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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 14:52

Le timbre profond et sonore de la Grande Cloche du Winged Vengeance se répercuta le long des coursives du croiseur d'attaque, démultipliant en un lugubre écho ses six coups puissants. Le premier coup tira de leur torpeur cent-dix neufs Dark Angels. Le sixième coup en vit cent-vingt se diriger, frais et dispos, vers les réfectoires du navire, longue file encapuchonnée de bures silencieuses. Ils s'installèrent, toujours en silence, n'ouvrant la bouche que pour avaler la nourriture ultra-énergétique qui leur était servie par des dizaines de serfs du Chapitre. Seul Frère Hannibal, monté en chaire pendant que les autres s'asseyaient, remplissait son office de Lecteur auprès du Chapelain Abraxas en rappelant à la mémoire de ceux qui mangeaient quelques points importants de la doctrine, qu'il agrémenta d'un rapide sermon.

Parmi ses confrères de la Première Escouade, Gabriel écoutait d'une oreille attentive le Frère Lecteur, oreille d'autant plus attentive qu'il tentait par sa concentration d'oublier les cauchemars de la nuit précédente. A la différence de tous les autres, Gabriel était réveillé depuis bien longtemps lorsque le premier coup avait retenti. Depuis plusieurs semaines, de sombres rêves venaient hanter son sommeil et ce dernier n'avait plus rien de réparateur. De très profondes cernes creusaient des cavités autour de ses orbites et cela avait déjà attiré quelques remarques amicales. « Je veille beaucoup ces temps-ci », répondait-il simplement à toutes. Chacun comprenait ce que cela signifiait. Il n'était pas rare que certains frères se mortifient dans leurs chairs pour renforcer leur foi et les vétérans de la Première Escouade se devaient d'être exemplaires. Parfois, cette mortification allait au-delà de la simple ascèse ou veillée contemplative, et elle prenait alors la forme de flagellation. Et le dos de Gabriel était en effet maintenant tout couvert de grandes cicatrices rouges.

Pourtant, même ces exercices de pénitence et de purification ne parvenaient pas à l'empêcher de se réveiller, le front luisant de sueur, en plein temps de repos. Tous ces exercices d'astreinte extrêmes ne parvenaient pas à empêcher ses cauchemars de venir le harceler. Les veilles, les privations de sommeil, étaient autant des moyens de tenter de remédier à ces insupportables rêves par un écrasant besoin de dormir. La discipline dont il faisait usage, autant une véritable purification de son corps et de son âme pour le préparer à dormir que pour le laver de tout péché et chasser ces songes odieux. Mais rien n'y faisait.

«Use de ton nodule cataleptique » lui disait sa raison ; « Un Dark Angel ne fuit jamais » lui répondait sa conscience. Jusqu'ici, sa conscience l'avait toujours emporté. Mais les terribles privations pesaient de plus en plus sur ses épaules, et si il mobilisait toute son énergie pour rester attentif à ses devoirs et zélé dans l'accomplissement de ceux-ci, il lui était de plus en difficile de rester au niveau de ses frères dans les entraînements quotidiens aux stands de tir comme à la palestre du croiseur. Sans même parler du niveau d'excellence qu'il avait fait sien jusqu'ici. Jusqu'ici... mais depuis combien de temps déjà ?

« Cette nuit, si cela se reproduit à nouveau, j'enclencherais mon nodule » se dit-il en se levant dans le même mouvement uni que tout le réfectoire. L'ironie de ce vœu pieux, qu'il refaisait chaque matin, ne parvenait même plus à lui arracher un sourire désabusé. Les Space Marines se dispersèrent progressivement, escouade par escouade, vaquant à leurs activités matinales pendant ce long temps de transit qui devait amener la Troisième Compagnie et deux escouades de Scouts du Roc à Piscina IV. Mais, tandis que ses frères pénétraient dans la palestre privée des quartiers de l'Etat-major, le Chapelain Abraxas mit doucement la main sur l'épaule de Gabriel alors qu'il s'apprêtait à son tour à franchir le seuil.

