l’égard d’un homme qui a poussé sa femme à se jeter par misère sur une bête sauvage ? Comment le pourrais-tu, toi, que l’on a surnommé Aigle-Taciturne après cet évènement ?

 

-Tes efforts ne te mèneront nulle part, sorcière. Tout cela n’a plus aucun sens pour moi. Je suis Gabriel, Frère de bataille des Dark Angels, et pas un autre. Tu n’as aucune prise sur moi et tes assauts sont pathétiques. 

 

Un cri de rage fut la seule réponse à la cinglante répartie de Gabriel, et le même voile qui déjà s’était abattu sur sa conscience se répandit à nouveau sur son esprit.

 

_____________________________________________

 

-Tu as peur.

 

Dans la brume de ses pensées, Gabriel entendit semblable à un écho la voix de la prophétesse revenir à la charge. Tout tournait toujours autour de lui, il avait la sensation que son esprit était séparé de son corps, qu’il pouvait flotter tout en se regardant flotter, de même qu’une tierce personne aurait pu l’observer. Rien n’était stable mais au contraire tout était déséquilibre. Et c’était à travers ce brouillard des sens que l’eldar se portait à l’attaque.

 

-Tu as peur.

 

-Les Space Marines ne connaissent pas la peur. Ils sont la peur.

 

-Belle réplique mais trop orthodoxe à mon goût. Au fond de toi quelque chose te fait peur, je peux en sentir le goût âcre à travers tes pensées.

 

-Tu te heurteras à un mur comme la fois précédente, la veille, sors de mon esprit !

 

-La veille ? Certes, selon vos standards tu peux me qualifier ainsi. Ta remarque suinte la peur que je ne trouve quelque chose au fond de toi. Tu te trahis, Gabriel.

 

-Si tu m'appelles par mon nom, c'est que tu concèdes ta défaite, misérable xenos.

 

Une nouvelle gifle psychique et Gabriel sombra dans le noir.

 

________________________________________________ 

 

-C’était un Ange Déchu.

 

A nouveau, l’eldar persiflait dans son crâne. Dans cette sorte de comas dans lequel il était plongé, le son et la délicatesse de la voix le rattrapait dans la vertigineuse chute que Gabriel semblait faire, sans qu’il ne lui soit possible de s’arrêter d’aucune façon ou de rencontrer quelque obstacle qui y mette fin.

 

-Je ne vois pas de quoi tu parles.

 

-Bien sûr que si, au contraire. Cet Astartes sur Ellébore, qui portait cette armure noire si ancienne, frappée aux armes de tes frères, bien sûr que tu t’en souviens.

 

-Aucunement.

 

-Oh que si, tu t’en souviens, et je lis à travers tes pensées que tu as souvent cherché des réponses, bien que tu n’ais jamais interrogé quiconque de tes frères à ce sujet. Cette réponse je la connais, et je te l’ai donnée.

 

-Je n’en crois rien, infâme xenos.

 

-Mais si, au fond de toi tu sais que j’ai raison. Sinon comment expliquer la vieillesse de l’armure, comment expliquer l’épée ailée de ton Chapitre qui l’orne ? Ne t’ais-tu pas déjà fréquement demandé pourquoi personne n’en parlait jamais, et pourquoi tu as su d’instinct qu’il ne fallait pas en parler ? N'est-ce pas ?

 

-Tu cherches à nouveau une prise sur moi, en me faisant perdre la raison. Tu n’y arrives pas.

 

-C’était un Ange Déchu, Gabriel, un des compagnons du Lion qui l’ont trahis après la Grande Croisade, quand le petit prophète que vous appelez l’Empereur a triomphé de celui que vous nommiez Maître de Guerre.

 

-Aucun des Dark Angels n’a jamais trahi. Nous sommes les Aînés des Legio Astartes, nous sommes les Prétoriens de l’Empereur. Aucune légion n’a jamais été aussi fidèle à notre Père. Ce que tu prétends n’est qu’un tissu de mensonge.

 

L’influence maligne de la prophétesse s’étendait malgré tout plus loin que Gabriel ne l’eut voulu. Les questions qu’elle soulevait n’étaient pas sans valeur. En fait, elle n’avait rien fait d’autre que de lui relire ce que lui-même avait écrit dans une partie de sa mémoire et voulu oublier sans y parvenir. Elle excavait à présent ces douloureuses interrogations des tréfonds de sa conscience. Il ne parvenait pas cette fois à trouver de solution pour contrer cette attaque.

 

-La moitié de la Première Légion a trahi son Primarque parce que celui-ci avait déjà semé en son sein depuis longtemps les germes de la trahison que sont défiance et secret. Luther, son frère de sang et son meilleur ami, n’a eu qu’à faire pousser ces graines. Oseras-tu prétendre que  la défiance et le secret n’ont pas de place dans ton âme ? Que toute ton éducation ne t’a pas préparée lentement à intégrer la possibilité d’une telle trahison ?

 

Tout était noir autour de lui. Gabriel n’avait plus d’armes pour lutter. Malgré l’horreur qu’il y avait à le reconnaître, il percevait intuitivement que tout ce que lui disait la sorcière était vrai. Cela allait pour lui au-delà de l’entendement et pourtant il savait qu’elle avait raison. Cette fois-ci, la xenos allait gagner son combat.

 

-Jamais ! hurla Gabriel. Jamais, tu entends ! Tu ne me feras pas céder ! Je refuse de t’écouter !

 

-Tu le refuses parce que je te fais mal, et je te fais mal parce que j’appui sur un fer que tu t’ais toi-même planté dans le cœur. Tu as perdu ta belle arrogance, n’est-ce pas ? N’est-ce pas là la preuve la plus éclatante que j’ai raison ?

 

A bout de souffle, le Dark Angel ne savait plus que répondre. La fatigue de tout son être était venue à bout de sa volonté. Il allait céder quand un sursaut d’orgueil lui fit relever la tête.

 

-Le xenos usera de tous les moyens pour détruire l’Humanité, récita-t-il, la violence tout comme la trahison sont ses armes. Défiez-vous de ses mensonges, combattez le fer par le fer, combattez le feu par le feu. Le xenos usera de tous les moyens pour détruire l’Humanité. Tu ne m’auras pas, sorcière ! Seule ma volonté me guidera et soutiendra mon corps meurtri. Tu ne la détruiras pas.

 

-Et pourtant je l’ai vu de mes yeux. N’as-tu pas reconnu toi-même que j’étais vieille ?

 

-Tout cela n’est qu’un fatras de mensonges, tout cela n’est qu’un écheveau machiavélique dans lequel tu me pousses et dans lequel la fatigue que tu m’as infligée a presque réussi à me faire tomber. Mais tu as encore échoué. Ma volonté est plus forte que tes élucubrations !

 

Un nouveau cri de rage explosa dans son esprit et il lui semblait que son cerveau allait éclater sous la violence sonore, que toute son âme allait se volatiliser aussi simplement qu’un coup de vent balayerait une fumée. Gabriel adressa une prière à l’Empereur et se recommanda à lui. Au fond de l’horizon de ténèbres qui brillait devant ses yeux, il vit une lumière, qui allait grandissante, grandissante, s’approchant à une vitesse hallucinante de lui. L’Empereur l’accueillait dans sa bénédiction…

 

-Gabriel !

 

La voix était lourde, grave, puissante. Elle ne ressemblait plus en rien avec celle de l’eldar. Elle était bienveillante.

 

-Gabriel ! Ah ! Enfin tu ouvres les yeux, Frère ! Je n’y croyais plus !

 

Une lumière crûe lui sauta au visage, l’aveuglant complètement. Plissant les yeux, il distingua une forme sombre, massive et qui semblait penchée sur lui. Sa vue mit un certain temps à s’ajuster à la luminosité. Enfin, il reconnu l’Apothicaire Gideon. Derrière lui, un carrelage de larges dalles blanches reflétait le puissant éclairage des néons. Il reconnaissait cette salle. Elle se trouvait dans les ponts-hopitaux du Wing Vengeance.

 

-Bienvenue parmi les tiens, Gabriel.

 

-MFT-

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19 mars 2009 4 19 /03 /mars /2009 09:54

Pendant quelques instants, Gabriel resta muet de surprise. Le gouverneur planétaire Jacobinus ! Le Conseil d’Etat-major Général ! Tous des traîtres !

 

-Severian à Gabriel, Severian à Gabriel !

 

Sortant de sa torpeur, il recouvra ses esprits et, s’étant ressaisi, répondit :

 

-Ici Gabriel, j’écoute.

 

-Nous allons nous redéployer à l’intérieur du palais afin d’établir une tête de pont dans l’angle Sud ouest. Nous allons recalibrer nos instruments sur la balise du palais et…

 

-N’en faites rien, ils vous enverraient au diable vauvert en réatribuant les codes de la balise à une autre, puis en changeant les leurs. Il va vous falloir sauter à l’aveuglette, nos escadrons d’attaque ne peuvent revenir assez vite. Que l’Empereur vous garde, Frère-Chapelain.

 

-Je prierai pour vous aussi, Frère-Capitaine. Gardez le contact.

 

Gabriel laissa le canal de communication ouvert, lança un avertissement à ses hommes en vue d’un possible contact hostile, puis se rassit afin de réfléchir à ces révélations. Ainsi donc l’intuition qui avait précédé la première contre-attaque était juste ! Les grandes purges lancées par le gouverneur au sein de ses forces armées visaient non pas à éliminer les traîtres mais les loyalistes. A présent, il n’allait plus guère pouvoir compter sur le soutien des unités stationnées en Provinces. Ah ! Il s’était fait rouler comme un novice par ce Jacobinus. Celui-là cachait diablement bien son jeu. Comment ! Il organise une rébellion contre son propre pouvoir, il organise sa propre destitution, de se faire disparaître et de réapparaître aux commandes d’un Etat planétaire sécessionniste et indépendant de l’Imperium ! Il voit sa belle mécanique grippée par l’arrivée impromptue des Dark Angels, et au lieu de se confondre, il improvise avec une belle assurance toute la comédie en un temps record ! Il prend évidemment soin de supprimer les témoins gênants (ainsi c’était bien lui qui avait donner l’ordre de broyer le précédent chef d’Etat-major), quitte à sacrifier son complice, ou un autre innocent, afin de donner plus de crédibilité à son personnage de parfait gouverneur impérial. Et alors qu’il doit remettre en question toute sa conjuration, il échafaude un plan pour faire disparaître la menace des Astartes, que Gabriel parvenait à nouveau à faire échouer !

 

Ce dernier fut soufflé par le talent de comédien de son adversaire. Il avait cru jusqu’à la fin à son dévouement. Quoi ! Il pensait avoir bluffé le gouverneur en prétendant partir si la situation se dégradait trop (c’était mal connaître la volonté d’adamantine pour laquelle le Chapitre était renommé) et voilà que le traître le bluffait lui, le bluffeur ! Car enfin, c’était une véritable aubaine pour cet homme pourri de l’intérieur que de voir ses pires ennemis lui laisser la voie libre vers le pouvoir suprême. Et avec quelles lamentations il avait accueilli l’ultimatum ! En réalité il avait dû jubiler à l’idée qu’une fois ses « défenseurs » repartis, il n’y aurait plus aucune troupe en état de défendre la capitale, et toujours grâce aux Dark Angels. Ce traître n’était qu’un hérétique mais il fallait bien reconnaître que c’était un hérétique d’envergure.

 

Il avait sans doute été bien conseillé par le Déchu qu’il était venu chercher. Quels étaient ses rapports avec les conjurés ? Avait-il simplement envie de prendre la planète sous son contrôle, sans trop attirer l’attention toutefois ? Ou bien cherchait-il à atteindre un autre but ?

 

La deuxième question qui taraudait l’esprit de Gabriel était celle-ci : le Déchu avait obligatoirement intégrer la menace que faisait planer sur la rébellion la 3ème Compagnie. Le raid de la Raven Wing et les informations qu’elle ramenait prouvait qu’il avait sous-estimé l’ampleur de la menace, et la rapidité d’action de ses anciens Frères. Mais en revanche, comment un ancien Dark Angel avait-il pu faire l’erreur de croire que les Fils de Lion el'Johnson abandonneraient la planète à son sort si la situation était défavorable ? Lui qui avait combattu jadis au côté du Lion, il avait profondément ancré dans ses gênes cette indéfectible obstination qui poussent les Dark Angels à tenir envers et contre tout. C’était profondément inquiétant. Assurément une telle bourde était impossible, et mathématiquement il devait y avoir autre chose -une arme, un artefact ancien, n’importe quoi- qui puisse lui donner le moment venu la force d’abattre tout le contingent dans son ensemble.

