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25 mai 2010 2 25 /05 /mai /2010 16:17

La luminosité décrût soudainement : le couloir débouchait sur une pièce sombre aux proportions gigantesques. De forme circulaire, celle-ci s'étendait sur une telle surface qu'elle aurait pu abriter une ville entière sous son vaste dôme. Une myriade de torches couvrait les hauts murs de pierre ; petites et lointaines, les flammes dansaient dans la pénombre comme autant d'étoiles dans la nuit.

Une foule innombrable s'entassait religieusement au pied d'un immense édifice pyramidal. Engendrés par le souffle haletant de milliers de pèlerins, des nuages de condensation dérivaient paresseusement sous le dôme, retombant parfois en pluie sur la masse grouillante des fidèles.

Le petit groupe de dignitaires se figea sur place, réduit au silence par un tel spectacle. Dans son émerveillement, Pertinax remarqua de petites créatures ailées qui voletaient de-ci de-là ; il dut faire usage des auspex de son heaume pour reconnaître des chérubins mécanisés. Ceux-ci surveillaient la foule d'un oeil attentif, à l'affût du moindre comportement suspect. A n'en pas douter, il leur suffisait d'un signe pour alerter les Custodiens qui régnaient en maîtres sur ce lieu sacré.

Tandis qu'il reprenait la marche à la suite de ses compagnons de pèlerinage, le Grand Maître revint aux interrogations qui le taraudaient. L'Inquisition voulait-elle transformer le Concile en procès et soumettre à jugement le Chapitre des Dark Angels ? Cela défiait toute logique. Azrael n'avait-il pas envoyé Pertinax sur Terra dans un souci de bonne entente avec l'Inquisition ? Aux dires du Grand Maître Suprême, l'Ordo Hereticus souhaitait uniquement sauver la face et ne demandait qu'à croire les explications apportées par Pertinax quant à la disparition de Teufelgarten. Alors, pourquoi convoquer un Black Templar en sus ?

Pertinax fronça les sourcils. Il se faisait peut-être du souci pour rien ; après tout, si l'Inquisition cherchait à faire tomber les Dark Angels en disgrâce, il lui suffisait de faire comparaître un Space Wolf. Les barbares sans cervelle de Fenris auraient sans doute beaucoup à dire au sujet des Fils du Lion.

Mais quelle crédibilité auraient-ils ? La rivalité qui opposait Dark Angels et Space Wolves était aussi ancienne que l'Imperium ; et nul ne l'ignorait sur Terra. En revanche, le différend causé par la destruction de l'Ophidium Gulf des Black Templars était d'une nature bien plus confidentielle, car ni les Dark Angels ni les Templiers n'avaient souhaité en faire étalage. De fait, le témoignage à charge d'un Black Templar paraîtrait tout aussi objectif que celui d'un autre Astartes. Etait-ce à dire que certains membres de l'Inquisition avaient eu vent du conflit larvé qui opposait les deux Chapitres et avaient décidé d'en tirer parti ? Le seul moyen de le savoir avant la tenue du Concile était sans doute de mener une entrevue discrète avec le chapelain Thargannis. Hélas, celui-ci était en grande conversation avec Dolokine ; ou plutôt, il subissait avec flegme le soliloque interminable de la Comtesse.

Les dignitaires progressaient au milieu de la populace en prière. Les pèlerins issus du bas peuple devaient en effet s'arrêter devant la pyramide ; seuls les citoyens impériaux de haut rang pouvaient entreprendre l'ascension de son grand escalier et se présenter devant la Porte d'Eternité. Quiconque viendrait à violer cette loi sacrée goûterait au tranchant des hallebardes de l'Adeptus Custodes.

Entre temps, les bons mots de la Comtesse n'avaient pu arracher au Black Templar le moindre rire, ni même un vague témoignage de sympathie. Jetant un rapide coup d'oeil aux alentours, Dolokine ne tarda pas à remarquer que Pertinax était isolé. Faute de mieux, elle obliqua vers lui, le gratifiant d'un large sourire. L'officier Dark Angel tenta de l'ignorer, mais il en fallait plus pour décourager la noblesse impériale.

Synnia Dolokine était une jeune femme de grande taille, à la silhouette fine, et plutôt séduisante malgré l'épais maquillage qui dissimulait ses traits. Vêtue de riches étoffes colorées, couverte de bijoux précieux, elle affichait son rang avec fierté et discourait avec passion de sujets qu'elle ne connaissait pas. Pertinax ne tarda pas à fermer son esprit, laissant les mots ricocher sans effet sur ses oreilles.

Le Généralissime Pollant fut le premier à atteindre le grand escalier. De part et d'autres des innombrables marches, d'antiques bannières et étendards s'alignaient à perte de vue, témoignages solennels à la gloire de régiments aujourd'hui disparus ou de héros tombés au champ d'honneur. Ici ou là trônait un casque, une épée ou quelque relique ayant appartenu à un courageux serviteur de l'Empereur.


- Bon, lâcha la Comtesse, voilà qui fut fort intéressant, et je m'en retournerai comblée par ce pèlerinage. Faisons donc demi-tour, nous avons vu tout ce qu'il y avait à voir ; franchement, qui s'intéresse à ces oripeaux poussiéreux et autres breloques sans valeur ?

Silence et consternation s'abattirent sur les dignitaires comme la foudre. Tous firent volte-face, dévisageant Dolokine avec stupeur. Pollant suffoquait de rage, comme en attestait son visage cramoisi. La Comtesse éclata de rire.

- Allons, Pollant, vous n'allez pas nous faire une...

- SILENCE ! rugit Pertinax.

La jeune femme sursauta et amorça un mouvement de recul tandis que le Grand Maître avançait sur elle.


- Comment osez-vous souiller la mémoire des héros qui ont forgé notre glorieux Imperium ? C'est une insulte à l'Empereur Lui-même !

Pertinax écarta un pan de sa cape pour se saisir de l'Epée de Justice. Prise de terreur, Dolokine trébucha. Agitée de sanglots, elle rampa sur quelques mètres avant de réussir tant bien que mal à se mettre à genoux et à bredouiller quelques excuses. De chaudes larmes coulaient le long de ses joues, détruisant le long travail de maquillage pour lui donner un aspect grotesque.

- Mes mots... mes mots ont dépassé ma pensée. Je... je vous présente mes plus humbles excuses, mes seigneurs.

Mes seigneurs ? Tournant la tête, Pertinax constata que Thargannis se tenait à côté de lui. Des poings du chapelain avaient jailli de longes griffes crépitantes ; de toute évidence, le Black Templar envisageait lui aussi de mettre un terme à l'existence de la Comtesse.

Les deux Astartes se dévisagèrent un instant. Le Dark Angel rengaina sa lame ; Thargannis rétracta ses griffes d'adamantium. Dolokine en profita pour déguerpir sans demander son reste, trop humiliée pour songer à tenir son rang face aux autre dignitaires. Pertinax la laissa disparaître dans la foule ; il fixait Thargannis.


- Je vois que nous avons quelques valeurs communes, frère chapelain.

- Nous sommes tous au service de l'Empereur, rétorqua le Black Templar d'une voix glaciale.

- Et nous devons tous deux honorer une invitation de l'Inquisition. Je ne crois pas qu'il s'agisse d'une coïncidence.

- Je ne suis qu'un humble pèlerin de passage sur la Sainte Terra. Le hasard a voulu qu'un Concile se tienne au même moment. Pourquoi ? Tes raisons seraient-elles... différentes, frère Dark Angel ?

Pertinax réprima une grimace. Il fixait toujour le heaume à tête de mort du chapelain, symbole de sa charge et de son dévouement à l'Empereur.

- Non. Je ne suis moi-même qu'un simple pèlerin.

- Dans ce cas, conclut Thargannis, il faut bien admettre qu'il s'agit d'une coïncidence.

Les deux Astartes se tenaient face à face, les regards rivés l'un à l'autre en signe de défi. Aucun des deux officiers ne pouvait détourner la tête sans sacrifier à son honneur ; aucun des deux ne pouvait s'attaquer à l'autre sans devenir coupable aux yeux de Terra.

Par bonheur, Pollant avait compris ce qui se tramait. Il intervint avec une fausse bonhomie qui ne trompa personne mais eut au moins le mérite de briser le statu quo.