-Gabriel, j'aimerais te parler un peu. Veux-tu bien m'accorder quelques instants ?

-Avec plaisir, Frère-Chapelain. En quoi puis-je vous être utile ?

-Je crois que c'est plutôt moi qui te serais utile. Mais ne restons pas là, un seuil de porte n'est guère l'endroit approprié pour notre conversation. Suis-moi.

Abraxas se dirigea vers la chapelle du Winged Vengeance. Ils s'avancèrent dans ce vaste espace aménagé dans le coeur du croiseur, dans lequel de nombreux cierges et luminaires brillaient de tous leurs feux et projetaient leur lumière chaude et réconfortante. A elle seule, elle suffisait à transformer ce lieu sacré et commun à tous en un sanctuaire pour les âmes meurtries de certains. Il l'emmena dans l'une des absides latérales et tourna deux chaises l'une en face de l'autre. Puis, tout en invitant Gabriel à l'imiter, il s'assit sur l'une d'entre elle. Leurs capuches, rabattues sur leurs visages, dissimulaient aux yeux de n'importe qui l'identité de l'un comme de l'autre. Mais à l'exception des serfs chargés du nettoyage et de l'entretien des lieux, personne de toute façon n'avait de raison de venir les déranger. Cependant, si leurs bures les coupaient du monde extérieur, elles établissaient un contact direct entre eux, et chacun fixait le regard de l'autre. Quelques cierges éclairaient faiblement l'abside, mais leurs yeux accoutumés à la vision nocturne n'avaient aucun mal à distinguer ceux de l'autre dans cette pénombre.

-Gabriel, commença Abraxas sans cesser de le fixer dans le bleu des yeux, tes amis s'inquiètent après toi. On me dit que tu dors peu, depuis maintenant fort longtemps, et que tu te donnes régulièrement la discipline. Tu sais que je ne suis guère favorable à cette pratique si elle n'est pas encadrée ?

-Oui, Frère-Chapelain. Mais on a peut être exagérer cette fréquence dans ce que l'on vous a rapporté.

-C'est possible, mais Frère Cupselon m'a dit quand même avoir été frappé de voir ton dos si meurtri. Et si un frère aussi respectable que Cupselon est surpris quand à la rigueur des pénitences que tu t'infliges, je suis en droit de penser que les autres bruits doivent s'approcher assez près de la vérité.

Et c'était vrai. Comment le nier ? Dix douzaines de coups chaque soir était bien plus que les flagellations habituelles de pénitence. Et rien n'y faisait, les cauchemars persévéraient aussi.

-Qu'est-ce qui te pousse à de telles extrémités, Gabriel ? Je sais bien que chaque vétéran doit donner l'exemple, mais d'aucuns murmurent que tu vas peut être trop loin. Et quant à moi, je préférais personnellement l'exemple que tu montrais... avant.

Gabriel ne répondit rien. Que pouvait-il dire d'autre ? Abraxas avait évidement raison, mais Gabriel ne pouvait rien lui dire.

-Tu peux te confesser à moi si tu penses avoir commis quelque chose de contraire à la règle ou si tu penses avoir négligé ton devoir. Je suis là pour ça. Je vois bien que ton âme est souffrante, c'est mon rôle que de la soulager.

-Je le sais, Frère-Chapelain. Je n'ai pas le sentiment d'avoir négligé mes devoirs ni quoi ce soit de ce genre. Je... j'essaie juste d'affermir ma foi car la tâche d'un vétéran est d'être honorable en toutes choses. Et si jusqu'ici la bataille des corps était mon domaine d'excellence, il me semble que la bataille des âmes méritait que je m'investisse plus.

-Mais la foi, c'est justement mon domaine de spécialité, fit Abraxas avec un sourire. Pourquoi ne pas m'avoir demandé de t'accompagner dans ta démarche ?