 

-Severian à Gabriel. Sommes sur l’objectif, sécurisation du secteur en cours.

 

-Très bien, tenez bon. Nous serons là dans deux minutes à peine.

 

Ces deux minutes n’étaient pas achevées que le Grand Maître et sa colonne débouchaient sur la Grand-Place par l’angle Sud-Ouest. Aucune réaction ne survint. Severian et ses vétérans en avaient terminés. Gabriel donna ses instructions et ses escouades se répartirent le long des axes qu’il leur avait attribués. Quelques tirs sporadiques claquèrent, puis les détonations allèrent crescendo à mesure que les Frères de Bataille avançaient dans les couloirs du bâtiment. Des corps démembrés jonchaient le sol tout au long du chemin parcouru par les différents groupes d’assaut. L’escouade Saariel gagna les toits du bâtiment, neutralisant les emplacements d’armes lourdes qui commandaient les rues adjacentes. Puis ils descendirent à leurs tours le long des coursives puis des couloirs en direction du centre du palais, semant la mort sur leur passage.

 

La résistance s’avérait beaucoup plus coriace que ce qu’ils avaient eu à affronter jusqu’ici. Elle n’était pas suffisante pour stopper la colère des Dark Angels mais tendait à creuser des vides dans les escouades. Lorsque Frère Ramilles fut mis hors de combat à son tour, Gabriel compta mentalement que c’était le quinzième membre du Chapitre qui donnait son sang pour sauver cette petite planète de la corruption. Ses futurs nouveaux citoyens auraient intérêt à se montrer digne de l’honneur que leur faisait l’Imperium.

 

Des projectiles explosèrent à quelques centimètres de l’officier. Il n’était plus très loin du Bunker central que défendait âprement la garde personnelle de Jacobinus. Des bolts ! La lutte devenait vraiment féroce. Il saisit l’une des grenades qui pendaient à sa ceinture, la détacha, l’arma puis la lança derrière la barricade en ayant pris soin de ne la lâcher qu’au dernier moment. Elle explosa dans les airs immédiatement après avoir passé par dessus les sacs de sables. Ses éclats déchiquetèrent tous les défenseurs.

 

Gabriel s’élança à l’attaque. Devant lui dans la pénombre, il aperçut une lueur bleue qui allait blanchissante. Il distingua dans la cacophonie du combat le chuintement caractéristique du lance-plasma que l’on réarmait. Il plongea à couvert mais c’était trop tard. Le coup partit et la boule de feu l’atteint au bras gauche, le brûlant affreusement. Sous la force de l’impact il fut projeté au sol et s’étala à terre. Bethor expédia un bolt à l’agresseur, et la tête de ce dernier se volatilisa, pendant que Gideon, l’apothicaire de la Compagnie, se précipitait vers lui. Déjà Gabriel se relevait, péniblement, les sédatifs et les drogues de combat que lui injectait son armure l’aidant à supporter la douleur. Déjà le médic l’auscultait.

 

-Votre bras est dans un sale état, Frère Capitaine. Vous devriez abandonner le combat le temps que je puisse établir les meilleurs diagnostiques et vous soigner.

 

-Foutaises ! Je ne vais pas laisser mes hommes avancer sans les mener vers la victoire. Donnez-moi ce que vous avez de plus puissant comme anesthésiant, et on s’occupera de tout cela plus tard.

 

Gabriel s’arracha de l’angle où il s’était mis à l’abri, jeta un œil à son bras, qui, effectivement, avait beaucoup souffert, et s’élança à nouveau au combat. Il marmonna une bénédiction à l’Empereur qui avait fait en sorte que ce ne fut pas un fuseur qui l’eu touché. Sans quoi son bras y passait, et peut être même Gabriel lui-même…

 

Malgré la souffrance, que les drogues n’arrivaient pas à juguler suffisamment, il broya de son poing le crâne d’un des gardes du corps, et taillada à l’aide d’Absolution tout ce qui n’était pas aussi grand que lui. Après plusieurs minutes d’un indescriptible corps à corps, ses hommes et lui, auxquels s’étaient adjoints les vétérans du groupe d’assaut Severian, liquidèrent toute résistance. Ils se trouvaient à présent devant une large porte blindée, bardée de barres de sécurité d’une taille conséquente. Derrière elle, se terraient les chefs de la sédition, qui avaient pris la précaution de changer les codes de la serrure.

 

-Torvael, vois donc si ton poing tronçonneur ne peut pas venir à bout de ce morceau de ferraille.

 

Le vétéran, engoncé dans son énorme armure tactique Dreadnought, actionna la chaîne de son gantelet énergétique renforcé. Il s’attaqua aux barres et les fit céder les unes après les autres. En revanche son poing ne put enfoncer la porte elle-même.

 

-L’alliage est trop résistant, Frère Gabriel.

 

-Ca  n’est pas ça qui va nous arrêter. Clostermann, apportez moi une de vos bombes à fusion, et garez-vous tous !

 

Il la mit en place, arma le mécanisme et couru se mettre hors de danger. Dans un fracas assourdissant, maintes fois amplifié par l’écho que répercutaient les couloirs de béton, la porte vola en éclat. Gabriel le premier passa à travers les fumerolles qui s’élevaient et des bouts de métaux tordus qui grésillaient encore. La vision de ce géant enveloppé de brouillard, le bras gauche noirci et dont l’armure d’un vert sombre étincelait à la lueur des tisons, avait quelque chose d’apocalyptique. Il fut suivi par Severian, dont l’armure terminator le rendait plus gigantesque encore. Puis bon nombre d’Astartes investirent la salle, cernant les hauts-conseillers rebelles.

 

Stoïque, bien qu’il sut pertinemment que sa mort était inéluctable, Jacobinus se redressa et soutint le regard de son vainqueur. Ce geste seul aurait pu mettre un terme de manière plus précoce encore à sa vie, mais Gabriel se contenta de sourire, puis de prononcer.

 

-Mes compliments, Jacobinus. Vous avez joué et perdu mais vous avez su le faire avec brio et maestria. Je vois que vous connaissiez votre sort mais que l’honneur qu’il vous reste vous a inculqué de ne pas flancher à la facilité du suicide, et d’assumer jusqu’au bout les conséquences de vos actes. Il est dommage que vous ayez cédé à l’appel des puissances de la ruine, vous eussiez pu devenir un célèbre, loyal et méritant serviteur de l’Empereur, tout comme votre grand-père Moïs.

 

 -Mon grand-père Moïs n’a pas à être déçu. Je n’ai pas démérité. Il voulait qu’Ana-Purna devienne une grande et glorieuse planète et c’est ce qu’elle aurait fait sous mon égide, à l’aube d’une nouvelle ère.

 

-Vous vous êtes fourvoyé, Jacobinus. Il n’y a pas de gloire à servir des maîtres qui ne cherchent qu’à asservir l’Humanité pour mieux l’exterminer ensuite. Votre grand-père Moïs avait eu la vision d’une grandeur au sein de l’Imperium et il avait donné les moyens à cette planète d’y parvenir. Mais à présent que sa capitale a été dévastée et une bonne part de ses moyens de communication et de commerce détruite, il lui faudra au moins un siècle pour parvenir à la prospérité. Emmenez-les ! ajouta-t-il à l’adresse de ses hommes.

 

-Je ne me suis pas fourvoyé, Astartes ! J’ai consciemment fait le bon choix. On m’a appris ce qu’était que la réalité des choses. Nous combattons contre ce qui nous sauvera pour un être qui ne peut rien pour nous !

 

Gabriel arrêta in extremis le geste de Severian, qui s’apprêtait à mettre à mort l’impudent. Il lui fit comprendre que, bien que Jacobinus osa le défier effrontément et blasphémer contre l’Empereur, il exigeait d’avoir les mains libres. Il ordonna à son escouade de mener les autres prisonniers vers les rhinos de la Compagnie afin qu’ils soient mis aux fers sur le Winged Vengeance. Néanmoins, Frère Bethor sollicita la parole, qui lui fut accordée. Il lui annonça  l’arrivée imminente de renforts, menés par l’Inquisiteur Otto Von Didakt, de l’Ordo Malleus. Ils provenaient de la planète voisine de Stella 7, et se montaient à trois régiments dont un blindé. Des renforts considérables, qui viendraient facilement à bout des RDP qui refuseraient de se soumettre aux investigations de Von Didakt. La partie était gagnée.

 

Resté seul, le trio que formaient Severian, Gabriel et le traître reprit la discussion.

 

-Je sens de la rancœur chez vous, Jacobinus. Videz votre sac ! Vous vous savez condamnez alors profitez de l’occasion pour déverser votre fiel…

 

-Et comment ! Moïs n’avait rien compris ! Mais moi j’ai saisi la vérité, il me l’a révélé. L’Empereur est agonisant, et il ne fait rien pour nous aider. Il n’a aucun pouvoir, pas d’autres pouvoirs que ceux qu’il s’est attribué, et grâce auxquels il nous exploite ! L’Empereur ne nous sauvera pas face aux dangers qui nous menacent en permanence. Il refuse les pouvoirs et les forces que peuvent nous offrir le Warp pour nous défendre. Au lieu de cela, il supprime toutes les preuves ! Son pseudo catéchisme impérial en est la preuve : je n’ai pas voulu croire ses paroles jusqu’à ce qu’il m’apprenne pourquoi l’on a enlevé ma sœur aînée à l’âge de 8 ans. C’est un des Vaisseaux Noirs de l’Inquisition, qui a emmené cette enfant innocente, et dans quel but ? Afin qu’elle serve de pâture à une momie nécrophage, un Dieu-cadavre, un mort vivant qui se repaît des âmes d’innocents afin de survivre ! Je crache sur cette ignominie qui n’apportera que la ruine à l’Humanité !

 

-Encore une fois, vous avez tort, Jacobinus. L’Empereur, dans sa sagesse infinie, a refusé toute compromission avec l’Empyrean, car il en connaît la vraie nature ; le Warp n’apportera que la mort et la destruction.

 

-A ceux qui l’auront refusé, oui ! Pas à ceux avec qui ‘il aura fait alliance. La galaxie est une vaste jungle où seul le plus fort survivra. Nous devons accepter tous les alliés, peu importe que la moitié de la race humaine périsse ! Seuls les forts survivent ! Vos propres frères eux-mêmes ne l’ont-ils pas compris ?

 

A peine eut-il achevé qu’il alla s’écraser plusieurs mètres plus loin, sur des pupitres de commandes, le visage défoncé. A travers les os broyés par le poing de Gabriel, son cerveau lentement coulait en une immonde bouillie. Cependant un filet de vie semblait encore s’attacher aux restes infâmes. Il sembla que sa mâchoire voulu articuler quelque chose, lancer une dernière parole de défi, mais elle se figea sans qu’aucuns sons n’en sortit plus. Il était mort.

 

-Beau travail, Capitaine Gabriel, siffla Severian sur le canal privé. Avez-vous eu ce que vous cherchiez ? ajouta-t-il en maugréant méchamment.

 

-Bien plus que vous ne le pensiez, Frère Severian, répondit Gabriel avec une pointe d’humour…

 

 -MFT-

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19 mars 2009 4 19 /03 /mars /2009 09:43

Comme un lion en cage, le Dark Angel enrageait, pestait, allait et venait autour de la salle d’entraînement du Winged Vengeance. Gabriel avait déjà démantibulé trois mannequins, et sa soif de combat ne s’était pas étanchée pour autant. Le feu de la vengeance, qui le consumait de l’intérieur, n’était pas près de s’éteindre. Croyant pouvoir trouver un apaisement, ou du moins un pis-aller dans le fait de se défouler sur des pantins articulés, il n’avait pourtant guère réussit à calmer ce déchaînement d’instincts meurtriers. Il en voulait aux Orks. Ceux-ci allaient devoir payer la mort des neuf Astartes sur le pont de Gerzéel. Mais en attendant qu’une unité soit reformée, il était obligé de tourner en rond sur ce croiseur d’attaque.

 

Incapable de s’assoire il parcourait la pièce en long, en large et en travers, il en arpentait le sol. Lui qui avait fait des pieds et des mains pour sortir au plus vite de l’apothicarium, bravant la mise en garde du Frère Gideon, il était à présent bien avancé ! Devoir patienter, enfermé dans sa cellule de repos ou entre les quatre murs d’acier de la salle d’entraînement, était en fin de comptes plus douloureux encore que les blessures qu’il avait reçues lors de son combat contre les peaux-vertes.