- Bon débarras, mes seigneurs. Cette harpie m'était insupportable. Mais n'est-ce point la garde custodienne que j'aperçois là-haut ?

Saisissant l'excuse offerte, les Astartes se retournèrent vers le grand escalier. A mi-hauteur de la pyramide se dressaient deux imposantes silhouettes. Les hallebardes Nemesis et les armures d'or surmontées de cimiers rouges les désignaient à coup sûr comme des membres de l'Adeptus Custodes, la garde personnelle de l'Empereur. Chacun de ces hommes était un combattant d'élite, un guerrier exceptionnel à même de rivaliser avec les meilleurs Dark Angels.

Pertinax, Thargannis, Pollant, Lucretius et Sigalius entamèrent l'ascension des marches. La pyramide s'élevait haut, très haut sous le dôme ; elle dépassait même les nuages de condensation et surplombait la foule massée en contrebas. Combien de bannières sacrées, combien de saintes reliques étaient-elles entreposées ici ? Combien de soldats mourraient encore pour la gloire de l'Empereur ? Pertinax n'aurait su le dire. Chaque jour, des millions d'hommes et de femmes périssaient pour le salut de l'Imperium. Il en était ainsi depuis dix millénaires, et il serait ainsi jusqu'à la fin des temps.

Les dignitaires parvinrent enfin au sommet des marches. Là, devant eux, se dressait la Porte d'Eternité, si haute et si large qu'un Titan aurait pu la franchir. Pourtant, nul ne savait ce qui se trouvait au-delà, à l'exception des Custodiens et de quelques rares élus qui, seuls, avaient le droit de pénétrer dans le Saint des Saints.

Satisfaits, le Lexmécanicien et l'Adepte de Première Classe rebroussèrent chemin. Mais pour Pollant et les deux Astartes, le pèlerinage n'avait pas encore touché à son terme. La tradition voulait que tout combattant de haut rang se présentât devant la Porte d'Eternité pour demander audience à l'Empereur ; bien sûr, la demande était toujours refusée, mais elle n'en était pas moins incontournable.

Le Généralissime était épuisé par son ascension, et les deux Astartes le soutinrent sur les derniers mètres. Haletant, le visage luisant de sueur, Pollant ôta sa casquette et posa un genou à terre. Pertinax et Thargannis l'imitèrent, se découvrant devant les douze Custodiens en faction.


- Qui es-tu ? demanda l'un des gardes de sa voix tonitruante.

Pollant se redressa, brandissant son bâton de maréchal.


- Je suis le Généralissime Pollant, commandant la IVe Armée. Je demande audience à l'Empereur.

Pertinax se dressa à son tour. D'un geste vif, il dégaina l'Epée de Justice et la leva devant lui.

- Je suis le Grand Maître Caius Pertinax, du Chapitre des Dark Angels. Je demande audience à l'Empereur.

Thargannis se leva lui aussi. Il se saisit de son Crozius Arcanum et le présenta aux Custodiens.

- Je suis le Maître de la Foi Thargannis, du Chapitre des Black Templars. Je demande audience à l'Empereur.

Un long silence leur répondit. Puis le garde reprit la parole.

- Soldat, l'Empereur a entendu ta requête. Il ne te recevra pas, mais désormais Sa bénédiction t'accompagnera à jamais. Va, retourne d'où tu viens.

Les trois officiers s'inclinèrent et firent demi-tour. Un long chemin les attendait jusqu'à l'extérieur, sans parler du vol de retour jusqu'à leurs logements respectifs. Ainsi s'achevait le pèlerinage sur Terra. Pertinax était empli de fierté, mais au fond de lui subsistait une vague déception. Il aurait tant aimé franchir la Porte d'Eternité !



A suivre...

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24 mai 2010 1 24 /05 /mai /2010 20:22

- En formation !

Réagissant instantanément à l'ordre de leur capitaine-commissaire, les Arbites s'élancèrent au-devant de la porte, formant une solide ligne d'uniformes noirs face à la foule en marche. Ici et là, quelques pèlerins osèrent émettre une protestation ; ils furent aussitôt roués de coups et réduits au silence. Puis la phalange noire fit mine d'avancer, repoussant pas à pas la masse humaine à grands renforts de coups de crosse. Von Ravenstein lui-même n'était pas en reste, jouant de la matraque pour donner l'exemple à ses troupes. Les pèlerins finirent par refluer sous la violence de l'assaut, libérant l'accès au Palais.

Pertinax suivit les autres dignitaires vers la large porte. La Comtesse Dolokine semblait ravie que sa longue attente fût enfin terminée ; en tout cas, elle ne manquait pas de le faire savoir. Apparemment persuadée que son auditoire buvait ses paroles, elle déversait un flot ininterrompu de banalités de sa voix aigrelette. Tandis que le petit groupe suivait la muraille sous le couvert du rideau policier, Pertinax se réfugia dans l'introspection. A dire vrai, il était impressionné par le sang-froid des Arbites : le capitaine-commissaire et ses hommes se dressaient seuls face à plusieurs dizaines de milliers de civils et parvenaient malgré tout à maîtriser la situation sans trop de difficulté. Certes, les pèlerins ne constituaient jamais qu'un troupeau servile affaibli par des semaines de marche et de privations ; mais leur nombre était suffisant pour transformer tout mouvement de panique en une vague irrésistible que rien n'aurait pu contenir.

Comme pour donner raison à Pertinax, un début d'agitation se fit jour dans la foule. Le gros de la populace continuait à avancer, incapable de deviner que les premiers rangs avaient stoppé à quelques pas du Saint Edifice. Pris au piège, les rangs intermédiaires étaient écrasés dans un véritable étau ; quelques malheureux vinrent à trébucher, et furent aussitôt piétinés à mort malgré des hurlements désespérés. Lentement, la masse humaine reprit sa progression vers l'avant.


- En joue ! lâcha Von Ravenstein.

Comme un seul homme, les Arbites pointèrent leurs fusils. Terrorisés, les pèlerins des premiers rangs voulurent fuir, poussant de toutes leurs forces vers l'arrière pour freiner le mouvement. En vain : la foule continuait à avancer.


- Feu !

Dans une gerbe de détonations, la salve coucha les trois premiers rangs. Les Arbites utilisaient traditionnellement des cartouches perforantes à haute vélocité, histoire d'éliminer à coup sûr les criminels récalcitrants ; sur une foule compacte et dépourvue de protection, les effets de ces munitions étaient épouvantables. Les pèlerins refluèrent, à toutes jambes cette fois-ci : le bruit des coups de feu avait retenti suffisamment loin pour entraîner un mouvement général.

- Feu !

La seconde salve frappa les fuyards dans le dos et en déchiqueta un bon nombre. La Comtesse gloussa, sans doute amusée par la vue de ces manants qu'on réduisait en charpie.

- Halte au feu, intervint Von Ravenstein. Ramassez-moi ces macchabées et reformez les rangs !

Tandis que les Arbites se déployaient pour repousser les cadavres sur le bas-côté, le capitaine-commissaire accompagna ses hôtes jusqu'à la porte.

- Veuillez excuser cet incident. Aucun de vous n'est blessé, j'espère ?

- Pensez-vous, répondit la Comtesse avec une moue enjôleuse, c'était fort distrayant. Allons, Von Ravenstein, vous êtes bien galant homme, en vérité. Vous Nous ferez bien le plaisir de Nous accompagner pendant cette visite ?

- Hélas non, madame, je crains de ne pouvoir pénétrer dans le Palais Impérial. Il s'agit là d'une prérogative exclusive de l'Adeptus Custodes.

Sur ces mots, le capitaine-commissaire exécuta un bref salut et retourna parmi ses hommes. Dolokine haussa les épaules et s'engouffra dans le Palais, bientôt imitée par les autres dignitaires.

Ils marchaient le long d'un large couloir. Incroyablement haut de plafond et bordé de statues cyclopéennes, celui-ci se reflétait tout entier dans le sol de marbre poli. Il en résultait une impression étrange de volume et de lumière : Pertinax et les autres semblaient flotter dans les cieux. En dépit de son immensité, le corridor était pourtant d'une sobriété frappante. Nulle fantaisie colorée ne venait troubler la froide splendeur de ces lieux. En un sens, Pertinax retrouvait la grandeur et la gloire des halls du Roc ; mais tandis que la Tour des Anges était plongée dans une pénombre éternelle, le Palais Impérial baignait dans une douce lumière blanche.