Pourquoi, en effet ? Pourquoi, sinon parce que le fardeau qui accablait Gabriel était tout à la fois trop lourd à porter seul et trop dangereux pour être partagé ? Il était condamné à en assumer seul la charge, condamné à se doter seul des forces qui lui permettraient d'avancer quand même malgré son poids. Le Chapitre cultivait le secret, pour ne pas dire que le secret était sa culture même. Comment alors atteindre les sommets qu'il visait sans à son tour apprendre à cacher et à supporter le lourd tribut que le secret exigeait à sa conscience ?

-Si je ne m'abuses, continua Abraxas devant son silence, il me semble que ce désir de foi s'est manifesté peu de temps après ton initiation au Premier Cercle, n'est-ce pas ? Est-ce cela qui te trouble ?

« Si seulement ! » pensa-t-il. Mais c'était bien plus que cela. Si encore il ne s'agissait que d'assumer les révélations que Severian lui avait faite ce soir-là, il s'en sentait tout à fait capable. Il n'aurait alors été question que de vengeance et de châtiment à apporter aux scélérats du Chaos. Un bien mince secret à conserver, en fait. Mais le malaise était bien plus profond, il allait beaucoup, beaucoup plus loin. On pouvait sans problème s'ouvrir au sujet d'un secret révélé. Oui. Mais qu'en était-il d'un secret qui n'était pas encore révélé, lui ? Et surtout, surtout, d'un secret aussi énorme ?

-Non, Frère-Chapelain. Il ne s'agit que d'une épreuve de foi que je m'impose. Je cherche à progresser dans cette voie-ci, afin de... de traverser toutes les épreuves.

-Quel genre d'épreuves ? répondit aussitôt Abraxas.

-Je pensais... nous avons tous une profonde affection pour notre commandant, Frère Belial. Et par ailleurs une aussi grande pour, par exemple, le Grand Maître Suprême Azrael. Si l'un d'eux venait à mourir, ce serait certainement un moment douloureux pour chacun d'entre nous. C'est à ce genre d'épreuves que je voulais faire référence. C'est notre rôle de vétérans que de montrer l'exemple aussi dans ces situations. Jusqu'ici, je n'y ai encore pas été confronté. Quand Maître Rhamiel a été tué sur Barathrum, nous étions loin, en mission, et à l'époque j'étais encore jeune. Le deuil ne m'a pas affecté comme il le ferait certainement à présent. C'est en vue de cela que je cherche à affermir ma foi.

Abraxas se renfonça dans sa capuche. Son regard disparu dans la pénombre, interrompant tout contact direct. Le croirait-il ? Si ce n'était pas le cas, les conséquences étaient incalculables, totalement imprévisibles. Il fallait qu'il le croit. S'était-il montré convaincant ? Mais ses nombreuses hésitations n'allaient pas vraiment dans ce sens...

-Tu n'es pas évident à cerner, Gabriel.

Gabriel ne répondit à nouveau rien. Cela n'appelait pas de réponses. Après encore quelques instants d'un silence profond, Abraxas soupira puis dit tout en se levant :

-Severian a raison, tu es sans doute promis à un bel avenir si tu survis d'ici là. Quel dommage qu'il ne soit pas avec nous, lui aurait certainement eu plus de réponses... enfin soit. Je pense que tes motivations sont nobles, mais un Dark Angel zélé mais fatigué n'est pas un bon serviteur de l'Empereur. Nous atteindrons Piscina dans une semaine, je souhaiterais que d'ici là tu ais cessé de t'infliger de telles pénitences car nous aurons besoin de toutes nos forces, comme dans chaque bataille.