 

Perdu dans ses pensées de haine et d’exécration, il n’entendit même pas le chapelain Abraxas faire son entrée. Abraxas était un vétéran de nombreuses campagnes, déjà deux clous d’ancienneté avaient été fichés dans son front. Affecté depuis plus de trente ans à la Troisième Compagnie de Combat, il connaissait bien les hommes et leurs maux. Gabriel, zélé déjà dès son noviciat au service de l’Empereur, lui avait paru aussitôt comme une personnalité qui marquerait les années à venir. S’il ne mourrait pas avant… C’était déjà une vraie chance qu’il ait survécu au massacre de toute son escouade, mais au cours de son précédent entretien avec lui à la sortie des ponts-hôpitaux, il avait vu à quel point cet épisode avait marqué le jeune Frère, et quelles tempêtes agitaient son âme. Même l’annonce que son nom serait inscrit avec celui de son escouade dans le livre des hauts-faits du Chapitre n’avait pas eu tous les effets escomptés. Cette fois-ci il était porteur de deux nouvelles. Mais l’une était bonne quand l’autre était plutôt mauvaise et il ignorait encore comment allait réagir son subordonné à l’ensemble de l’annonce. Son tempérament était assez exceptionnel, et il se demandait s’il n’aurait pas à faire usage de toute son autorité pour faire entendre raison au jeune Frère. Il décida d’aborder le problème de front.

 

-Gabriel, je suis porteur d’un double message de la part du Grand Maître Belial.

 

Surpris par une voix qui surgissait dans l’ouragan qui ravageait ses pensées, Gabriel sursauta et se retourna vivement. Il reconnut le Chapelain Abraxas aussitôt et le salua comme il se devait.

 

-Gabriel, reprit l’Astartes, Maître Belial vient de décider ton transfert à la 7ème Escouade de la 3ème Compagnie. Tu t’y mettras sous les ordres du Frère Espertas, ta nouvelle affectation étant effective sur l’heure.

 

En un instant, le visage du Marine fut transfiguré, passant de l’affliction et de la haine à la gaieté la plus grande.

 

-C’est un honneur ! Intégrer une unité d’assaut dès ma seconde mission ! Que l’Empereur soit loué et Maître Belial remercié pour son geste ! Eilon et mes Frères vont pouvoir être vengés !

 

-Du calme, jeune frère. Maître Belial a certes remarqué les talents dont tu as fait preuve à l’épée, et en particulier tout récemment, et effectivement il a pu te juger digne de rejoindre la 7ème Escouade. Mais sache bien que c’est surtout parce que les escouades d’assaut paient toujours un lourd tribut dans nos guerres contre les Orks, et parce qu’enfin nous ne disposons pas d’assez de novices à introniser Frères dans l’expédition. Tu peux certes rendre grâce à notre Père pour t’avoir élu dans le feu des combats, mais prend garde à ne pas montrer autant d’émotions. Ne recherche pas l’Honneur pour l’Honneur mais pour le service de l’Empereur.

 

-Oui, Frère Chapelain. Je ne l’oublierai plus. Mais vous disiez être porteurs d’une seconde nouvelle ?

 

-En effet, jeune Frère. Tu pourras venger la mort de ton escouade, mais pas tout de suite. Nous allons abandonner cette expédition car une tâche plus importante nous requière ailleurs.

 

- Quoi ? s’exclama Gabriel.

 

Le timbre de sa voix trahissait une colère retrouvée et décuplée par cette terrible annonce. L’expression de son visage vira aussi soudainement que quelques minutes plus tôt en une grimace de rage. Eilon, Raphael, tous ces valeureux guerriers devraient attendre d’être vengés alors que leurs corps démantibulés gisaient à la morgue dans des caissons ? Alors que leurs âmes hurlaient sur les restes du pont de Gerzéel à la vengeance ? Si les Dark Angels partaient, cela ne signifiait-il pas une mort certaine pour cette petite planète du nom de Stéphania pour laquelle tant de vies humaines ou Astartes avaient déjà été perdues ?

 

-Mais c’est impensable ! S’insurgea-t-il. Que va devenir cette planète sans nous ? Que vont devenir ses habitants ? Vous savez aussi bien que moi qu’ils n’ont pas d’autre chance que nous d’être sauvés, en particulier par ces incapables d’Arkadiens !

 

-Les ordres sont les ordres et tu n’as pas à les discuter ! répliqua sèchement Abraxas.

 

-Et Eilon ? Et tous mes Frères ? Leur sacrifice aura-t-il été inutile ? A quoi bon être mort de cette façon pour tenir un objectif qui n’aura été vital que trois jours durant ? Comprenez-vous quelle est la monstruosité de cet ordre ?

 

Un vigoureux direct le cueillit en pleine mâchoire et l’envoya s’écraser au sol deux mètres plus loin. Se massant douloureusement le maxillaire, il se redressa, appuyé sur un coude. De toute sa stature, le Chapelain le toisait, son regard dur comme la pierre, ses yeux noirs comme l’obsidienne, le dévisageant entièrement, scrutant son âme. Gabriel sentit une colère sourde, froide, émaner de l’Astartes qui, les poings serrés, semblait se contenir pour ne pas le frapper à nouveau.

 

-Tais-toi jeune Frère, siffla-t-il. Comment oses-tu dire cela ? Comment oses-tu me parler de la sorte ? La colère aveugle-t-elle ton esprit au point de te faire perdre la raison ? Tu feras pénitence de quatre fois vingt coups de fouet dans ta cellule pour t’éclaircir les idées et te rappeler à la fois ta place et ton devoir.

 

-Oui, Frère Chapelain, mâchonna Gabriel, autant à cause de la douleur physique que de la douleur morale qui toutes deux l’empêchait de desserrer les dents.

 

-Relève-toi, nous partons dans deux heures et il n’y a pas lieu de discuter quoi que ce soit. Ce sont les impératifs du service et nous servons l’Empereur quelque soit la mission. Puisse le fouet favoriser ta méditation là-dessus.

 

Tournant les talons, Abraxas s’éloigna mais une interpellation de Gabriel le retint d’aller plus loin.

 

-Frère Chapelain, j’aurais besoin de… de vous poser une question.

 

Partagé entre un sentiment de colère envers ce subordonné qui avait osé se montrer insolent à son égard, chose qui le portait plutôt à le rabrouer, et celui d’un devoir envers lui, il préféra lui faire face et lui demander de quoi il retournait. Après tout, le premier des devoirs du Chapelain n’était-il pas d’être à l’écoute de ses Frères ? Quel bien piètre exemple donnerait-il là…

 

-Je t’écoute.

 

-Frère Abraxas, je… je ne comprends pas. Le Chapitre nous exhorte toujours plus à nous dépasser et à ne jamais céder un pouce de terrain, à tenir envers et contre tout et à faire sacrifice de nos vies à l’Empereur pour que survive l’Humanité et la gloire de notre Père. Mais quel sens peut prendre le sacrifice de la 3ème escouade si nous abandonnons cette planète aux peaux-vertes ? Non seulement ne pas lâcher le pont ne nous aura apporté aucun bénéfice mais en plus nous laisserions au Xénos un fragment du domaine de l’Empereur ? Je ne comprends plus.

 

-Tu as posé une question pertinente mon garçon, lâcha Abraxas, sa colère retombant aussitôt. Il est rare que d’aussi jeunes que toi me la pose. N’est-il pas vrai que durant ton initiation, tu as reconnu que le service de l’Empereur avait bien des sens ?

 

-Si et c’est précisément parce que je ne sais plus où le voir dans ces évènements que je pose cette question.

 

-Alors comprend que ce qui t’échappe n’échappe pas à d’autres. Fais toujours confiance en tes chefs et exécute leurs ordres. Tes camarades sont morts parce que ce pont devait être tenu ; qu’importe que nous partions ou que nous restions. Maître Belial a jugé qu’il devait en être ainsi. Leur devoir envers lui et l’Imperium était de le tenir, quel qu’en soit le prix. Et ils l’ont fait. S’ils ont gagné leurs places dans le Liber Honorificorum, c’est qu’ils l’ont mérité. Leur sacrifice a eu ce sens : ils ont accompli pieusement ce qu’on leur a demandé et ont donné leur vie pour l’Humanité. Quelle importance si cet objectif n’était plus vital trois jours plus tard ! Ils ont donné leurs vies pour protéger le genre humain et en cela ils ont servit magnifiquement l’Empereur. Aie confiance en tes supérieurs et exécute leurs ordres, tu serviras l’Empereur. Ma réponse te convient-elle ?

 

-Oui, Frère Chapelain.

 

La colère avait cédé la place à un certain degré d’amertume mais surtout à de la résignation. Abraxas le sentit.

 

-Dis-toi que tant qu’un xénos restera en vie, le combat ne prendra pas fin et que l’occasion de venger tes Frères se présentera à toi des milliers de fois. Sers-toi de ta haine pour purger, pour œuvrer pour le bien de l’Humanité. Vois chaque combat comme une occasion de venger tes Frères et tu atteindras les summums qu’un Astartes puisse atteindre. Tu atteindras la plénitude dans ton service envers l’Empereur et ton Chapitre, tu seras source d’exemple pour les novices et tous tes frères. Mais ne laisse jamais la haine te guider, sers t’en pour annihiler l’ennemi mais ne la laisse pas t’annihiler toi. La haine est une arme puissante mais il faut savoir l’utiliser et la manier, sans quoi elle te dominera et te subjuguera. Elle obscurcira ton jugement comme elle l’a fait tout à l’heure. Continue à suivre les offices et à être zélé dans les services religieux. Passe du temps avec nous autres Chapelains. Fais-nous part de tes questions et de tes doutes. Nous seuls pourrons t’enseigner le moyen de détruire par la haine les adversaires de l’Humanité.

 

-Oui Frère Chapelain.

 

-Bien.

 

Abraxas fixa son regard droit dans celui de Gabriel. Il reflétait l’intelligence et montrait que ses paroles essaimaient déjà dans la terre féconde de son esprit. Il n’y lut plus de colère, ni aucune trace de rage meurtrière. Il sut alors son devoir accompli. Il voulut s’autoriser un sourire mais s’en garda. Pour lui, le rire ne convenait pas à la fonction de Chapelain et seule la joie des combats n’était pas à proscrire. Pourtant, derrière cette stricte rhétorique, il ne pouvait empêcher un léger sentiment de contentement se faire jour au fond de lui.

 

-Et n’oublie pas de faire ton rapport au Frère-Sergent Espertas une fois achevée ta pénitence, jeune Frère.

 

 -MFT-

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18 mars 2009 3 18 /03 /mars /2009 21:55

Les Hauts-Conseillers n’en croyaient pas leurs oreilles. Abasourdis par la demande que formulaient les Space Marines, ils eurent du mal à se remettre du choc. Enfin, Jacobinus, le premier, rompit le silence pesant qui avait envahit la Salle Stratégique.

 

-Vous… vous nous demandez de repartir à l’attaque ?

 

-Vous avez tous bien entendu. Il faut attaquer à nouveau. Vous complèterez s’il le faut les effectifs avec tous les hommes, femmes et enfant que vous trouverez. N’importe quel gamin peut être utile s’il peut porter des munitions pour charger nos armes. Nous ne pouvons pas attendre que l’ennemi se réorganise. Nos renforts seront trop lents à arriver et nous aurons ployé sous le poids avant. Enfin, nous… vous aurez ployé. Je n’ai pas l’intention de risquer la vie de mes Frères pour une bataille perdue d’avance. Les Dark Angels ne se rendent jamais mais ils ne se lancent jamais non plus dans des combats déjà joués.

 

-Vous… vous voulez dire que vous nous abandonneriez à notre sort ?

 

-Sans états d’âme. Quand bien même vos accusations nous inquièteraient, et ça n’est pas le cas, vous n’auriez pas le loisir de les porter sur la place publique. De plus, je vous ferai remarquer que voici deux minutes que vous discutez mes ordres, et cela fait déjà deux minutes de trop. Je ne sais pas pourquoi je vous ai laissé faire, d’ailleurs. Peut être pour vous montrer, s’il en était vraiment besoin, qu’elle est votre réelle place dans cet univers ? En tous les cas, considérez-vous comme extrêmement chanceux, puisque je vous ai laissé vivre après avoir commis une telle erreur. Je vous avertis que cela ne se reproduira pas deux fois.

 

-Oui Seigneur, puissiez-vous me pardonner. J’attends vos ordres, mon Seigneur.