Hélas, la Comtesse Dolokine ne tarda pas à retrouver ses esprits ; sitôt l'émerveillement passé, elle reprit le cours de son monologue. Visiblement désireux de ne pas être choisi pour confident, le Généralissime Pollant vint marcher aux côtés du Dark Angel.


- Messire Pertinax, je peux me tromper, mais ne seriez-vous pas le commandant de la IIIe Unité d'Assaut Planétaire ?

- En effet.

Etonné d'être ainsi reconnu, Pertinax s'intéressa pour la première fois à son interlocuteur. Pollant était un petit homme trapu et sans âge, littéralement couvert de médailles et vêtu d'un long manteau sur son uniforme olive. Les cheveux argentés du Généralissime contrastaient avec la jeunesse apparente de ses traits, ce qui trahissait à coup sûr un usage intensif de drogues Juvenat. Pour autant, et même si l'essentiel de son visage disparaissait sous la visière de sa casquette honorifique, Pollant avait un regard perçant qui débordait de vivacité.

- Dans ce cas, je vous présente mes respects au nom de mon état-major. Peut-être vous rappelez-vous le 112ème Cadien, qui se battit sur l'un de vos flancs lors de la campagne d'Hécate, il y a trois années de cela ? Ce régiment faisait partie de mes effectifs.

Tandis que Pollant parlait, ses mains gantées de cuir couraient le long de son bâton de maréchal. Sans doute l'évocation de batailles passées réveillait-elle chez lui une certaine nostalgie des combats. Pour Pertinax, il n'y avait cependant pas de quoi pavoiser : il se rappelait parfaitement les piètres performances du 112ème Cadien. Les Dark Angels avaient compté sur cette unité mécanisée pour boucler l'encerclement d'un contingent rebelle et permettre à la IIIème Unité d'Assaut Planétaire d'écraser l'ennemi sans coup férir. Malheureusement, le moral du 112ème avait flanché dès les premières escarmouches, et le régiment avait battu en retraite malgré des pertes minimes. Pertinax avait finalement obtenu la reddition des rebelles, mais ceux-ci auraient pu profiter de la brèche pour se dégager et gagner une position fortifiée. Il s'en était fallu de peu.

- Oui, je me souviens très bien de cette unité.

Le Grand Maître préféra ne rien ajouter, soucieux de ne pas humilier le Généralissime inutilement. Sans se démonter, ce dernier hocha la tête et poursuivit son propos.

- Eh bien, sachez que le 112ème a été détruit l'année dernière, laminé par une invasion ork. Et ce n'est pas une grand perte. Il faut bien avouer que ce régiment ne valait pas tripette : une chaîne de commandement valable, un équipement de qualité, mais les hommes n'avaient pas la trempe de vrais soldats.

Pertinax regretta aussitôt d'avoir douté de la lucidité de Pollant. Les hauts officiers de la Garde avaient pour habitude de se gargariser avec une suffisance ronflante, tout juste égalée par leur incompétence. Mais le Généralissime était d'une tout autre étoffe... ce qui lui attira immédiatement la sympathie du Grand Maître.

Entre temps, Dolokine semblait s'être lassée de la compagnie du Lexmécanicien. Tout comme son comparse de l'Administratum, Lucretius se montrait peu disert et ne répondait aux plaisanteries de la Comtesse que par des hochements de tête inexpressifs. Vexée, Dolokine décida de reporter ses faveurs sur le Chapelain Thargannis, lequel accueillit ce privilège avec un silence résigné.


- Voilà des décennies que je n'avais pas eu de permission, continuait Pollant.

Le Généralissime fit claquer son bâton sur la base de sa jambe droite, qui émit un bruit métallique retentissant. Pollant eut un rire sans joie.


- Cinquante ans au service de l'Empereur, et c'est mon premier membre cybernétique. A mon âge, les greffes ne prennent pas très bien ; ces foutus médecins m'ont contraint au repos. Du coup, j'en profite pour faire mon pèlerinage... à quelque chose malheur est bon !

Le petit groupe atteignait une portion du couloir dédiée aux Primarques. De part et d'autre de l'allée centrale, les statues se faisaient face avec solennité. Il ne s'agissait pas d'images pompeuses des grand héros de l'Imperium ; évitant ce lieu commun quelque peu vulgaire, les sculpteurs avaient choisi de placer chaque Primarque au centre d'une allégorie qui présentait au visiteur son oeuvre majeure ou son rôle historique. Même la disposition des statues s'inscrivait pleinement dans cette optique et concourait à l'aspect narratif de l'ensemble. Ainsi, le Lion faisait face à Leman Russ, son regard pensif et sérieux pointé comme un défi vers le barbare rugissant ; un peu plus loin, Rogal Dorn dévisageait Roboute Guilliman, lisant avec scepticisme le Codex Astartes brandi par le Primarque des Ultramarines.

Pertinax et le Généralissime observèrent un silence respectueux tandis qu'ils dépassaient les sculptures monumentales. Puis Pollant reprit le cours de ses pensées.


- Et vous, messire Pertinax ? Je suis toujours étonné de voir des Astartes de votre rang si loin de leur Légion.

- Je jouis d'une autorisation spéciale de mon Chapitre. Le pèlerinage est un devoir sacré pour tout serviteur de l'Empereur, quel que soit son rang.

- Je vois, je vois... Dommage que votre visite coïncide avec la tenue du Concile inquisitorial. Je ne puis imaginer perspective plus ennuyeuse que de côtoyer des Inquisiteurs plusieurs jours durant.

Pertinax contint son agacement, mais son ton se fit plus rude.

- Comment savez-vous que je dois participer à ce Concile ?

Pollant eut l'air sincèrement surpris par la réaction du Grand Maître.

- Ma foi, c'est votre homologue Black Templar qui nous en a parlé tout à l'heure.

- Vraiment ? Je suis étonné qu'un chapelain Black Templar soit si bien renseigné sur mes allées et venues.

- Il n'y a là rien de secret : deux insignes représentants de l'Adeptus Astartes étant de passage sur Terra, il semble naturel que l'Inquisition les invite à sa petite sauterie.

Pertinax étrécit les yeux sous son heaume. Ainsi, ce Thargannis devait également participer au Concile. Pourquoi n'en avait-il pas été informé ? L'Ordo Hereticus avait-il sciemment dissimulé cette information aux Dark Angels ? Dans l'absolu, il n'y avait rien d'étonnant à ce qu'un chapelain vienne en pèlerinage sur la Sainte Terra ; plus que tout autre Astartes, il se devait d'entretenir sa foi et son bien-être spirituel. Mais que le seul autre Marine invité au Concile fût un Black Templar relevait d'une coïncidence pour le moins curieuse. Peut-être le Chapitre à la croix noire était-il lui aussi l'objet d'une enquête inquisitoriale ? A moins que la présence de Thargannis ne fût liée à la venue de Pertinax...

Le Dark Angel sentit son sang se glacer.

... à moins que Thargannis ne fût un témoin à charge.



A suivre...

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18 mai 2010 2 18 /05 /mai /2010 18:31

Pertinax se réveilla en sursaut, la main déjà serrée sur la garde de l'Epée de Justice : la porte s'ouvrait sur une silhouette richement vêtue. Ce n'était pourtant qu'un serviteur.

- Monseigneur, veuillez pardonner mon intrusion. Conformément à votre demande, je vous informe que le jour vient de se lever.

Précision toujours utile sur la Sainte Terra, d'où le ciel n'est que rarement visible. Et a fortiori lorsqu'on se trouve au coeur d'une sombre forteresse de l'Inquisition...

Le Grand Maître congédia le majordome d'un geste de la main. Le serviteur s'inclina respectueusement et sortit de la pièce à reculons, refermant doucement la porte ornementée.