Il posa sa main sur l'épaule du jeune vétéran et continua :

-Si néanmoins tu veux persévérer, cela ne sera pas sans que je te guide dans cette démarche. Je t'attendrais ce soir dans cette même abside. A présent, il n'est que temps pour toi de rejoindre tes confrères à la palestre. Puisse l'Empereur veiller sur toi, Frère Gabriel. Piscina n'est plus loin, et nous aurons besoin de toi au maximum de tes capacités, sois-en assuré.

-Puisse-t-il veiller sur vous également, Frère Abraxas.

*
**

Le tonnerre des rafales de bolter se déchaîna quand les Frères de bataille de la Deuxième Escouade criblèrent le bâtiment d'un déluge d'ogives. Les Dark Angels rechargeaient, tiraient, se déplaçaient et se couvraient méthodiquement, mitraillant d'un feu soutenu et continu toutes les embrasures de l'immeuble. Jugeant le moment venu, le Sergent Kandaran fit signe par com-vox à l'escouade Saariel qu'elle pouvait intervenir. Le rugissement des réacteurs dorsaux se mêla aux déflagrations des bolters. Kandaran interrompit le tir de suppression à l'instant précis où les Marines d'assaut s'engouffraient dans le bâtiment en ruine, qui par les brèches des murs, qui par le toit devenu ça et là manquant. Sans attendre, Kandaran donna l'ordre à ses hommes de charger à sa suite.

Les Dark Angels se ruèrent en avant, comme un seul homme, armés de leurs longues lames de combat et de leurs pisto-bolter. Ils se précipitèrent à l'intérieur à leur tour. Le sourire narquois qu'affichait Saariel s'ouvrit et il lança à son frère d'arme :

-C'est gentil à toi, mais nous avons déjà fini le boulot, fit le nouveau sergent de la Septième Escouade.

Et pour cause. Le bâtiment était vide.

Kandaran sourit, laissa passer l'amicale pique sans y répondre et lança un message au Grand Maître Belial :

-Kandaran pour contrôle. Séquence d'attaque 32 achevée. Passage à la suivante.

Ils se retirèrent dans la salle de briefing du Winged Vengeance tandis que les parois amovibles du hall d'entraînement du croiseur laissaient place à un nouveau décor tracté par une cinquantaine de serfs. Un nouvel environnement, une nouvelle configuration du terrain, naquirent en quelques instants pendant que Kandaran et Saariel, nouvellement promu à la tête de leurs unités, s'appliquaient à détailler la prochaine mission d'exercice.

*
**
La longue journée d'exercices s'acheva. Les frères prirent une courte douche et chacun occupa le temps libre qui à présent lui était alloué pour vaquer aux occupations de son choix. Beaucoup se distrayaient en organisant des concours, qui à la palestre, qui au champ de tir. D'autres, plus portés vers la chapelle, ou ressentant le besoin de confesser des fautes ou des manquements, se dirigeaient vers celle-ci. D'autres encore prenaient soin de leurs équipements, nettoyant, polissant, inscrivant des litanies sur leurs armes et armures. D'autres enfin lisaient des ouvrages conseillés par les archivistes du Librarium.

Gabriel avait prit l'habitude de répartir hebdomadairement ses temps libres entre toutes ces activités. Néanmoins, depuis plusieurs semaines que la fatigue l'opprimait il ne se sentait plus la force d'y participer. Une fois de plus il rompit avec ses anciennes habitudes comme il le faisait depuis que ses cauchemars le prenait, et plutôt que de se rendre au concours organisé par la quatrième escouade, il préféra rendre hommage à ses armes. Ces temps-ci il avait plutôt tendance à lire les livres qu'il avait retiré du Librarium central -il avait épuisé celui du Winged Vengeance depuis bien longtemps- mais  il décida ce soir d'honorer particulièrement ses armes, elles qui l'avaient si bien servies durant cette journée. Il n'était pas plutôt rentré dans sa cellule qu'il entama les rites de l'armurier. Il s'empara d'une pièce de tissu encore immaculée et d'un flacon d'huile bénie. Puis il démonta pièce par pièce son bouclier de combat. Il nettoya avec méticulosité chaque composant, tâchant d'huile consacrée le tissu qui peu à peu se transforma en un véritable chiffon. Récitant les strophes de l'hymne associé, il remonta lentement son bouclier, avec précaution et attention, témoignant à l'artefact tout le respect qui lui était dû. Il fit de même avec son pistolet bolter. Décrassant le canon dont la bouche était noircie par les dizaines de coups qu'il avait tiré dans l'après-midi, il entreprit de le démonter à son tour et d'en nettoyer et oindre chaque composant. Cependant tandis qu'il achevait de le remettre en état, la cloche de la chapelle sonna la prière du soir et les puissantes volées de son appel résonnèrent en une requête joyeuse. Il n'avait pas encore attaqué sa pièce préférée, son épée énergétique qu'il avait gagné en intégrant le Premier Cercle.