 

-Bien, vos efforts en matière de protocole font des progrès spectaculaires, Jacobinus. Le cours de votre vie repart à la hausse.

 

Laissant là son ironie, Gabriel ajouta :

 

-Et maintenant passons à la préparation de ces plans…

 

Après trois heures de délibérations, ils mirent au point un plan plus complexe que le précédent, qui tenait compte des faibles effectifs à présent à leurs dispositions. Un nouvel échec compromettait définitivement tout espoir de redressement de la situation. C’était un plan risqué mais comme le montra Gabriel, le seul qui puisse encore marcher. Dans la nuit, on recruta de force tout ce qui pouvait tenir debout et n’était pas aveugle, on confia un couteau, un fusil laser et trois batteries de rechange à ces « volontaires » et on leur donna un ersatz d’instruction. Les camps de réfugiés de la capitale furent vidés en moins d’une heure. Plus rien de vivant n’arpentait les rues, à l’exception d’animaux errants en quête de nourriture. Toute la population de la ville était cantonnée, cloîtrée, sur les positions de départ de l’attaque du lendemain.

 

Mis au courant par la taupe, les chefs de la rébellion exultaient. L’embuscade serait si meurtrière que, si elle n’exterminait pas toutes les ultimes forces loyalistes, elle porterait un tel coup à leur moral que l’ennemi ne s’en relèverait jamais. Ana-Purna III était à eux.

 

Ce qu’ils ignoraient, c’est que les Dark Angels avaient décidé de changer les plans…

 

_______________________________________________


Au fond de la vallée du Sham-shir, une large propriété fermière étendait ses bâtiments. De multiples granges, de longs corps de logis, et bon nombre d’appentis se répartissaient le long d’une petite rivière qui serpentait au milieu de la vallée. Ils s’étendaient jusqu’à quadriller toute la longueur et la largeur  de l’étendue. De-ci de-là, des hommes allaient et venaient. Une éolienne était installée au milieu des champs, et des antennes radios dépassaient du logis principal.

 

La propriété appartenait sans doute à un homme très riche de la planète. Les terres semblaient fertiles et la superficie de celles-ci devaient lui assurer des revenus substantiels. Et c’était dans ce coin perdu que les rebelles avaient établis leur centre de commandement. Les antennes radios, quoique normales dans une propriété de cette taille, étaient présentes en trop grand nombre pour être banales. Et les contre-mesures des engins de la Raven Wing avaient identifiés l’éolienne comme l’épicentre d’un large faisceau radar. Aussi, cela avait attiré l’attention de l’escadron d’attaque Ardael. Poussant un peu leurs investigations, les motards avaient repérés quelques éléments insolites dans ce trop paisible endroit : des emplacements de mitrailleuses dissimulés sous les bottes de foins, des bunkers déguisés par d’habiles peintures en d’honorables maisons…

 

Malheureusement pour tous ces ingénieux concepteurs, si le terrain était parfait pour contrer des attaques conventionnelles, il était en revanche totalement inadéquat à stopper un raid de la Raven Wing. Sitôt qu’elle aurait atteint le bâtiment principal, sans doute plus âprement défendu qu’il n’y paraissait, les motards avaient ordre d’activer les balises de téléportation qui équipaient leurs engins. Une fois ceci fait, les téléporteurs du Winged Vengeance se calibreraient sur leurs signaux et expédieraient le Chapelain Severian et les deux escouades de la Death Wing directement à l’intérieur du bâtiment. Un plan simple, mais sans faille.

 

Ardael donna le signal de l’attaque et les moteurs rugirent. Les motos noires de jais surgirent de derrière la crête où elles s’étaient tenues abritées pour déferler à pleine vitesse sur la valée. Au dessus d’elle, les antigravs du 7ème escadron volaient à en frôler le sol.

 

Au loin, l’alarme sonna, et quelques formes se mirent à courir vers des tas de foin, de branchage ou encore des tranchées creusées sous d’épaisses frondaisons. Quelques tirs sporadiques n’arrêtèrent pas les Dark Angels. Le Typhoon pulvérisa une motte de paille d’un seul missile, tuant net les servants d’une mitrailleuse. Un auto-canon le prit à parti mais le pilote slaloma adroitement entre les traçantes. Son bolter lourd ouvrit le feu à l’unisson avec les deux autres de l’escadron et les projectiles labourèrent le sol, criblant l’affût, annihilant toute menace.

 

La surprise était totale, et il n’y avait pas de résistance organisée qui ne put tenter d’arrêter ce coup de vent. Et pour cause, l’adversaire avait été jusqu’ici trop occupé pour déceler la présence de la Raven Wing : il avait en effet une autre bataille à gérer.

 

_______________________________________

 

En ville, la situation était assez différente. Les régiments des FDP, s’ils étaient repartis à l’attaque, piétinaient. La faible valeur combattive des nouvelles recrues était un sérieux handicap, et les FDP se battaient pour chaque étage. La progression, quand elle existait, était minime.

 

De même que la veille, les rebelles s’étaient postés de manière à bloquer tous les axes de progression, mais les loyalistes, avertis par l’expérience précédente, prenait soin de solidement établir leurs positions de replis. Cependant le moral  des troupes n’était pas bon, trop de sacrifices étaient exigés de soldats de fortunes qui n’était pas aguerris à ce genre de situation. Le plan, trop complexe, paralysait complètement les efforts des assaillants.

 

Mais c’était égal à Gabriel. Ce qu’il attendait, c’était le moment décisif, l’instant crucial où il acculerait l’ennemi à la faute en profitant d’une seule faiblesse et en frappant fort ce point de rupture. Jusqu’à présent, son propre plan avait fonctionné à merveille. Il voyait les unités adverses se positionner comme il l’espérait suivant un schéma compliqué. Il savait que la défense tenait car elle jouissait d’une bonne coordination : les unités rebelles étaient poussées comme des pions par le QG adverse qui possédait les combinaisons des loyalistes, et qui ainsi en confiance avançait ses pièces. Mais que la communication soit rompue, et c’était tout l’édifice qui s’effondrait. Il avait amené l’adversaire à dégarnir un flanc en prétendant faire attaquer sa compagnie en renfort du 17ème RDP à un moment précis. Aussi l’adversaire y avait-il cru et avait-il renforcé ce secteur considérablement, en délaissant un autre moins exposé. Du moins le semblait-il…

 

-Ici Frère Ardael : central communication détruit, groupe d’assaut Severian en progression. Terminé.

 

Le canal de communication qu’il avait attribué à son second détachement lui retransmettait enfin la nouvelle qu’il attendait. Il se tourna vers Frère Gamélion, et lança rapidement :

 

-Appliquez le plan bêta. Ordre de mouvement vers le point Dzêta-4 pour toutes nos unités. Exécution !

 

Il sortit à vive allure et rejoignit son Razorback de commandement, où l’attendait Frère Bethor et ses vétérans. La colonne s’élança à travers les ruines.

 

Après quelques minutes de route, Gabriel détacha l’escouade d’assaut du Sergent Saariel en éclaireur. Ils allaient aborder la partie par les premiers îlots de résistance ennemis. Une fois ceux-ci passés, plus rien ne s’opposerait à la pénétration du coin blindé de son unité, qui prendrait à revers les points vitaux des défenses ennemies sans qu’elles ne puissent en être averties. Il pouvait deviner les Marines d’assaut s’élever dans le rugissement de leurs réacteurs. Il pouvait s’imaginer la terreur qui se peignait sur les visages des hérétiques qui apercevaient à présent les Anges rédempteurs apportant dans leur sillage bleuté la mort et la destruction par la simple volonté de l’Empereur. Il pouvait voir pour avoir été le témoin de tels combats, quel carnage se déroulait dans les quelques bâtiments tenus par l’ennemi. Et bientôt :

 

-Zone sécurisée, Frère-Capitaine.

 

-Bon travail, escouade Saariel. Tenez vos positions, nous ne serons pas long. Rapport des pertes ?

 

-Frère Alban a été blessé par un tir de missile mais il s’en sortira. Quelques coupures bénignes pour nous autres. Notre effectif et à présent de huit hommes opérationnels.

 

-Restez en alerte et soyez vigilants. Nous arrivons.

 

Quelques instants plus tard, la colonne débouchait sur une large place, que dominait une cathédrale gothique, dressée là en l’honneur du fondateur de la colonie, Moïs Jacobinus -le grand-père de l’actuel gouverneur-. De son dernier étage, le sergent Saariel guettait ses Frères qui à présent allaient poursuivre leurs missions. Il indiqua sa position à Gabriel, qui lui attribua un nouveau rôle.

 

Après cette trouée initiale, un boulevard s’offrait aux Astartes, qui n’avaient plus qu’à combattre un ennemi dispersé et hors d’état de se porter assistance. Un jeu d’enfants… rien ne pourrait se lever face à la fureur des Fils du Lion.

 

Lorsque les Dark Angels survinrent dans le dos de la poche de résistance, la surprise fut telle que les défenseurs rebelles cessèrent tous tirs pendant plusieurs secondes…

 

_______________________________________________ 


Gabriel frappait de taille et d’estoc, de coup droit comme de revers, de gauche comme de droite. Sa colère face à ces pions des Dieux Noirs atteignit son paroxysme en voyant la perversion de certains des mutins et la corruption se répandre à présent au grand jour dans leurs rangs. Absolution n’avait jamais si bien portée son nom. Elle faisait des ravages, découpait avec une égale facilité les modestes armures et les chairs, coupant les membres, éventrant, décapitant tout ce qui tentait de s’opposer à elle et à son talentueux possesseur.

 

S’étant ainsi débarrassé de toute une escouade, Gabriel laisse son regard embrasser l’ensemble de la scène. Ses hommes agissaient d’une manière bien coordonnée, se couvrant mutuellement, optimisant toujours tous les angles de tirs, ne laissant aucune chance à une riposte. L’avance se faisait avec un chronométrage impressionnant. Ses Frères ne gaspillaient aucune de leurs munitions. Ils laissaient aller leur sauvagerie au corps à corps, leurs épées tronçonneuses déchirant tout sur leur passage. Même les couteaux de combat étaient tirés, et leur lame longue comme l’avant-bras d’un humain normal était à elle seule redoutable. Rien n’échappait à sa morsure.

 

La panique submergea les défenseurs et en peu de temps ce fut tout le contingent qui prit la fuite devant la volonté implacable des Frères de Bataille. Impitoyables, ces derniers abattaient toute cible, qu’elle menaçât ou non. Le nettoyage de la zone commençait. Par petits groupes, les FDP ratissaient la zone à la recherche d’ennemis embusqués ou qui tentaient de se rallier. Pour leur part, les Space Marines se regroupèrent et se préparèrent à lancer l’attaque dans le flanc droit de la poche de résistance suivante. De proche en proche, ce serait tout le front adverse qui allait s’effondrer sous les attaques rapides et précises, chirurgicales, des Dark Angels.

 

-Severian à Gabriel !

 

Le com-link de Gabriel fit entendre un message urgent du Chapelain. Gabriel prit la communication et répondit alors que l’appel retentissait à nouveau, pressant :

 

-Severian à Gabriel !

 

-Gabriel écoute.

 

-Gabriel, cessez immédiatement les combats et lancez vos forces au plus vite que vous pourrez sur le palais du gouverneur. Je vous retrouve là bas. Cet objectif passe par dessus toutes les considérations, code prioritaire Oméga rouge.

 

Il devait assurément se passer quelque chose d’extrêmement grave là bas. Le code Oméga Rouge impliquait la procédure de désengagement immédiat pour les Dark Angels, et ce, quelque soit la situation tactique, voire stratégique. C’était assurément un ordre qui n’était jamais donné à la légère. Quelque chose avait dû mal tourner, mais malgré toute l’énergie qu’il y mettait Gabriel ne parvenait pas à comprendre quoi. Il retransmis l’ordre à ses Frères.

 

Sous les yeux ébahis des FDP, les Dark Angels quittèrent la zone des combats pour faire route exactement en sens inverse.

 

Une voix cria dans le circuit radio du Razorback de commandement :

 

-Mon Seigneur, ici le Général Gurkmann, du 12ème RDP : où allez-vous, pourquoi nous laisser ainsi ? Mon Seigneur, je …

 

-Prenez le commandement, répondit laconiquement Gabriel avant de couper le contact.

 

Il bascula la fréquence et obtint la liaison avec Severian. Ce dernier avec ses Terminators avait déjà regagné le Winged Vengeance.