Pertinax s'extirpa du lit à baldaquins et entreprit de revêtir son armure. Tandis qu'il fixait soigneusement les différentes pièces de céramite, il détailla la pièce du regard. Tant de luxe le laissait pantois. Pas un objet, pas un meuble qui ne fût paré d'or ou de joyaux. Les murs eux-mêmes étaient couverts d'un épais capitonnage de soie rouge maintenu par des clous dorés. L'officier aurait aimé croire que cette pièce n'était qu'une exception, et que ses hôtes lui avaient réservé leur plus belle suite. Mais il savait qu'il n'en était rien. Lors de son arrivée, quelques heures plus tôt, il avait suivi Igor le long de corridors superbes et bordés de colonnes de marbre ; il avait dépassé d'immenses statues, témoignages prétentieux à la gloire de quelque Inquisiteur oublié.

A quoi bon tout cela ? Pertinax avait toujours perçu les Inquisiteurs comme les parangons de l'austérité, sentinelles implacables en charge du maintien de leur sacro-sainte doctrine... sans doute fallait-il que l'Inquisition se réservât l'usage de ce qu'elle proscrivait chez les autres. Avec une grimace de dégoût, le Grand Maître maudit ces hypocrites qui osaient menacer les Légions de l'Empereur depuis le calme feutré de leurs palais ; il lui incombait de protéger les secrets du Chapitre contre les basses manoeuvres politiques de ces misérables.

Pertinax s'enveloppa de sa cape et se couvrit de son heaume. La confrontation attendrait ; pour l'heure, il devait s'acquitter de son devoir de pèlerin. L'Epée de Justice au dos, il marcha résolument vers la porte et l'ouvrit à la volée.

Le majordome se tenait à proximité, impassible dans sa livrée rouge et or.


- Monseigneur, je vais vous escorter jusqu'à votre navette.

Pertinax ne jugea pas utile de répondre et se contenta d'emboîter le pas au serviteur. L'idée qu'il eut besoin d'une escorte lui aurait presque arraché un sourire ; mais il se ravisa bien vite. Les corridors interminables se croisaient selon des angles improbables pour constituer un vaste dédale. Ascenseur après ascenseur, escalier après escalier, le Grand Maître et son guide s'enfonçaient dans les entrailles de l'édifice. Au terme d'un long cheminement, ils se trouvèrent soudain à l'extérieur, sur une plate-forme d'atterrissage juchée à haute altitude.

Un transport Aquila frappé du sceau de l'Inquisition y attendait son passager, tous moteurs à plein régime. Pertinax ignora le majordome qui lui souhaitait une bonne journée, s'engouffrant dans la cabine de la navette prête au décollage. Presque aussitôt, l'Aquila s'arracha à la plate-forme pour entamer un virage serré dans les nuages.

Le Palais Impérial se trouvait à bonne distance de là, et il aurait été vain de vouloir s'y rendre à pied. C'était pourtant le seul choix des pèlerins ordinaires, contraints de parcourir par eux-mêmes les centaines de kilomètres qui séparaient leur but du spatioport le plus proche. Tandis que l'Aquila réduisait son altitude, Pertinax en eut la confirmation au travers du vitrage blindé.

Une véritable foule grouillait entre les bâtiments de pierre, loin en-dessous de l'appareil. Pour la plupart, les citoyens vaquaient à leurs occupations laborieuses au service de l'Administratum. Mais un peu plus loin sur la droite, on distinguait clairement un fleuve humain, populace innombrable et bigarrée serpentant lentement vers les lointaines tours du Palais Impérial. Tant de piété ravissait Pertinax et l'inquiétait à la fois. Que tant d'hommes et de femmes fussent capables d'abandonner leur foyer pour se livrer à un périple si long et si dangereux dénotait une indéfectible loyauté envers l'Empereur ; et pourtant, c'était aussi le signe d'une adoration servile et coupable. Celui qui vénère l'Empereur en tant qu'homme est louable, car il se soumet à son semblable par respect et par admiration de Ses actes ; celui qui Le vénère en tant que Dieu n'est qu'un pion guidé par la peur et l'ignorance, un pion qui pourrait tout aussi bien vénérer d'autres divinités si l'occasion s'en présentait.

Pertinax fut tiré de sa rêverie par l'irruption bruyante de deux Thunderbolt. Les chasseurs coupèrent la trajectoire de l'Aquila en signe d'avertissement, puis vinrent se poster de part et d'autre du transport en attendant son identification. Les trois appareils maintinrent leur cap quelques minutes, cependant que le paysage continuait à défiler rapidement sous les yeux du Grand Maître. Puis les Thunderbolt virèrent de bord, reprenant leur patrouille autour du Saint Edifice.

Tandis que l'Aquila ralentissait et entamait sa descente, le Palais apparut soudain dans toute sa splendeur. De colossales murailles se dressaient d'un bout à l'autre de l'horizon, délimitant une forêt de tours blanches crevant le ciel de leurs flèches acérées. Aussi loin que portait la vue, le Palais Impérial étendait son écrasante immensité. La légende voulait qu'il fût le plus grand édifice de la Galaxie ; ce n'était pourtant pas tout à fait exact. Si le Palais Impérial couvrait en effet la totalité de l'ancienne Europe, il ne pouvait rivaliser avec les Mondes-Forges de l'Adeptus Mechanicus, vastes villes-usines de la taille d'un monde. Néanmoins, et en dépit des incroyables merveilles qu'il avait pu rencontrer lors de ses campagnes, Pertinax était émerveillé. Là, sous ses yeux, sommeillait l'Empereur de l'Humanité, Seigneur de toutes choses et Chef Suprême des Légions Astartes ; en ce lieu mythique s'était déroulée la plus grande bataille de l'Histoire, celle qui avait vu la chute d'Horus et de ses sbires.

L'Aquila se posa doucement sur une aire aménagée à quelque distance de la porte principale. Alors qu'il s'extirpait de la navette, le Grand Maître constata que tout autour de la plate-forme était déployé un cordon de protection. Des dizaines de policiers de l'Adeptus Arbites se dressaient face à la foule pour empêcher la masse aveugle de submerger les quelques navettes qui y stationnaient. De temps à autre, un malheureux pèlerin s'approchait un peu trop et recevait quelques bons coups de crosse en guise de sanction. Un autre contingent d'Arbites, plus important, maintenait la garde devant l'immense porte du Palais.

Une silhouette sombre se dirigeait vers l'officier Dark Angel d'un pas pour le moins martial. Vêtu d'un ample manteau de cuir noir, l'homme salua Pertinax de façon impeccable.


- Capitaine-commissaire Werner Von Ravenstein, à votre service. Nous sommes honorés de votre visite, monseigneur.

- Grand Maître Caius Pertinax, du Chapitre des Dark Angels. Je suis honoré par votre accueil, capitaine-commissaire.

L'Arbites hocha la tête avec satisfaction et invita Pertinax à le suivre.

- L'Inquisition nous avait prévenus de votre arrivée, et nous vous attendions. Dans la mesure du possible, nous essayons de grouper les dignitaires pour faciliter leur passage au travers de la populace.

Von Ravenstein s'arrêta au bord de la plate-forme. Plusieurs hautes personnalités s'y tenaient, leur regard agacé manifestant leur impatience de façon aussi silencieuse qu'ostensible.

- Messire Pertinax, voici la Comtesse Dolokine, du Grand-Duché de Delmian ; le Généralissime Pollant, commandant la IVe Armée ; le Lexmécanicien en chef Lucretius, du Clergé de Mars ; l'Adepte de Première Classe Sigalius, de l'Administratum ; et le Maître de la Foi Thargannis, du Chapitre des Black Templars.

Les deux Space Marines se saluèrent d'un hochement de tête, moins par sympathie que par respect. Un différend opposait les deux Chapitres depuis quelques années ; les Black Templars s'étaient immiscés dans les affaires privées des Dark Angels, ce qui avait contraint les Impardonnés à lancer de vives représailles à l'encontre d'un navire templier.

- Bien, suivez-moi, reprit Von Ravenstein. Nous allons vous ouvrir un passage.


A suivre...

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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 08:46

Pertinax répondit lentement, détachant chaque syllabe pour mieux l'asséner de sa voix de stentor.

- Messire Mazen, sachez que je représente la Première Légion de l'Adeptus Astartes, forte de dix mille ans d'Histoire, et qu'à ce titre je ne rends compte qu'à l'Empereur lui-même. Il est donc tout à fait exclu que je m'incline devant un simple serviteur tel que vous. Par ailleurs, c'est en gage d'amitié que les Dark Angels ont accepté la proposition de vos maîtres ; il ne s'agit en aucun cas d'un acte de soumission.