« Tant pis, se dit-il, je mordrai sur mon temps de sommeil. Elle le mérite ».

Il se dévêtit rapidement de sa bure de travail et d'exercice pour passer celle de couleur blanche, sa bure de cérémonie. Il rabattit la capuche de cette dernière sur ses yeux, et sortit, rejoignant les Dark Angels qui cheminaient, dans le même silence religieux que ce matin, vers le lieu saint.

*
**
Tout en se dirigeant vers la chapelle à travers le dédale de coursives, de salles et d'ascenseurs que constituait un croiseur de bataille, Gabriel repensa à ce qui le mettait mal à l'aise depuis sa dernière mission. Il s'était écoulé à peine trois semaines depuis qu'il avait été admis au sein de la Première Escouade de sa compagnie. S'il avait ainsi approché d'un peu plus près Belial, il lui semblait également être soumis beaucoup plus intimement au regard de son vieux mentor Severian. Sans pouvoir dire exactement sur quoi il fondait au juste cette intuition, il était presque certain de ce fait. A n'en point douter, le vieil Investigateur devait avoir une idée assez précise du malaise qui l'habitait. Leurs liens étaient proches, profonds, et du reste Severian devait déjà avoir guidé nombre de Dark Angels sur les mêmes chemins que lui. Sans compter que lui-même avait très certainement connu une situation similaire un jour. Ainsi, au fond de la profonde dépression dans laquelle Gabriel se débattait, l'Investigateur constituait sa lueur d'espoir. Lui aussi avait affronté semblable épreuve, et il en était sorti renforcé d'une foi inébranlable. Sans forcément aspirer à prendre sa succession en tant que chapelain, Gabriel admirait la force d'âme et le courage qu'un Severian pouvait signifier par sa seule prestance. Son absence du Winged Vengeance était donc douloureuse à double titre. D'une part, elle pouvait signifier n'importe quoi quant à la surveillance du nouvel initié. D'autre part, ce dernier se trouvait privé de lumière au moment où il en avait le plus besoin pour affronter les ténèbres qui menaçaient de le noyer. Son absence lui faisait cruellement défaut.

Gabriel avait toujours vu la Première Escouade comme un sas. Un sas, qui menait vers une carrière multiple au sein de la hiérarchie du Chapitre. Tous aspiraient à rejoindre les rangs de la Première Compagnie. Mais le chemin était long, et la Première Escouade paraissait le seuil de tous les possibles. Certains obtenaient une place de sergent-vétéran dans une escouade des compagnies de réserve. D'autres obtenaient une promotion interne et prenaient la tête d'une compagnie de combat. Parmi les plus chanceux, ou les plus distingués, rares étaient ceux qui parvenaient à l'armure Terminator dès leur promotion. Beaucoup étaient promus aides de camp dans l'escouade de commandement de la compagnie, et cela déjà était une belle récompense. Généralement, c'était parmi eux que se recrutaient les futurs membres de la Deathwing. Et plus encore, leur proximité du commandement leur faisait miroiter la possibilité d'un commandement général un jour ou l'autre.