 

-Nous sommes en route, arrivée sur le palais dans trois minutes. Que se passe-t-il Frère ?

 

-J’ai identifié la taupe et nous devons la mettre hors d’état de nuire avant qu’elle ne nous fausse compagnie.

 

-Transmettez moi le nom qu’elle porte au Conseil.

 

-Gabriel, il ne s’agit pas de quelqu’un du Conseil. Il s’agit du Conseil.


-MFT-

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18 mars 2009 3 18 /03 /mars /2009 21:36

Malgré les nouvelles de nombreux combats qui provenaient des secteurs voisins, et les rapports faisant mention de la progression d’orks dans le secteur 4, les défenseurs du pont de Gerzéel n’entrèrent pas en contact avec l’ennemi de la journée. Bien que le Sergent Eilon ai ordonné de maintenir une garde vigilante, aucun signe laissant supposer l’arrivée d’un agresseur ne fut relevé, et c’est sous un ciel rougi par la lueur des incendies alentours plutôt que par le second soleil de la planète que les sentinelles prirent leurs tours de garde.

 

A l’abri d’une tranchée construite par les gardes impériaux du 89ème Arcadien, Gabriel prit lui aussi son tour bien que les Space Marines ne dormissent jamais vraiment.

Gabriel profita de ce moment pour inspecter du regard les positions fortifiées. Un dense réseau de tranchées, petit mais complexe, déployait ses boyaux entre positions de tirs, de départ et de relève, enserrant la route stratégique qui enjambait via le fameux pont un large cours d’eau. Le mot cours d’eau était d’ailleurs un bien grand mot… l’eau était à ce point polluée que seuls les Marines pouvaient s’y désaltérer. Ces derniers temps, les effluves brunâtres des industries et des égouts avoisinants avaient laissé place à de lourdes plaques de pétroles, de mazout, voir des cadavres humains et xenos, qui dérivaient le long du courant.

 

A l’intérieur des boyaux se terraient une trentaine de gardes impériaux, qui n’étaient guère expérimentés, menés par un lieutenant qui l’était nettement plus, mais avait bien du mal à tirer le meilleur de ses subordonnés. Il était accompagné d’un terrifiant commissaire, taciturne et glacial. Les deux personnages ne semblaient pas issus de la même planète et l’Arcadien parlant assez mal le Haut gothique impérial, leurs discussions utilisaient une drôle de combinaison de gestes et de rudiments de langue impériale. Manifestement, le commissaire ne devait pas être bien vieux au sein du régiment…

 

Plus intéressant étaient les serviteurs cybernétiques de l’Adeptus Mechanicus, que menait le techno-adepte Abeus Cleptus. Ses cyborgs, plus machines qu’humains, possédaient à eux seuls une panoplie d’armes aussi variées que dévastatrice, à faire pâlir d’envie n’importe quel Imperial Fist ou Salamander. Ils assureraient tous les types de tâches que l’on pouvait leur attribuer au mieux, avait déclaré leur maître. Ce dernier, qui possédait plus de dendrites et de câbles implantés dans son corps que tous ses jouets réunis, ne jurait que par la puissance de ses armes.

 

Personnellement, Gabriel ne les estimait pas à la hauteur de la tâche qui leur était confiée. Entre le prêtre de Mars à peine plus humain que ses sbires qui pêchait un peu par excès de confiance, et les Gardes Impériaux qui jouaient à l’alternance avec l’extrême inverse, les choses ne se présentaient pas le mieux du monde, pensa Gabriel.

 

Un léger bruit, indistinct mais pourtant audible, le tira de ses pensées. Il fixa du regard la zone d’où il lui semblait que le son, qui maintenant évoquait celui d’un moteur, lui provenait. Là-bas, tout là-bas, il lui semblait voir des colonnes de poussière. Comprenant qu’enfin, l’ennemi se montrait, il donna l’alerte. Il était trois heures du matin, nota-t-il.

 

Au bout d’une demi-heure, pendant laquelle la frénésie s’était emparée du camp fortifié avant de retomber et de le céder à la nervosité, on put commencer à dénombrer l’étendue des forces de l’adversaire. Une vingtaine de transports, quelques gros blindés, beaucoup de petits véhicules rapides… par conséquent au moins plus de deux-cent-cinquante orks. Les pauvres Gardes, inexpérimentés, ne comprirent pas ce que leurs aînés saisirent : ils avaient peu  de chances de s’en sortir…la disproportion était à ce point importante qu’Eilon laissa échapper –par bonheur sur le canal d’escouade – un simple « Empereur tout-puissant ».

 

Comme la veille, Eilon ordonna de ne laisser tirer personne tant que les premières unités adverses n’auraient pas franchies les trois quarts de l’obstacle. Mais à sa surprise ainsi qu’à celles de tous les autres, les premiers véhicules ne ralentirent même pas à l’entrée du pont, tant et si bien que la première salve impériale n’infligea guère de dommages. Seul le missile de Frère Raphael parvint à atteindre un truck et l’envoyer culbuter contre le parapet de l’ouvrage. La forte lame fixée à l’avant traversa comme du beurre le muret de pierre et l’engin alla s’écraser dans la berge, dans une énorme explosion. Mais déjà, les premiers boyz, qui avaient franchi à l’aide de leurs engins surpuissants l’embuscade tendue, sautaient à terre et se ruaient sur les boyaux impériaux, afin de faire sortir ceux de leurs occupants…

 

Un torrent de flammes les accueillit et en grilla tout bonnement une bonne vingtaine, bien qu’aussitôt de nouveaux arrivants, passant outre le barrage de tirs qui pourtant noyait le pont sous un véritable déluge de projectiles, se lançaient à l’assaut. Des engins légers, dont bon nombre explosaient avant de passer le mortel obstacle, ouvrirent le feu sur les défenseurs, bloquant de nombreux gardes sous un tir nourri plutôt qu’assuré. Les boyz tombaient comme des mouches mais ceux qui survivaient tombaient à bras raccourcis sur les humains. Tentant vainement de s’opposer à la baïonnette, les gardes étaient massacrés, pour ne pas dire littéralement mis en pièce par la sauvagerie des orks. L’intervention héroïque du lieutenant Scaevola et ses hommes permit de ralentir la tuerie, qui déjà lui avait haché la moitié de son peloton. Mais tandis que l’officier se lançait dans ce féroce corps-à-corps, un lourd chariot de guerre fit tonner son obusier avant de s’élancer sur le tablier du pont, bousculant tout sur son passage, précipitant cinquante mètres plus bas les carcasses des véhicules détruits. L’obus alla s’écraser en pleine mêlée, pulvérisant une dizaine de combattants des deux bords. Un tir de canon laser atteint le système de rechargement de l’arme et la tourelle supérieure explosa dans une détonation assourdissante. Secoué, les boyz eurent un peu de peine à sortir de la soute et un missile à fragmentation habilement tiré par Raphael alla causer un grand carnage, projetant des schrapnells un peu partout à l’intérieur.

 

Dans un tel désordre, Eilon comprit que si son flanc gauche lâchait sous la pression des xenos, avoir abattu déjà près d’une centaine de peaux-vertes ne serviraient à rien, et il enjoignit à son escouade de combat de le suivre hors de la tranchée opposée. Il se mit à courir dans la direction du carnage, son épée énergétique décrivant des moulinets devant lui, et laissant une pluie d’étincelle comme une traîne dans son sillage. A présent, c’étaient deux autres mastodontes de ferraille, de tôles et de poutrelles hétéroclites, qui s’avançaient sur le pont. Alors qu’il avait déjà parcouru la moitié du chemin, le premier assemblage de morceaux divers et variés vint décrire un dérapage à côté de lui, et dans un rugissement bestial, des xenos d’une taille bien supérieure surgirent de tous les points de sortie de l’engin. Des nobz ! Le combat, déjà très inégal, allait devenir vraiment impossible. Pourtant, Frère Raphael d’un tir chanceux atteint la chenille du deuxième chariot de guerre et, la pulvérisant, obligea le char déchenillé à déraper à son tour qui basculant hors du tablier, alla s’écraser dans la rivière en contre-bas.

 

Malgré leur bravoure, Eilon et ses hommes ne faisaient pas le poids face aux adversaires auxquels ils étaient confrontés. Frappant en tous sens pour se dégager, Eilon et ses Frères avaient déjà mis hors de combat trois opposants, mais petit à petit les Marines tombaient à leurs tours sous la force bestiale des orks. Bientôt, il ne resta plus que le Sergent-vétéran. D’un large revers il trancha un bras porteur d’une dangereuse griffe énergétique. D’un coup droit, il perfora un abdomen, d’une attaque de taille portée de droite à gauche, il coupa une jambe. Entouré des cadavres de ses Frères comme de ses victimes, le Sergent, qu’une demie-douzaine de blessures affectait, vit se détacher du groupe un nobz plus costaud que les autres. Ce dernier le toisa, et articula avec difficulté :

 

-Eh toi, l’z’hom en boit’, vien-z-y donc t’mesuré à moi. T’ai ben battu, t’m’a tué plin nobz, et maint’nan t’a gagné l’droi d’te euhm’zuré à moi.

 

-Meurs, raclure Xenos, répondit simplement Eilon, et joignant le geste à la parole il lâcha une courte rafale dans l’estomac du géant vert.

 

Les deux premiers blots ricochèrent sur de grossières plaques de blindage mais la seconde ouvrit une large plaie dans le ventre du champion. Ce dernier, fou de douleur, sauta, la griffe grande ouverte, sur sa proie. Eilon s’esquiva adroitement et voulu abattre sa lame sur la nuque de l’ork dans la foulée, mais celui-ci para le coup en agrippant le poignet du Marine, et le tordit dans un craquement sinistre. Malgré la violence de la douleur qui lui remonta instantanément jusqu’à l’épaule, ce dernier ne lâcha pas un cri. En revanche, une lourde gifle lui arracha son casque, et un redoutable coup de pied sous la pièce pectoral de son armure l’envoya au sol, sonné.

 

Dans son état à mi chemin entre réalité et inconscience, il se sentit soulevé de terre, coincé dans une terrible serre de métal.

 

-R’gardez tous, tas ed minab’, ske j’fais d’vot’ chef en boît’ ! Les pluss for’, s’toujours les vré verts, pas lé zespèces d’avortons ki s’peignent t-en vert pour nous ressemblé à nous les vré z-orks ! R’gardez ske j’en fais, de st’espèce  d’erzatz !

 

Et dans un ricanement machiavélique et un horrible craquement, il broya son prisonnier dans les airs, à la vue de chaque défenseur.

 

Devant le spectacle effroyable, les Arcadiens perdirent complètement pied. Les derniers survivants fuirent hors des retranchements. Le commissaire s’interposa de toute sa stature et hurla à la face des hommes en panique :

 

-Revenez, tas de déchets !

 

Il logea un bolt dans le crâne d’un des fuyards, qui éclata dans une débauche de purée de cervelle. Mais même la menace d’un tel châtiment ne remit pas les Arcadiens dans le bon chemin. Au contraire, ces derniers sautèrent sur leur némésis et, le désarmant, l’égorgèrent… La mort du dernier représentant de l’autorité sur le flanc gauche –Scaevola et ses hommes avaient péri depuis bien longtemps- mit en déroute les derniers défenseurs de ce côté là de la route. Le techno-adepte avait été écrasé par un obus presque dès le début et ses serviteurs, qui s’étaient tus, faisaient à présent le bonheur des pillards et mékanos orks.

 

De l’autre côté du champ de bataille, Raphael, Gabriel, et les trois autres survivants de l’escouade Eilon, se battaient comme des lions. Tenant les orks en respect depuis les tranchées par un feu contrôlé et bien ajusté, ils étaient parvenus à enrayer trois assauts orks sur leurs positions. Mais à présent qu’Eilon et les autres n’étaient plus là, qu’il n’y avait plus de flanc gauche ni de centre, les choses risquaient de connaître un brusque changement.

 

Devant leur état, Raphael n’eut guère le choix que de lancer un SOS sur la fréquence de détresse, tandis que ses frères entonnaient les hymnes à la mort, tout en rechargeant alternativement leurs armes. Un dernier missile partit, après quoi Raphael annonça qu’il était à court de munitions. Il vint se joindre à la fusillade armé d’un simple pistolet bolter…

 

Ralliant ses boyz, le boss ork regarda d’un œil mauvais alternativement ses insubordonnés et les derniers Marines qui tenaient héroïquement une position intenable. Il hurla :

 

-Ke ceuss ki aime Wazza Mag Uruk Kasstoo montent là hau avé moi !! Pour not’ boss qu’on aime !! WAAAGH !!