Mazen s'efforçait de rester de marbre, mais son regard acéré en disait long sur sa frustration. Il allait répliquer, mais le Grand Maître ne lui en laissa pas le temps. L'Astartes empoigna fermement la crosse de ses pistolets et les tira de leurs étuis de cuir.

Inconsciemment, Mazen avait tendu la main vers son arme d'ordonnance ; mais Pertinax se contenta de présenter ses armes au jeune aspirant Inquisiteur : une paire de pistolets à plasma Mk II Sunfury. Des objets de toute beauté - et assurément, de grande valeur. Mazen se détendit, arborant un léger sourire et ouvrant les mains pour recevoir les armes du Dark Angel.

Le Grand Maître lâcha trop tôt. Les deux Sunfury tombèrent au sol, où ils rebondirent plusieurs fois avec fracas avant de s'immobiliser sur le métal noir de la plate-forme. Furieux, Mazen contint sa colère et fit mine d'ignorer l'insulte. Bien évidemment, il était hors de question qu'il se baisse pour ramasser les pistolets : c'eut été perdre la face devant le Marine. Bien décidé à reprendre l'ascendant, il désigna la longue lame noire que Pertinax portait dans le dos.


- Votre épée aussi.

- Certainement pas. L'Epée de Justice n'est pas qu'une arme : c'est le symbole de ma charge et de mon autorité. Armure et épée sont indissociables, elles constituent l'uniforme traditionnel de tout officier de haut rang. Je viens sur Terra en pèlerin ; voudriez-vous que je me présente devant l'Empereur sans les attributs d'un Grand Maître ? Il s'agirait là d'une grave insulte envers moi et mon Chapitre.

Comme Mazen demeurait inflexible, Pertinax poursuivit, agacé.

- Jeune imbécile, croyez-vous que l'Inquisition cautionnera les initiatives maladroites d'un sans-grade, au risque de causer un incident diplomatique majeur avec un Chapitre ?

Mazen serrait les dents, incapable de trouver une répartie. Et pour cause : le colosse avait raison. L'Inquisition souhaitait garder de bonnes relations avec les Dark Angels, et la visite de Pertinax répondait au souhait des deux factions. S'il persisitait à faire du zèle, le jeune acolyte risquait fort de voir son accession au rang d'Inquisiteur retardée de plusieurs années. Pire, il risquait de tomber en disgrâce et de rester à jamais un sous-fifre. La mort dans l'âme, il se résigna à capituler.

- Comme vous voudrez, cracha-t-il d'un ton définitif. Igor, ramasse les armes du Seigneur Pertinax, veux-tu.

Jusque là prostré à bonne distance, le serviteur s'avança avec soulagement.

- Non, intervint Pertinax.

Igor s'immobilisa avec un hoquet de surprise.


- Serviteur, tu vas me conduire à mes appartements. Cet entretien n'a que trop duré.

Sur ce, le Grand Maître fit signe au pilote du Thunderhawk. Les moteurs rugirent tandis que l'appareil s'arrachait à la plate-forme et entamait sa lente ascension dans le ciel saturé d'éclairs. Ivre de rage et de frustration, Mazen vit Pertinax et Igor quitter la plate-forme pour rejoindre la quiétude de la forteresse inquisitoriale. Il demeura bientôt seul dans la tempête.

Le regard du futur Inquisiteur se posa sur les deux Sunfury, qui le narguaient toujours à ses pieds.


- Tu me paieras cet affront, Marine, grinça-t-il entre ses dents. Je te le jure !


A suivre...

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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 17:20

Un nouvel éclair déchira le ciel, illuminant brièvement le flanc des nuages noirs. L'adepte Igor réprima un gémissement et enfouit son visage dans les replis de sa robe pourpre : les capteurs photoélectriques de ses yeux étaient d'une qualité médiocre, et faute d'obturateurs efficaces, il ressentait durement le moindre flash. Igor ne croyait pas sa présence indispensable, mais quatre siècles de service au sein des Trois Ordres lui avaient enseigné les vertus de la soumission.

L'adepte risqua un coup d'oeil en direction de son maître. Imperturbable et immobile, Sire Mazen se dressait comme une statue dans la tourmente, ses cheveux blonds agités en tous sens par les vents furieux. Le lourd pendentif inquisitorial se balançait autour de son cou, marquant son obédience d'une façon si ostensible qu'elle en était presque ridicule. Bien évidemment, Igor gardait pour lui cette appréciation critique, conscient que Mazen serait bientôt un Inquisiteur à part entière, ce qui lui donnerait pouvoir de vie ou de mort sur quiconque. Mieux valait donc garder sa faveur, tout comme Igor avait su s'attirer la bienveillance de ses dix-huit maîtres précédents.

Une violente rafale déséquilibra l'adepte et manqua de le jeter au sol. Les bâtisseurs de la Spire avaient involontairement construit la plate-forme à l'altitude la plus défavorable, celle où les orages secs atteignaient leur intensité maximale. Mais les tours de la Très Sainte Inquisition se devaient de dominer les ruches maladives où grouillait le bas peuple. En fait, seules les tours de défense et les cathédrales de l'Ecclésiarchie les surpassaient.

Soudain, la masse nuageuse s'entrouvrit. Précédé par un grondement sourd, un Thunderhawk à la livrée verte longeait les flèches gothiques de Sainte-Célimène et se dirigeait vers la plate-forme. Un faisceau de lumière monta à sa rencontre, puis un second, les projecteurs guidant le vaisseau dans sa phase d'approche terminale. Lentement, le mastodonte se laissa glisser au-dessus des structures métalliques et exhiba ses trains d'atterrissage. Contre toute attente, l'engin d'assaut toucha terre avec une grâce qui constrastait avec la rudesse de ses lignes. Igor était habitué aux navettes Aquila, bien plus légères, mais la manoeuvre du Thunderhawk était au moins aussi précise.

Dans un hurlement de vapeur, la rampe avant bascula, révélant une imposante silhouette bardée de métal sombre. Tandis qu'elle s'avançait sur la rampe, le vent s'engouffra dans sa cape et la fit claquer comme un fouet.

Sire Mazen fit un pas en avant.


- Je suis Helvetius Mazen, acolyte de l'Inquisiteur Jovena et en son absence légat plénipotentiaire de la Très Sainte Inquisition. Grand Maître Caius Pertinax, je présume ?

L'Astartes s'arrêta devant l'aspirant Inquisiteur. Il le surplombait de deux bonnes têtes. Son armure de sinople et d'or était surmontée d'un heaume ailé arborant le blason du Chapitre des Dark Angels. Deux pistolets finement ouvragés ceignaient le colosse, tandis qu'une immense épée d'or et de jais était attachée dans son dos.

- En effet.

La voix métallique du Marine résonnait avec force dans la tempête. Mais Mazen ne se laissa pas impressionner.

- Soyez le bienvenu sur Terra, monseigneur. Je suis honoré que vous ayiez accepté notre invitation. La Très Sainte Inquisition se fera un devoir de vous accueillir et de vous loger tout au long de votre pèlerinage.

Le visage de Mazen affichait une froideur et un cynisme qui démentaient le ton cordial de ses propos. Mais Pertinax feignit de ne pas le remarquer.

- Tout l'honneur est pour moi. Je me ferai un devoir de participer à votre Concile.

- Ah, oui. Coïncidence heureuse, n'est-il pas ?

- Certes. Coïncidence heureuse.

Les deux hommes se dévisageaient en silence. Inquiet, Igor trottina au côté de son maître.

- Maître, pourquoi ne pas guider le Seigneur Pertinax jusqu'à ses appartements ?

Mazen ignora son serviteur ; il fixait toujours l'Astartes d'un air de défi. Au terme d'un long silence, il finit par répondre, mais ses paroles étaient chargées d'un mépris abyssal.

- Pas encore, Igor. Messire Pertinax doit d'abord me confier ses armes, comme il sied à un invité. Et de surcroît, il va se découvrir, pour marquer le respect dû à un légat de la Très Sainte Inquisition.