 

Et dans un hurlement bestial, repris par une bonne centaine de voix rauques, les peaux-vertes s’élancèrent à l’assaut de la colline fortifiée.

 

Gabriel, abrité dans sa tranché, déchargeait méthodiquement son bolter sur les assaillants. Chaque tir faisait mouche, mais la constitution orkoïde était si robuste que tous ses tirs n’étaient pas mortels ! Mètres après mètres, les attaquants gagnaient du terrain. Lorsqu’il jugea les orks trop proches pour obtenir une précision du tir suffisante, Gabriel sortit son pistolet bolter à son tour, et s’armant de son couteau de combat, qui l’accompagnait sur tous les théâtres d’opération depuis son noviciat, il attendit la marée verte. Il glissa un dernier regard à l’épée du Sergent, qui gisait là-bas, au sol, hors de portée…

 

Et soudain ce fut le corps à corps. Dans la mêlée sanglante, les tirs de pistolet fusaient dans toutes les directions, les adversaires  s’entre-choquaient et disparaissaient au gré de leurs fortunes. A bout portant, Gabriel éventra un ork, puis esquiva l’attaque d’un second avant de lui plonger sa lame de combat dans la nuque. Au loin, il aperçut Frère Azdakan se faire décapiter par le boss ork, un véritable fléau… au bout de quelques minutes il ne restait plus que Raphael et lui encore en état de se battre. Plongeant sous un revers de kikoup, Gabriel atterrit droit aux pieds du leader ! Celui-ci le souleva par un pied, mais plutôt que de le lui cisailler, il jeta l’Astartes loin derrière lui, afin de pouvoir se battre avec lui hors de la mêlée. Passant en trombe au-dessus du carnage, Gabriel ne put qu’apercevoir Raphael se faire submerger par les peaux-vertes avant d’aller s’écraser au sol un peu plus loin. Il devait bien en rester une soixantaine…

 

Avec une démarche lourde et pataude, l’énorme ork s’approcha de Gabriel et le regarda avec mépris. Il lui lança :

 

-Chuis Ragnuk la den roug’, le premié Leut’nan d’mon boss Wazza Mag Uruk Kastoo. E qui t’é, toi, n’avorton ?

 

-Je suis ta mort, sale Xenos, répondit Gabriel en se remettant debout.

 

-Pfff… z’ête lour’ à vou répété tou l’temps, les z’homs en boît’ ! déclara le Leut’nan et d’un revers de sa pince, il projeta à nouveau Gabriel une dizaine de mètres plus loin…

 

C’état précisément la distance qui l’avait séparé de l’épée du sergent Eilon. A présent, elle se trouvait à portée de main. Sans hésiter un seul instant, Gabriel s’en saisit et, délaissant son vieux couteau de combat, se releva, l’arme énergétique à la main.

 

-Cé ça, ser ten donc de c’t’ouv’boît’ ! Vien m’affronté !

 

Autour des deux protagonistes, un cercle se forma. Les boyz survivants, assurés de voir un beau massacre, se rassemblaient et se tassaient afin de n’en rien louper. Gabriel chercha à les ignorer en faisant effectuer quelques moulinets à sa lame. Son orgueil hurlait face à ce rôle ignominieux de duelliste, de bête de foire, de combattant déjà mort que le boss ork lui faisait endosser. Mais le gladiateur que l’on croyait déjà abattu comptait bien inverser les costumes… Préférant se concentrer sur le combat qu’il devait livrer pour son honneur, il plongea en lui-même afin de recréer cette symbiose avec son arme, qui avait fait sa réputation et qu’il appréciait tant.

 

Sans le moindre avertissement, l’ork se jeta sur sa proie qui lui échappa vivement non sans laisser une entaille dans sa musculature noueuse et verte. Le xenos grogna et porta une nouvelle attaque, qu’à nouveau Gabriel esquiva avec facilité. Le Dark Angel était tel une anguille, passant sous ses coups, profitant des moindres failles dans la défense de son adversaire, du moindre retard dans ses passes, pour lui infliger de nouvelles blessures. Même si le combat se déroulait à un rythme soutenu, il semblait durer en longueur aux deux combattants. L’ork ne parvenait pas à porter un seul coup mais ceux de Gabriel n’avaient pas la force suffisante pour être mortel ou vraiment dangereux, car la rapidité de ses contre-attaques ne lui permettait pas de prendre l’élan suffisant pour ce faire. Après un long échange, l’ork rata un crochet de sa pince et, fatigué, ne revint pas à temps en garde. Gabriel saisit l’opportunité et abattit une volé de coups, tous plus appuyés les uns que les autres, d’une fulgurance inégalable. Sous la riposte, le colosse recula d’un pas, puis deux, puis trois qui s’accélèrent. L’initiative était passée à son adversaire. Frappant de tous côtés, Gabriel multipliait les blessures, espérant surcharger le système nerveux de l’ork sous les appels, et lui faire perdre quelques instants ses esprits, ce qui lui donnerait la chance de pouvoir enfin porter une attaque fatale. Et enfin il y parvint. L’ork eut un bref moment d’absence, et Gabriel, ramenant ses bras en arrière, plongea, avec une force dans laquelle il mit toute sa rage, sa colère et sa haine, sa lame à travers l’abdomen du géant.

 

Le peau-verte émit un hurlement de douleur alors que les arcs électriques lui calcinaient les intestins, et que l’épée s’enfonçait toujours plus loin en lui. Elle était déjà enfoncée à plus de la moitié lorsque d’une brusque torsion, ses muscles surpuissants parvinrent à casser la lame. Il tituba, et Gabriel lui sauta à la gorge, toujours armé du tronçon d’épée qui lui était resté entre les mains. Les deux ennemis basculèrent et tombèrent sur le sol. L’air se condensa autour du groupe, et la température chuta en une fraction de seconde, pendant laquelle, sans se préoccuper de cela, Gabriel leva les bras au dessus de la tête du Boss, les deux mains solidement serrées autour de la poignée de l’arme, dont l’arrête continuait d’être parcourue d’arcs électriques et qui pointait vers le visage du xénos.

 

Au moment même ou Gabriel transperçait le visage du monstre dans une gerbe de sang, deux escouades de la Deathwing se matérialisèrent à proximité et des langues de feu fusèrent autour de lui. Les lances-flammes lourds des Terminators entraient en action dans un maelström de destruction, transformant en torches un nombre incroyablement élevé de peaux-vertes. Les grésillements de la chair fondue se mêlèrent à ceux des armes à énergie que portaient les vétérans, et ils massacrèrent rapidement les boyz, qui, sûrs de leur victoire, s’étaient rassemblés pour assister à la mise à mort. La surprise de l’attaque fut totale et les orks furent annihilés avant même d’avoir réellement compris ce qu’il se passait.

 

Gabriel se releva et regarda autour de lui le paysage dévasté. Les carcasses fumantes des trucks orks, d’où s’échappaient de lourdes spires d’une fumée noirâtre et âcre, les restes humains ou xénos qui jonchaient le sol, les cratères, les ruines et les larges sillons des tranchées impériales, tout cela était un spectacle qui n’exprimait que mort et désolation. L’endoctrinement qu’il avait subit l’empêcha d’avoir un haut-le-cœur jusqu’à ce qu’il aperçoive ce qu’il restait des neuf  Frères de son escouade. Malgré tout son entraînement, malgré son conditionnement, il ne pouvait plus guère se réjouir d’une telle destruction après avoir contemplé les cadavres équarris de ses compagnons d’armes. Une colère indescriptible lui remonta depuis les tréfonds de lui-même, une rage incroyable le prit au tripes, et, tout en  serrant compulsivement le manche de ce qui avait été une épée énergétique, il fit le serment de se venger et de venger ses Frères ainsi massacrés par les peaux-vertes.

 

Tout à son égarement, Gabriel ne semblait plus remarquer ce qui l’entourait encore. Dans la brume de son regard, il vit une forme massive et claire se porter vers lui, sans pour autant qu’il parvienne à la distinguer tout à fait. Une voix résonna dans son casque avec un grésillement, alors que le terminator lui adressait la parole par le canal personnel.

 

-Je suis Frère Nathanael,de la 4ème escouade de la Première Compagnie. Est-ce que tout va bien, Frère ?

 

-Je suis Frère Gabriel, 3ème Escouade de la Troisième Compagnie. Blessures superficielles en cours de traitement par mon armure.

 

-Bien. Tous tes Frères sont morts, Gabriel, il n’y a plus rien à faire. L’Empereur peut être fier de vous, ils ne seront pas morts en vain. Tu dois à présent regagner le bord du Winged Vengeance afin de t’y faire examiner plus amplement par un Apothicaire et attendre les ordres te concernant. Ton unité ayant été anéantie, nous n’avons pas encore de quoi la reformer. Il te faudra donc t’armer de patience jusqu’à ce que Maître Belial ait pris une décision. Met ce délai à profit pour te recueillir au près du Chapelain Abraxas. C’est une dure épreuve que la tienne, et il t’aidera à la surmonter.

 

-Bien Frère Nathanael. Je ferais selon vos ordres.

 

-Attends-toi également à une distinction. Ce que vous avez fait aujourd’hui est digne des éloges du Chapitre. Nathanael, terminé.

 

-MFT- 

 

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17 mars 2009 2 17 /03 /mars /2009 21:13

Les deux Astartes passaient devant les rangs des troupes Ana-Purnienne en formation serrée, au garde-à-vous. Bon nombre d’entre eux étaient blessés, éclopés, des survivants du carnage de la première heure. Gabriel savait que paradoxalement c’était sur de tels hommes que l’on pouvait le plus compter. Leur ardeur au combat se trouverait dans l’action démultipliée par leur désir de revanche et de justice face aux traîtres qui les avaient tant malmené. Malgré les bandages, malgré les cicatrices mal refermées, ils étaient prêts.

 

Severian et lui s’approchèrent de l’Etat-major du Régiment qui allait bientôt passer à l’attaque. Eux aussi semblaient avoir souffert, mais ils affichaient sur leurs visages la rage de vaincre qui emporterait la décision dans les prochaines heures.

 

-Votre rapport, Général ? commanda Gabriel.

 

-Nos rangs ont été reformés mais je n’ai guère plus que le tiers de mon unité sous mes ordres. Le quart de mes compagnies s’est rebellé et a tout bonnement exterminé ce qui manque au régiment.

 

-Etes-vous sûrs de vos hommes à présent ?

 

-Mon Seigneur, s’ils ne se sont pas rebellés lorsqu’ils en avaient l’occasion, c’est qu’ils n’en avaient pas, selon moi, l’intention. Je place la plus entière confiance en mes subordonnés. Nous sommes et resterons à jamais loyaux à l'Empereur. J’espère, une fois ce conflit achevé, faire figurer cela en bonne place sur la bannière du 12ème RDP. C’est un titre de gloire pour ces hommes que d’avoir su rester du bon côté dans les heures les plus dures. D’autant que j’ai appris que bon nombre n’auraient pas fait pareil.

 

-Que voulez-vous dire, Général ?

 

-Eh bien… fit-il un peu mal à l’aise, eh bien j’ai été mis au courant de grandes purges d’officiers dans les états-majors, jusqu’à l’échelle du peloton. L’ampleur m’a déconcerté, je n’aurais jamais cru être à ce point entouré de traîtres et de félons. Vraiment, je suis extrêmement surpris. Qui plus est, ces purges concernent non seulement des unités de la capitale même, mais aussi et en très grands nombre des unités de l’extérieur. Cela m’effraie de penser que des régiments prestigieux en garnison dans les provinces avaient été infiltrés !

 

-Ne vous inquiétez pas quant à votre tête, Général. Elle restera sur vos épaules tant que vous saurez où est votre devoir, et vers qui doit aller votre dévotion. Sur ces bonnes paroles, faites prendre à votre régiment ses positions d’attaque. Assaut dans une heure et quatorze minutes. Le Blade of Righteousness fera feu sur les positions ennemies dans une heure précisément : vous avez intérêt à bien protéger vos hommes. Ses objectifs ne sont qu’à soixante-dix mètres de vos positions.

 

-Oui, mon Seigneur. Il sera fait ainsi que vous le désirez.

 

Gabriel et Severian regardèrent les colonnes s’ébranler et entamer leurs marches vers leurs positions de départ. Le soleil d'Ana-Purna III se levait à peine.

 

-Avez-vous relevé quelque chose d’intéressant dans ces propos ? questionna sur le canal privé Severian.