Igor devint cramoisi et manqua s'étrangler. Prudemment, il fit un pas en arrière.


A suivre....

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15 mai 2010 6 15 /05 /mai /2010 08:58

Son heaume calé sous le bras gauche, Pertinax suivit Azrael jusqu'au fond de la pièce. Là, deux silhouettes encapuchonnées polissaient soigneusement un bas-relief de marbre blanc, encastré à même le mur. L'Ange de la Vengeance, figure emblématique du Chapitre et symbole récurrent du credo impérial, à qui la lueur tremblotante des cierges semblait donner vie.

Azrael étudia un instant la sculpture, pensif. Puis il se retourna vers son subordonné et prit la parole sur un ton préoccupé.


- Pertinax, mon ami, nous sommes confrontés à un grand péril. Il y a quelques semaines, le Roc a reçu un invité inattendu en la personne de l'Inquisiteur Teufelgarten, membre distingué de l'Ordo Hereticus.

Comme Pertinax lui jetait un regard interrogateur, le Grand Maître Suprême poursuivit.

- Notre hôte a manifesté le désir d'inspecter notre monastère. Bien évidemment, nous nous sommes pliés à son caprice. Hélas, ce misérable entretenait des arrière-pensées condamnables.

Le visage d'Azrael s'assombrit davantage. Sa voix se fit plus dure.

- Il a déjoué la vigilance de nos sentinelles et pénétré dans le Librarium.

- Ce Teufelgarten a donc percé nos secrets.

- Oui. Mais il n'aura pas l'occasion de les divulguer. Ses suivants ont été exécutés. Quant à Teufelgarten lui-même, je l'ai confié aux bons soins de Frère Asmodaï.

Pertinax hocha la tête d'un air entendu. Tel était le châtiment des ennemis du Chapitre.

- Cependant, poursuivit Azrael, ce fouineur nous a mis dans l'embarras. Même si Teufelgarten agissait de son propre chef, l'Inquisition ne peut feindre d'ignorer la disparition soudaine de l'un des siens. L'Ordo Hereticus n'osera pas lancer d'enquête officielle ; ce serait risquer une confrontation avec les Impardonnés, voire avec l'Adeptus Astartes tout entier. Une violation de l'indépendance des Chapitres serait ressentie comme une provocation par nos frères Marines ; Grimnar lui-même serait capable de se ranger à nos côtés.

Une perspective intéressante. Logan Grimnar était le dirigeant des Space Wolves, éternels rivaux qui jalousaient depuis dix millénaires la supériorité tactique et la pureté génétique des Fils du Lion ; imaginer Grimnar volant au secours de ses ennemis séculaires arracha un sourire amusé à Pertinax.

- L'Ordo ne semble donc pas déterminé à faire preuve d'un zèle excessif, continua Azrael. Pour sauver la face, l'Inquisition doit exiger de notre part une justification crédible. Justification que nous lui fournirons au plus vite pour étouffer l'affaire et permettre aux deux parties d'oublier ce déplorable incident.

- Ces tractations seront menées discrètement, j'imagine.

- En effet. Organiser une réunion au sommet entre l'Inquisition et nous reviendrait à reconnaître l'importance de cet incident, voire à donner l'impression que nous présentons des excuses.

- Ce qui est tout à fait exclu.

- Oui.

Les petites créatures avaient fini de nettoyer le bas-relief. Sans un bruit, elles se retirèrent. Azrael et Pertinax les suivirent du regard tandis qu'elles disparaissaient dans les ténèbres.

Avec un soupir, Azrael posa la main sur l'épaule de Pertinax.


- J'ai besoin de toi pour nous représenter auprès de l'Inquisition.

Pertinax haussa un sourcil. Le Grand Maître Suprême parut s'amuser de sa surprise.

- Vois-tu, Caius, des représentants plénipotentiaires des trois Ordos doivent bientôt se réunir sur la Sainte Terra à l'occasion d'un Concile. Si un haut dignitaire de notre Chapitre venait, par le plus grand des hasards, à se trouver sur Terra à cette occasion, il serait sans doute invité à assister au Concile en signe d'amitié. Et lorsque l'affaire Teufelgarten serait évoquée par l'assemblée - heureuse coïncidence - ce serait l'occasion rêvée pour les Dark Angels d'expliquer le décès accidentel de ce loyal serviteur de l'Empereur.

Pertinax acquiesça. Mais un doute l'étreignait.

- Frère Azrael, pourquoi me choisir pour cette mission ?

- Parce que tu es un brillant orateur, mon frère.

- Et parce que la 3ème Unité d'Assaut Planétaire est la seule force armée de notre Chapitre à s'être battue sous un commandement interarmées sans poursuivre d'objectifs propres ?

Azrael sourit.

- C'est exact. Quitte à envoyer un ambassadeur, je préfère que celui-ci soit apprécié par Terra. Nombre de commandeurs de la Garde peuvent témoigner de ta loyauté envers l'Imperium, et par là dissiper toutes les rumeurs qui courent à notre égard.

- Bien. Et officiellement, pour quelle raison me rendrai-je sur Terra ?

- Mon ami, je crois que tu n'as jamais eu l'occasion de te rendre sur la Sainte Terra, n'est-ce pas ? Voici l'occasion rêvée d'accomplir le pèlerinage que tout Astartes aspire à mener une fois dans son existence.

Un pèlerinage au palais de l'Empereur ! Pertinax se sentit envahi par un irrépressible sentiment de gratitude ; ses inquiétudes se dissipèrent aussitôt.

- Je vous remercie de m'accorder ce privilège, frère Azrael. Je me mets en route dans l'instant.

- Bon voyage, mon ami.

Pertinax exécuta un salut et fit volte-face en se couvrant de son heaume.

Azrael le regarda partir sans mot dire. Il était inutile d'en dire plus à ce brave Caius... son orgueil en aurait été inutilement froissé. Le Grand Maître Suprême avait toujours su que Pertinax ferait un excellent représentant ; s'il l'avait laissé accéder au Cercle Intérieur et au rang de Grand Maître malgré ses opinions divergentes, c'était uniquement dans cette perspective. La création des Unités d'Assaut Planétaire suivait la même logique : elles ne contribuaient certes pas à la chasse des Déchus, mais elles faisaient office d'alibi.

Oui, Pertinax et son unité constituaient une parfaite vitrine. Ils fourniraient une image trompeuse mais flatteuse du Chapitre à ces stupides Inquisiteurs.

Azrael se retourna vers la statue de l'Ange de la Vengeance et éclata de rire.



A suivre...

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14 mai 2010 5 14 /05 /mai /2010 18:12

- Pax Armata, approche autorisée pour arrimage. L'Empereur soit avec vous.

- Reçu, contrôle. Et avec votre esprit.

L'opérateur coupa la transmission et se retourna vers Pertinax. Debout à son poste, le Grand Maître acquiesça distraitement.

- Procédez à l'arrimage.

- A vos ordres, frère Pertinax.

Le croiseur d'attaque prit de la vitesse, glissant lentement vers le vaste hangar qui s'ouvrait devant lui. Le silence régnait sur la passerelle ; mais en dépit de ce calme apparent, Pertinax savait la manoeuvre périlleuse. A tout instant, les rétropropulseurs devaient contrer le champ de gravité du Roc avec précision. Une simple erreur de poussée, et plusieurs milliers de tonnes d'adamantium et d'acier s'écraseraient contre les parois rocheuses de l'astéroïde, condamnant l'équipage à une mort certaine.

Guidé par les signaux de navigation, le Pax Armata s'enfonçait dans les entrailles du Roc. Alors que les ténébres se dissipaient peu à peu, les arsenaux du Chapitre se dessinèrent à travers la vitre blindée.

Des dizaines de vaisseaux s'alignaient le long des poutrelles métalliques, surgissant à peine de la pénombre sous le flash intermittent des feux de navigation. Une myriade de petits appareils s'affairaient de tous côtés, véhiculant les serviteurs de maintenance d'un vaisseau à l'autre pour en poursuivre l'entretien. Une barge de bataille, immense et majestueuse, reposait dans un dock, semblable à un monstre endormi. L'Unrelenting Fury.