 

-Qu’il ne s’attendait pas à des purges d’une telle ampleur, et qu’il était préoccupé. Les régiments les plus touchés semblent être les plus prestigieux : son malaise indique même que ces régiments étaient au-dessus de tout soupçon.

 

-J’en étais arrivé au même point. Qu’en concluez-vous ?

 

-Deus hypothèses s’offrent à nous : ou bien l’enquête a été réellement menée, et ces purges visent de réels agents adverses, ou bien quelqu’un de haut placé cible consciencieusement ceux qu’il souhaite éliminer, en prétendant nous faire croire à une infiltration très étendue. La loyauté de ce brave général est inattaquable, aussi les deux hypothèses sont tout à fait valables. Cela ne fait que confirmer mes soupçons, j’ai déjà demandé à la Raven Wing de lancer des reconnaissances à travers tout le pays. J’espère qu’elles seront fructueuses. Si nous parvenons à trouver le QG adverse nous y verrons bien plus clair.

 

-De même je ne préconise un engagement de la 3ème Compagnie qu’avec précaution. S’il y a une taupe, il ne faut pas tomber dans le piège qu’elle nous tend.

 

-Au contraire, la taupe sait que les rebelles n’ont pas les moyens de nous résister et elle fera faire le vide autour de nous. A nous de nous donner à fond pour lui donner le change. De toutes façons rien ne dit qu’elle appartient au Conseil d’Etat-major Général.

 

-Votre analyse est juste, Frère Gabriel. Comme toujours…

 

___________________________________________

 

 

Le tout nouvellement promu sergent Garneray pénétra dans les ruines d’un immeuble, qui faisait le coin de la rue par où allait déboucher son régiment dans quelques instants. Il ne s’attarda pas sur les néons arrachés, les murs éboulés ou criblés de balles, le désordre le plus complet qui régnait dans l’immeuble. L’ascenseur gisait écrasé au fond de sa cage, et l’escalier lui-même était encombré d’épars et de débris.

 

Subrepticement, il glissa un œil par ce qu’il restait d’une fenêtre. La rue semblait dégagée.

 

-Hanoven, appela-t-il, tu me mets ton bolter lourd ici et tu couvriras l’angle du bâtiment en face. Si des tirs partent vers le carrefour, ils ne pourront gicler que de là. Tu fais feu sur tout ce qui bouge, compris ?

 

Progressivement il dispersa ses hommes à travers le bâtiment, et prit lui-même place à plat-ventre sur la terrasse, accompagné par le sniper de l’escouade. Il lui donna quelques recommandations puis redescendit aux étages inférieurs.

 

Au loin les bombardements orbitaux s’achevaient. Ils avaient commencé par frapper peu en avant de leurs positions, puis avaient progressé avec eux à mesure qu’ils avançaient au travers des ruines de la capitale. Tous les civils avaient été évacués vers l’intérieur du périmètre, mais la plupart étaient très éprouvés par le traumatisme d’avoir été attaqué par leurs propres troupes. Ils n’avaient guère pu être enrôlés dans les rangs afin de les regarnir.

 

Un bruit indistinct de moteurs se fit entendre, puis gagna progressivement en puissance et en précision. Le reste du régiment arrivait. Les blindés établirent un périmètre autour du carrefour, tandis que des escouades d’infanterie continuaient leurs progressions ou bien investissaient les immeubles adjacents. Du haut de leurs positions, les hommes de Garneray couvraient toute la scène. Elle ne présentait pas d’accrocs, tout allait pour le mieux. Le bombardement orbital avait ravagé les positions alentours, et rien ne devait avoir survécu à sa violence. Rassuré, Garneray reprit ses jumelles et scruta le bas de la rue. Tout continuait d’aller, toutes les façades étaient sécurisées jusqu’au prochain carrefour.

 

Lorsque le coup de feu claqua et que la tête du soldat Hanoven éclata comme une pastèque, ce fut l’ensemble de l’escouade qui resta ébahie. Un second membre s’effondra, le torse perforé par un projectile.

 

-Tireur isolé ! hurla Garneray. A terre tous !

 

Dans la rue en contre-bas, tous les soldats firent de même.

 

L’instant d’après, « ils » étaient là.

 

De toutes les fenêtres, des tirs fusaient vers la rue. Les façades crépitaient des départs de coups, et toutes les ruines s’illuminèrent de traceuses et d’explosion, dans un formidable spectacle pyrotechnique. Garneray et le 12ème RDP réagirent et, entre les immeubles opposés, c’était un véritable déluge de feu à bout portant. La scène était réellement dantesque. D’aussi haut que pouvait porter le regard dans cette poussière, chaque étage brillait de milles feux. Les combattants étaient à ce point proches qu’ils se lançaient des grenades d’une fenêtre à l’autre. Le désordre était indescriptible.

 

Au sol, des éléments blindés semblaient refermer un piège en déboulant sur les flancs. D’autres tanks prirent à revers les colonnes engagées plus en arrière sur le chemin du 12ème. La pointe avancée jusqu’au carrefour suivant fut annihilée en un rien de temps, et les chars commencèrent à remonter le long de l’axe principal. Une détonation sourde et l’un d’eux explosa en un geyser de flammes: il restait encore des défenseurs et ils ne cèderaient pas. Ces derniers, épaulés par un Leman Russ chasseur de char, opposaient une résistance acharnée. Ils se repliaient et fortifiaient aussitôt leurs positions, semblant être décidés à n’en pas bouger.

 

Garneray rattrapa une grenade qui lui arrivait de l’étage d’en face, et la renvoya aussitôt. Elle éclata avant même d’avoir atteint l’ouverture, projetant des shrapnels partout.

 

« Il était moins une »

 

De son fusil laser, il lacéra un des adversaires qui s’apprêtait à en lancer une autre. Celui-ci bascula à la renverse sur le sol, et la grenade explosa presque aussitôt, soufflant les murs qui s’effondrèrent sur les troupes en contrebas. Il aperçut la gueule d’un lance-missile apparaître derrière l’une des fenêtres, hors de son champ de tir.

 

-Rudolf ! hurla-t-il. Ton lance-grenade, dans cette fenêtre !

 

Trop tard ! Un missile partit mais il ricocha par bonheur sur le blindage du chasseur de tanks qu’il cherchait à détruire. Rudolf ne leur laissa pas le temps de tenter leur chance une seconde fois. Avec un bruit sourd, il expédia une grenade en plein dans le mille et les deux servants furent volatilisés dans l’explosion. Un bruit de chenilles capta l’attention de Garneray. Au bas de l’immeuble, deux terribles Demolisher s’avançaient, menaçant. L’un deux dans un tonnerre digne de l’apocalypse ouvrit le feu et son obus déchira une chimère comme un pétard dans une enveloppe de papier. Conscient du danger, Garneray cria à Rudolf de rappliquer avec son engin.

 

Le chasseur de char loyaliste avait lui aussi bien compris ce danger. Lentement, sa tourelle pivota, mais bien trop lentement, car le second Demolisher lui expédia un obus qui s’écrasa quelques décimètres en avant. Le Chasseur ouvrit à son tour le feu et pulvérisa l’un des agresseurs en l’atteignant à la jonction de la coque et de la tourelle. Un énorme champignon de fumée s’éleva aussitôt puis une série de déflagration achevèrent d’éventrer la bête. La tourelle du Chasseur continua sa rotation vers le deuxième duelliste, mais ce dernier fut plus rapide et cette fois-ci, son obus fit mouche. Il perça un trou béant dans le blindage du mastodonte et l’explosion projeta des éclats mortels qui massacrèrent les malheureux membres d’équipage. La perte du tueur de chars fut fatal au moral des défenseurs. Sentant qu’ils ne pouvaient tenir à présent face à l’assaillant, ils décrochèrent en essayant de garder le maximum de discipline dans leur repli.

 

De là où il était, Garneray avait vu toute la scène et savait qu’il n’avait plus guère de chances de s’en sortir. Il empoigna l’arme de Rudolf, qui gisait à terre à côté de son malchanceux possesseur, la tête percée par un éclat. Il vérifia que la grenade engagée était bien anti-char, arma, visa le bloc moteur du Demolisher et tira. La grenade jaillit et alla s’écraser sur la grille d’aération. Par malheur elle rebondit et éclata sans causer de dommages. Avec horreur, il vit la tourelle se mettre en mouvement, et le canon pointer sa gueule vers lui, Garneray ! Ses yeux s’écarquillèrent  et il vit distinctement l’obus monter à toute vitesse à sa rencontre. Dans le quart de seconde qui suivit la détonation, Garneray et tout l’étage avec lui furent transformé en chaleur et en lumière. Ainsi finit la rapide carrière du sergent Garneray.

 

______________________________________________

 

Partout, les loyalistes refluaient sous les moyens déployés par les traîtres. C’étaient comme si tous les axes de progression leurs étaient connus, comme si chaque couloir de retraite était couvert par leur feu. Des chars surgissaient des rues, et des fantassins du néant. Parfois, on les voyaient se ruer des caves à l’assaut des étages, parfois c’étaient des terrasses qu’ils déboulaient après avoir sauté depuis le toit d’un immeuble voisin. La panique gagna les loyalistes et si certains îlots de résistance se constituaient pour lutter jusqu’à la mort afin de permettre le retrait des autres, bien des hommes abandonnaient leurs positions et couraient au hasard des ruelles, tâchant tant bien que mal d’éviter le feu de l’ennemi qui arrivait de partout. La pagaille s’empara des rues, des immeubles, personne ne savait plus qui commandait ni même où se trouvait son unité, et fréquemment les soldats eux-mêmes ne parvenaient plus à saisir où ils étaient.

 

La contre-offensive dont la victoire était assurée tournait au désastre. Partout des cris, des appels au secours, des explosions, de la fumée. De vague fantômes traversaient les limbes de poussière, la fumée noire et grasse que déversaient des torrents de feu. La bataille tournait au chaos.

 

Paradoxalement, les Dark Angels eux ne rencontrèrent pas de résistance à leur progression, conformément à ce qu’avait prévu Gabriel. Mais depuis quelques minutes, les rapports affluaient depuis l’arrière indiquant la tournure dramatique prise par les évènements. Ayant fait faire halte à sa colonne, il pénétra dans le Damoclès et consulta l’hologramme des opérations. Les informations étaient lacunaires mais elles donnaient un semblant d’idée de ce qu’il se passait.

 

-Manifestement, tous nos mouvements sont connus de l’adversaire. Ils coupent nos colonnes et tombent dans le dos de nos positions depuis des caches préparées d’avance pour l’occasion. Il y a fort à parier que nous même avons déjà dans le dos un fort bouchon que nous ne pourrons faire sauter qu’avec beaucoup de peine. Ils ont certainement dut prévoir ma réaction qui serait de faire mouvement pour porter assistance aux éléments engagés. En agissant vite je peux encore les surprendre dans leur préparation. Voyons la carte… (il cliqua sur une rune qui lui donna un agrandissement du secteur). Bien, nous ferons mouvement par ici. Ces deux bâtiments sont stratégiques et sont déjà certainement occupés. Cependant une attaque depuis les toits devrait les prendre au dépourvu si elle est couplée à une attaque dans le bâtiment même. Je gardais la Death Wing en réserve jusqu’à présent, je crois qu’il est grand temps pour elle d’intervenir. Gamélion, transmettez les coordonnées de ces deux bâtiments aux téléporteurs du Winged Vengeance, et dites leur d’attendre mon signal. Passez moi sur le circuit général.

 

Il prit le microphone de bord et annonça à tous ses hommes :

 

-Frères ! Nos plans ont étés trahis et les FDP sont actuellement en train de se faire exterminer. Nous ne pouvons tolérer cela. Nous allons faire mouvement aux points qui s’affichent actuellement sur vos ordinateurs de bord. Nous risquons de nous heurter à une forte résistance. L’Empereur et le Lion attendent de vous que vous serviez avec honneur. Pour l’Empereur, pas de répit, pas de rémission !

 

Il se tourna vers Gamélion :

 

-Faites mettre en marche.

 

Après quelque minutes de progression, craignant de ne tomber dans quelque embuscade, il parvint sans encombre à hauteur de l’embranchement dangereux. Il fit stopper hors de vue, et fit déployer l’escouade Devastator. En silence, elle investit un immeuble et mit ses armes lourdes en position.