Le regard de Pertinax s'attarda un moment sur les lignes du vaisseau, aussi massives qu'élégantes. A elle seule, une barge pouvait balayer des continents et soumettre des planètes entières. Et face à sa silhouette écrasante, le Pax Armata n'était guère qu'un jouet.

Le croiseur d'attaque n'en avait pas moins joué un rôle décisif dans plusieurs conflits armés. Au cours des dernières années, le Pax Armata avait servir de vaisseau d'attache à la IIIe Unité d'Assaut Planétaire. Surgissant à l'improviste au-dessus de mondes hostiles, il avait pu opérer des bombardements précis et lâcher ses modules d'atterrissage au coeur des combats. En maintes occasions, ces frappes chirurgicales avaient ouvert la voie au gros des troupes impériales, épargnant au Haut Commandement des pertes inutiles et considérables.

Pertinax fut tiré de sa rêverie par le rapport monocorde d'un serviteur.


- Arrimage engagé, maître.

- Coupez les moteurs un à six. Stabilisez le vaisseau et armez les ancrages.

- Oui, maître.

Alors que l'équipage achevait d'immobiliser le navire sur son emplacement Pertinax se tourna vers ses sous-officiers. Tous les cinq se tenaient respectueusement au pied de l'estrade, vêtus de robes cérémonielles blanches, leur heaume vert sombre calé sous le bras. D'un hochement de tête, Pertinax leur fit signe d'approcher.

- Mes frères, vous vous êtes couverts de gloire tout au long de cette campagne. Notre mission touche à sa fin, et chacun de vous peut dès à présent regagner sa Compagnie d'origine ; cependant, j'espère avoir l'honneur de vous commander à nouveau, lors d'une prochaine campagne. Puisse l'Empereur guider nos bras...

- ... car lorsqu'il est à nos côtés, nous ne pouvons faillir, complétèrent les Marines à l'unisson.

Quintus, Gabriel, Asdrubal, Silas et Ephrael exécutèrent un salut réglementaire, que Pertinax leur rendit avec un sourire mélancolique. Puis, écartant sa cape, le Grand Maître se saisit de son heaume ailé et s'en coiffa. Le dispositif pressurisé siffla lorsque le casque s'enclencha dans son logement, et c'est d'une voix aux accents métalliques que Pertinax clotura ces brefs adieux.


- Mes frères, je vous confie le Pax Armata. On m'attend.

Les Marines s'écartèrent, inclinant légèrement la tête en signe de respect.

Le commandant de la IIIe Unité d'Assaut Planétaire s'engouffra dans le couloir principal. Tandis que ses pas résonnaient sur le sol de plastacier, il passa en revue les états de service de ses hommes. Silas et Ephrael étaient de bons chefs de section, mais ils manquaient encore un peu d'expérience. Asdrubal méritait sans doute d'être maintenu au poste de premier apothicaire d'une compagnie de combat. Quant aux aides de camp de Pertinax, ils méritaient tous deux d'être promus à des postes de commandement. Si Gabriel brillait par ses talents martiaux, Quintus faisait preuve de compétences tactiques remarquables ; peut-être le temps était-il venu de l'introniser au sein de la Deathwing ?

L'officier franchit le sas de sortie et descendit la rampe inclinée qui le conduirait jusqu'aux docks. Il croisa une véritable armée de serviteurs qui s'élançait pour vider les soutes du navires et les remplir de munitions. Un peu plus loin, une autre équipe d'esclaves mécanisés s'apprêtait à manoeuvrer les énormes tubes de pompage du carburant. Dans quelques jours, tout au plus, le Pax Armata serait prêt à appareiller pour une loitaine région de la Galaxie. Errance et carnage, tel serait le quotidien du croiseur jusqu'à la fin des temps. Jusqu'au retour du Lion.

Pertinax traversa le Grand Hall et formula une prière silencieuse en dépassant la statue du Primarque. Quelle mission urgente le Grand Maître Suprême souhaitait-il lui confier ? Il était peu courant pour un chef d'expédition d'être ainsi convoqué dès son retour. A moins qu'il ne fût l'objet de sanctions. Ses conceptions divergentes avaient-elles finalement valu à Pertinax de tomber en disgrâce ?

C'est donc hanté par de sombres pensées que Pertinax se présenta devant la Première Chapelle. Bien que son armure fût frappée de décorations disctinctives, les plantons firent leur devoir, lui barrant le passage.


- Qui es-tu, frère ? Présente-toi, ou retourne d'où tu viens.

- Grand Maître Caius Pertinax, par la grâce de l'Empereur.

Satisfaits, les gardes s'écartèrent. Pertinax pénétra dans la Chapelle et la traversa d'un bout à l'autre. Arrivé devant l'autel, il emprunta un escalier dérobé et parvint dans la crypte.

A l'exception de quelques chandelles, aucune source de lumière ne venait dissiper les ténèbres. Alors que Pertinax entrait, une autre silhouette se dirigea vers la sortie. Son armure noire ornementée ne laissait aucun doute quant à son office, et Pertinax se découvrit pour marquer le respect dû à tout chapelain. Celui-ci se contenta d'effleurer le Grand Maître d'un regard acéré tandis qu'il le croisait.

Pertinax ignora l'insulte. Il savait que plusieurs chapelains s'étaient opposés à son accession au Cercle Intérieur, jugeant sa tournure d'esprit incompatible avec le poids de la Faute. A vrai dire, Pertinax subodorait même que sa nomination n'était due qu'au soutien discret du Grand Maître Suprême. Pourtant, ce qui l'opposait à ses détracteurs ne tenait qu'à une nuance d'interprétation. Les chapelains-investigateurs clamaient que le pardon de l'Empereur ne serait accordé aux Dark Angels qu'après la rédemption ou l'exécution du dernier Déchu ; aux yeux de Pertinax, la poursuite des Déchus était indissociable d'un service exemplaire aux côtés des autres Légions de l'Empereur.

Ses pairs avaient affiché les mêmes doutes lorsqu'il avait proposé la mise en place des Unités d'Assaut Planétaire. Là aussi, il avait fallu l'autorité du Maître de Chapitre pour leur faire entendre raison. Mais Pertinax entretenait l'espoir qu'un jour les plus récalcitrants de ses frères se laisseraient convaincre.

Sans un bruit, une silhouette s'avança vers Pertinax. La faible lueur des bougies fit apparaître un visage anguleux, rude mais chaleureux. Azrael. Pertinax posa un genou à terre.


- Relève-toi, frère Pertinax. Nous avons à parler.


A suivre...

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13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 09:21

Je suis heureux d'annoncer qu'aujourd'hui commence la publication des aventures de Caius Pertinax, qui vous mèneront loin dans le fluff de 40K et ce pour votre plus grand bonheur !

 

Elles se composent de deux volets, Pélerinage et Héritage, dont vous trouverez chaque matin un épisode supplémentaire sur ce blog ! Je tiens à remercier une fois encore  Caius pour m'avoir donné l'autorisation de le publier.

 

Les récits, écrits par mon ami Caius Pertinax, sont à retrouvés ici :

 

Pèlerinage : Sommaire

 

Bonne lecture !

 

-MFT-

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13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 08:59

Teufelgarten retint son souffle tandis que le gardien parcourait le corridor. La créature ne tarda pas à s'éloigner, les bruits de pas s'amenuisant peu à peu pour se fondre dans le silence humide des couloirs.

D'une pensée, l'Inquisiteur expédia son servo-crâne en reconnaissance. Celui-ci flotta discrètement jusqu'à l'intersection, transmettant servilement une image des lieux jusqu'aux relais visuels de son maître. Rien à gauche, ni à droite. Teufelgartien rappela le servo-crâne et s'avança jusqu'au coin. Une fois son inspection terminée, il devrait poser quelques questions à Azrael : les Dark Angels avaient soigneusement omis de lui parler de ces mystérieuses petites créatures, lesquelles semblaient pourtant grouiller dans les bas-fonds du Roc. S'agissait-il d'une quelconque engeance démoniaque, ou de xenos réduits en esclavage ? Dans un cas comme dans l'autre, l'Ordo Hereticus serait très intéressé par cette découverte.

Teufelgarten s'autorisa un sourire. Ce qu'il s'apprêtait à découvrir aurait bien plus d'importance que ces petits gardiens. Plusieurs décennies de recherches l'avaient empli d'une terrifiante certitude, et il ne lui manquait plus que les preuves nécessaires à la démonstration de ses thèses. Oh, bien sûr, le Chapitre s'était montré particulièrement réticent, mais nul ne peut s'opposer à un mandat de la Très Sainte Inquisition. Les portes de la Tour des Anges s'étaient finalement ouvertes devant Teufelgarten et sa suite, et l'accueil glacial des Astartes n'avait fait qu'attiser le plaisir de l'Inquisiteur. Azrael et ses sbires lui avaient fait visiter de vastes hangars, des arsenaux cyclopéens, des laboratoires et des salles d'entraînement. Toutes choses qui ne l'intéressaient pas le moins du monde, mais qu'il avait tenu à inspecter de fond en comble pour tromper les Marines sur l'objet de sa visite. Pendant trois jours, il avait ainsi joué la comédie, endormant la vigilance de ses guides par des questions naïves et empreintes de banalité. Puis, lorsqu'il avait jugé que la surveillance des Dark Angels se relâchait, il avait mis son plan à exécution. Katarina avait usé de polymorphine pour prendre son apparence et jouer son rôle, cependant qu'il se faufilait en-dehors de ses quartiers et s'enfonçait dans les profondeurs de la forteresse-monastère. La pauvre fille ne survivrait sans doute pas à une telle dose de drogues, mais qu'importe. Il avait deux ou trois remplaçantes toutes désignées, d'autant plus que Katarina satisfaisait de moins en moins ses désirs nocturnes...

L'Inquisiteur poursuivait son exploration dans la pénombre. La pierres grossièrement taillées contrastaient durement avec la magnificence des vastes halls des étages supérieurs. Un froid sourd et angoissant émanait des murs, sans doute dressés des millénaires auparavant. A l'époque, l'édifice se dressait avec superbe au-dessus des forêts de Caliban ; les bâtisseurs pouvaient-ils imaginer que leur oeuvre parcourrait un jour les cieux, juchée sur un fragment disloqué de leur monde anéanti ?

Au détour du couloir, Teufelgarten découvrit ce qu'il cherchait : un nouvel escalier, en colimaçon cette fois, qui s'enfonçait encore plus profondément dans la roche. Peut-être les réponses se trouvaient-elles là. Confiant, l'Inquisiteur poursuivit sa descente vers la Vérité.

Il déboucha dans un souterrain encore plus sombre, encore plus sinistre que le précédent. Ici et là, de lourdes portes de fer et d'airain semblaient encastrées dans la pierre. Il aurait bien voulu les ouvrir toutes, car chacune devait receler un trésor de connaissances ; mais Katarina ne pourrait retenir les Dark Angels indéfiniment. Il devait faire vite.

Teufelgarten accompagna sa progression d'un surcroît de vigilance, faisant grand usage de son servo-crâne pour lui ouvrir la voie et détecter toute menace éventuelle. Finalement, au terme d'un cheminement interminable dans le labyrinthe inextricable des couloirs entremêlés, il parvint à son but. Une large porte d'acier, renforcée de lourdes barres d'adamantium et gravée d'une inscription aussi brève qu'éloquente.


LIBRARIUM

L'Inquisiteur retint un cri de triomphe. Il ne devait pas chanter victoire, pas encore. Il palpa le métal de la porte, cherchant une serrure ou un quelconque mécanisme d'ouverture. Il finit par découvrir deux trous, disposés de façon symétrique de chaque côté de la porte. Ces maudits Astartes devaient avoir bien des secrets, pour recourir à de telles mesures. Mais il en fallait plus pour arrêter l'Inquisiteur Marius Teufelgarten, le Bourreau de Symandre, trois fois loué par ses frères pour avoir démasqué des gouverneurs corrompus et expédié au bûcher la totalité de leurs gouvernements. L'Inquisiteur ouvrit sa sacoche de cuir rehaussée de clous d'or et y saisit les Changeforme. Ces précieux outils avaient été taillés dans de la moelle spectrale, achetée - pour un prix exorbitant - à un Libre Marchand de la bordure orientale. Leur aptitude à changer de structure en réaction à un stumulus mental les rendait irremplaçables pour déverrouiller un mécanisme, aussi complexe soit-il. Bien sûr, l'usage d'un tel objet n'était pas à proprement parler digne d'un serviteur de l'Empereur ; mais Teufelgarten avait depuis bien longtemps compris que la fin justifie toujours les moyens.

L'Inquisiteur prit un Changeforme dans chaque main, les introduisant simultanément dans les deux serrures. Au prix d'une légère concentration, il poussa la moelle spectrale à se fondre dans les interstices. Puis, il fit pivoter les clés ainsi obtenues, adressant une prière silencieuse à l'Empereur-Dieu de l'Humanité pour que les précieux artefacts s'acquittent de leur tâche sans faillir.

Avec un bourdonnement sourd, d'imposants mécanismes se mirent en branle. Les barres d'adamantium coulissèrent en silence, tandis que la porte d'acier glissait pour s'enfoncer dans le sol. Au-delà, une seconde porte d'acier s'effaça elle aussi, puis une troisième.

Teufelgarten poussa un long soupir de soulagement et pénétra dans la pièce. Celle-ci était éclairée par des torches stylisées, peut-être alimentées au prometheum ; mais l'Inquisiteur n'y prêta pas attention. Son regard était rivé sur le mur qui lui faisait face. D'immenses rayonnages, couverts de livres et de parchemins enluminés. Ivre de joie, excité comme un jeune enfant, l'Inquisiteur se jeta sur le premier ouvrage qui se présenta à lui. Un traité de tactique, relatif à d'obscures batailles du trente-quatrième millénaire.

L'Inquisiteur remit le livre à sa place et explora le Librarium du regard. Il cherchait quelque chose de bien plus ancien. Un texte qui remonterait à dix millénaires, au moment de...

Teufelgarten s'arrêta, interdit. Une vie entière de privations, de cheminement et d'investigation était sur le point de s'avérer payante. D'une main tremblante, il se saisit de l'énorme ouvrage. Celui-ci n'était pas poussiéreux, contrairement aux livres voisins ; sans doute était-il consulté très régulièrement par les Archivistes et les Grand Maîtres du Chapitre. Sur la couverture de cuir noir était frappé le blason des Dark Angels. Et à l'intérieur...

Tout était là. Teufelgarten ne s'était pas trompé, bien au contraire. Et ce qu'il avait suspecté n'était qu'une infime partie de la vérité. Les Dark Angels auraient bientôt des comptes à rendre, car une telle infamie ne pouvait rester impunie. La Très Sainte Inquisition ferait annihiler ce Chapitre impie ; elle disperserait ses cendres et effacerait jusqu'à la dernière trace de son existence maudite.

L'Inquisiteur fut tiré de sa lecture par un bruit sourd. Supris, il se retourna vivement vers la porte. Et fit face à deux géants en armure.

Les Dark Angels ne lui laissèrent pas le temps de s'expliquer. Avec un claquement métallique, ils armèrent leurs bolters et les pointèrent sur la poitrine de Teufelgarten.


A suivre...

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11 mai 2010 2 11 /05 /mai /2010 12:37

Un peu de neuf sur le Librarium du Roc :

 

-Mise en ligne des chapitres 11 à 15 ainsi que l'Epilogue de Martinien, la suite que je n'avais pas pu rassembler ici par faute de temps. Un an après c'est enfin chose faite. Mieux vaut tard que jamais comme disait l'autre.

 

Sommaire

 

-Une nouvelle campagne débute pour la 3ème Compagnie de Combat des Dark Angels. Gabriel et Severian sont engagés sur Céphallénie II et les choses semblent ne pas commencer du tout comme elles auraient du. Les récits paraîtront au fur et à mesure que la campagne avancera !

 

La Campagne de Céphallénie II

 

-J'espère pouvoir mettre bientôt en ligne les aventures de Caius Pertinax, dont l'auteur est un des meilleurs que je connaisse. Après quoi suivrons un débrief du Mensil en Equipe 2010 et son Epilogue.

 

-Enfin, l'Ange Gabriel ne sera pas délaissé, loin de là ! ;)

 

Bonne lecture, bon délassement, bon amusement à vous tous !

 

-MFT-

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