 

Harnaché de ses réacteurs dorsaux, Gabriel se prépara à sauter par dessus le toit de l’immeuble qui dissimulait ses chars aux façades probablement tenues par l’ennemi. Il vérifia du regard l’état de l’escouade Saariel, et donna le signal du départ. La dizaine de Marines s’éleva dans les airs. Aussitôt le Grand Maître ordonna aux Terminators de se téléporter.

 

L’ascension dura moins d’une minute. Il se posa sur le premier toit, et après une courte pause, repartit de plus belle vers la terrasse adverse. Il n’avait pas plus tôt entamé son second saut qu’une rafale troua comme une écumoire le mur du bâtiment d’en face. Des bolts de canon d’assaut… l’attaque avait commencé.

 

Son escouade et lui se posèrent sur le toit de ce dernier et des tirs épars surgirent de l'immeuble qui leur faisait maintenant face. Il ordonna par radio un tir de suppression à la Devastator avant qu’ils ne sautent sur la terrasse de ce dernier. Avec une terrifiante précision, des explosions de taille diverse constellèrent la façade adverse. Alors, il emmena Saariel et ses hommes dans le saut décisif.

 

-Sécurisation du secteur, Frère.

 

La voix de Frère Séleucos résonna dans son communicateur. Son vieux frère d’armes commandait une des deux escouades de la Death Wing qui ravageait en ce moment même les étages du bâtiment dont il s’écartait à présent.

 

-Très bien, continuez ainsi.

 

Trois chapelets de bolts lourds traversèrent le ciel. L’un  d’eux atteignit Frère Mathias qui fut stoppé net, chuta mais parvint à se rétablir in extremis et se mit difficilement à couvert au sol. Un Leman Russ venait d’apparaître à l’angle du bâtiment.

 

-Empereur Tout-puissant, les choses se compliquent. Mes lances-missiles ne peuvent rien contre lui tant qu’il est de face, et dans cette rue, il est inatteignable par mon Prédator. Et je n’ai pas l’intention de risquer mes rhinos à découvert face à ce monstre.

 

L’atterrissage l’obligea à laisser là ses réflexions. Tout au plus eût-il le temps de prescrire le halte-au-feu à la Devastator et de lui donner l’ordre de dégager de l’immeuble, car immanquablement elle allait attirer le feu de l’obusier du tank. Il empoigna la corniche du toit, et d’un coup bascula dans le vide. Il décrivit une large courbe dans les airs, accroché au toit uniquement par son bras gauche et fit irruption à l’étage inférieur par le trou béant qui tenait lieu de fenêtre. Il se reçut dans un roulé boulé magistral et aussitôt, se relevant, il faucha deux renégats d’un large revers d’Absolution. Terrorisés par les Marines qui faisaient irruption par les fenêtre ou l’escalier, les traîtres n’opposèrent pas grande résistance et furent exterminés. Tandis que la moitié de l’escouade continuait sa progression à travers la cage, Gabriel sauta en l’air et de tout son poids, défonça le plancher ébranlé. Il passa à travers ce dernier et se retrouva un étage en dessous. Il se rua sur l’ennemi qui déjà tentait d’abandonner la place en fuyant à travers les pièces. Un de ses bolts fit exploser un garde. Il trancha la tête d’un autre. Il vit avec un sourire quelques adversaires désespérés qui préfèrent se jeter par les fenêtre du sixième étage plutôt que de subir le courroux des Fils du Lion. Soudain, le mur en arrière de lui vola en éclat et le souffle projeta Gabriel à terre.

 

« Diable, le Russ préfère nous démolir tous plutôt que d’éviter de massacrer ses protecteurs. Je vais lui montrer qu’il a eu tort… »

 

Considérant avec justesse que ses hommes arriveraient bien à nettoyer l’immeuble sans lui, il rengaina Absolution et saisit son bolter/fuseur, qu’il portait en bandoulière. Puis, s’étant approché d’une fenêtre, il bondit hors de l’immeuble et passa par dessus le char. Un membre de l’équipage l’aperçut sans doute car le char commença à pivoter sur place, mais trop lentement. Les décombres de la rue l’empêchaient de manœuvrer à sa guise. Gabriel bascula le mode de tir sur l'arme à fusion, et appuya sur la détente. Une boule de feu d'une chaleur effroyable jaillit du canon de l’arme et alla s’écraser sur le bloc moteur de l’engin, qu’elle sembla perforer aussi facilement que du carton. Le Grand Maître se mit à couvert. Un instant plus tard le char implosait avec un telle force que la tourelle fut éjectée et s’écrasa une dizaine de mètres plus loin. Un fantastique champignon noir s’éleva de la carcasse ravagée par un incendie. Le carrefour était sécurisé.

 

La colonne repartit de plus belle à toute allure. Les Terminators furent rapatriés et redéployés au fur et à mesure que la situation l’exigeait. La progression prit à revers l’adversaire, cueillant à découvert un ennemi qui gagnait les positions censées bloquer ses hommes au précédent carrefour. Bientôt ils atteignirent la zone des combats, et, surgissant dans le dos des blindés, dégagèrent les infortunés gardes coincés dans leurs retranchements de fortune. Brisant l’étau par des assauts bien calculés et bien chronométrés, ils forcèrent l’assaillant à abandonner la partie.

 

Jugeant qu’il ne connaissait pas l’étendue des forces qu’il restait à l’ennemi –il pouvait fort bien disposé d’un grand nombre de points fortifiés, de points de ravitaillement, qui auraient empêché toute poursuite- il préféra protéger le repli des survivants. Son action n’avait pas duré plus de quarante minutes, et l’attaque guère plus d’une heure vingt. Il ramenait sur ses positions de départ des unités amputées des trois-quarts.

 

La situation était catastrophique. Les effectifs étaient descendus à un niveau squelettique et aucun renfort ne pouvait être attendu avant au moins deux semaines. Il allait falloir forcer tous les blessés et les civils, jusqu’aux vieillards, pour ramener les effectifs à un niveau à peine suffisant pour assurer la défense du palais et de ses environs. Evidemment il fallait compter avec les pertes de l’ennemi, mais la balance de l’effectif penchait malgré tout en leur défaveur. Et le comble, c’est qu’ils ne pouvaient savoir qui était la taupe infiltrée dans le Conseil d’Etat-major Général. Elle allait se méfier maintenant que son coup était fait. Il fallait la prendre et la neutraliser, aussi il importait de ne rien laisser paraître de ce que l’on soupçonnait.

 

Une nouvelle, toutefois, le satisfaisait au plus au point : la Raven Wing avait localisé le quartier général adverse.

 

 -MFT-

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17 mars 2009 2 17 /03 /mars /2009 21:07

 941M41,Groupe d’Armée Est, Quadrant 14, Secteur 4.

 

La 5ème Unité tactique de la 3ème Compagnie sera chargée de défendre le pont de Gerzéel, situé sur l’axe Vlaana-Ioulnik, afin de contenir la progression peau-verte sur ce même axe. L’objectif Xenos est de prendre l’usine A27-D, fabriquant les munitions qui alimentent les quadrants 10 à 17. L’importance d’un tel site va sans dire, votre mission est donc primordiale pour la stabilité du Groupe d’Armée Est.  Compte tenu de l’enjeu, un détachement skiritaï de l’Adeptus Mechanicus ainsi qu’un peloton du 89ème Arcadien vous seront affectés en renforts.

 

L’ennemi devrait disposer de tanks impériaux récupérés après le désastre de Kourskovic. Toutefois, il manque encore de munitions calibrées en nombre suffisant pour garantir une utilisation optimum de son butin. Le nombre d’orks est estimé à une centaine environ par la section Renseignement du 89ème Arcadien. Il n’y a pour l’instant pas d’autres renforts disponibles. Toutefois, appelez sur le canal 14 en cas d’extrême urgence.

 

Que l’Empereur vous garde. Pour le Lion !

 

Les instructions reçues la veille re-défilaient dans l’esprit de Gabriel, maintenu en veille malgré son sommeil grâce au nodule cataleptique. Les ordres émanaient de Maître Belial lui-même, Grand Maître de la 3ème Compagnie des Dark Angels. Gabriel respectait beaucoup son nouveau commandant, mais il doutait un peu de la qualité des renforts reçus, en particulier du 89ème Arcadien dont les soldats –à l’exception notable du lieutenant Scaevola et de ses gardes particuliers- n’avaient pas l’air de foudres de guerre.

 

Le réveil fut brutal. Une pétarade de moteurs déchira l’air et alla en grossissant, alors qu’un nuage de poussière s’approchait du pont. Toute la défense entra en effervescence jusqu’à ce qu’un commandement impérieux du Frère Eilon ramène le calme.

 

-Je ne veux aucun tir, aucun mouvement, avant que je n’en donne l’ordre, rugit-il. Puis il courut jusqu’à la tranchée la plus proche.

 

Rapidement, le nuage de poussière se rapprocha du pont. On distinguait mal au travers, mais les Astartes, aux yeux habitués à ce genre de situation et à la vue améliorée repérèrent dans les volutes quelques formes bien orkoïdes par leurs constructions.

 

-Frère Raphael, je veux un missile au but dans l’engin de tête lorsqu’il sera au trois quart du pont, si jamais il leur venait l’idée de le traverser. Tu changeras de position aussitôt ton missile partit. Je veux des actions nettes, et un déplacement rapide après chaque tir. Compris ?

 

-Oui Frère Eilon, répondit l’intéressé.

 

-Gabriel, tu couvriras Frère Raphael. Evites de te montrer autant que tu le pourras. Le reste de l’escouade attend mon signal pour attaquer.

 

-Bien, Frère Eilon, acquiescèrent-ils.

 

Déjà le track de tête s’engageait sur le pont. D’un profil assez bas, il dissimulait les deux tiers de sa structure derrière les parapets de pierre du pont. Seul l’ork qui était chargé de l’arme supérieure était vraiment exposé. La cible était donc particulièrement difficile à abattre, mais Raphael avec dextérité ajusta la cible mouvante dans le viseur de son arme. Mais à l’instant où il allait passer le point de non-retour, un rayon d’énergie bleue jaillit de la position impériale et transperça le parapet gauche, sans dommage pour le véhicule. Eilon poussa un juron sonore tandis que le missile de Raphael manquait à son tour sa cible à cause de l’écart du pilote ork.

 

-Scaevola, vous êtes un imbécile ! Ne donnez l’ordre de feu qu’à votre canon laser, à présent qu’il s’est révélé.

 

Un second missile partit et fit exploser le semi-chenillé en éclats, tandis que les rapides véhicules Xenos tournaient bride et filaient à toute allure dans la direction opposée. Un nouveau tir de laser décapita un peau-verte mais ne causa pas plus de dommages.

 

Dès qu’ils furent hors de vue, Eilon surgit de son trou et courut à grandes enjambées jusqu’aux retranchements arcadiens. L’air furieux peint sur son visage ne laissait rien présager de bon à ses occupants.

 

-Lieutenant Scaevola, au rapport !

 

L’air peu rassuré, l’officier se présenta. L’Astartes le regarda droit dans les yeux, et articula :

 

-Faites aligner votre unité et sortir le responsable du rang.

 

L’autre obéit et alla chercher manu militari le tireur indiscipliné qui s’était caché au dernier rang. Il tremblait de tout corps et une odeur répugnante se fit sentir lorsqu’il croisa le regard remplit de rage du surhomme. Ce dernier le saisit de sa main gauche par le cou, et le souleva comme s’il n’avait pas pesé plus lourd qu’une plume. Un liquide jaune virevolta hors de sa jambe de pantalon tandis que ses membres battaient l’air. Le pauvre garde agrippa de ses deux mains le gantelet qui l’étranglait, essayant vainement de se libérer.

 

-Cet incapable a désobéi à mes ordres et a lamentablement fait échouer mon plan. Il s’est de plus montré complètement incompétent dans le maniement de son arme. Une loque telle que celle-ci ne mérite pas de servir dans l’armée impériale, ni même de vivre –il serra un peu plus fort son poing, le teint de l’homme en devint violacé-. Mais malheureusement, il est des circonstances où même le dernier des ratés peut être utile à l’Empereur. Tu as de la chance que notre effectif soit squelettique, déchet humain –l’homme suffoquait-, tu échappes à la mort pour cette fois.

 

Il ouvrit le poing et le garde chuta lourdement à terre. Il reprit avec la pire des difficultés sa respiration.

 

-Reprend ton arme, je ne tolèrerais pas un autre échec. Tâche de te montrer vraiment digne de mourir pour l’Empereur. Rompez les rangs et reprenez la garde, l’ennemi ne tardera plus maintenant, ajouta-t-il.

 

  -MFT-

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