Mais ces aspects hiérarchiques n'expliquaient pas bien la présence attentive, voire presque pesante, de rien moins qu'un Chapelain-Investigateur. Ce dernier semblait tout autant surveiller ses frères que les guider au combat. Gabriel l'avait senti dès son noviciat, et s'en était persuadé depuis qu'il avait été initié au secret du Chapitre. De plus, la structure même du Chapitre reposait sur le secret. Il le savait. Severian était là également pour faire respecter ce secret, aussi bien en choisissant ceux qui pourraient le porter, que ceux qui ne le pourraient pas. La seconde intuition qui le mettait mal à l'aise était celle-ci :n'était-il pas en train de passer une dernière épreuve probatoire cachée ? Et si Severian faisait exprès de le laisser se débattre dans les eaux périlleuses du doute, sans assistance ? A celle de la culpabilité venait s'ajouter la pression de l'échec. Car si échec il y avait à cette épreuve, c'était non seulement la fin de toute ambition, mais aussi la reconversion en serf du Chapitre, comme il pouvait en voir tant et tant arpenter les coursives du bâtiment. Au mieux, en fin de compte, ne pouvait-il espérer qu'une mort digne pour récompenser ses hauts faits et ses mérites antérieurs. Un pauvre sourire d'ironie parvint à se peindre sur ses lèvres. Ce serait sans doute la seule faveur que pourrait lui témoigner Severian, cet impitoyable...

Mais tout cela n'expliquait finalement qu'une partie de son malaise. Sa pire intuition, que corroborait largement son rite d'initiation aux secrets de la Première Escouade, était qu'à chaque degré hiérarchique devait correspondre son secret. Qu'est-ce qui attendait encore de lui être révélé ? Gabriel n'en savait rien encore, ou plutôt refusait de reconnaître la vérité. Voilà pourquoi elle revenait le harceler dans ses cauchemars depuis trois semaines. La hauteur et le décor imposant des portes de la chapelle arrêta ses réflexions au seuil du sanctuaire. Sans plus s'attarder à toutes ces questions, il se concentra sur les prières à venir et ce fut en se sentant plus serein, plus confiant, comme armé de toute sa foi, qu'il pénétra dans l'édifice.

*
**
En tant que membre de la Première Escouade, il n'avait pas encore de stalle réservée dans l'abside, aussi se contenta-t-il du banc du premier rang de la nef qui lui était alloué. Celle-ci, tout comme l'abside du choeur, se remplit rapidement, et les célébrants, Abraxas et plusieurs frères qui l'assistaient dans son office, remontèrent la travée pour rejoindre le choeur. Le service commença. Tandis qu'Abraxas préparait une huile sainte et des fumigations, les frères, manipulant leur chapelet, récitaient d'une voix de basse les dix-huit cantiques du Service, entrecoupé par la Louange du Géniteur lorsqu'il s'agissait d'une petite perle, de l'Hymne de la dévotion lorsqu'il s'agissait d'une grosse. Les chapelets comptaient assez de perles pour répéter tout l'ensemble trois fois.

Une fois le chant achevé, toutes les célébrants se répartirent au bout des multiples travées et dans un bel ensemble les frères de toutes les escouades se levèrent. Puis, une à une, chacune s'avança pour recevoir une onction tandis qu'un serviteur, balançant un encensoir, environnait le frère de sainte fumée. Gabriel aspira à pleine goulée l'arôme béni. Un orgue, actionné par un serviteur rivé à son siège et son pupitre, jouait un hymne particulièrement propice à la dévotion. Le Dark Angel se laissa aller à son sentiment religieux. Il avait l'impression d'expérimenter un lien unique et privilégié avec l'Empereur. Il avait l'impression que l'Empereur se tenait parmi eux, qu'il les inspirait d'une chaude et réconfortante béatitude, un sentiment simple et naturel ancré profondément en lui. Il n'y avait rien d'autre à faire que de le ressentir, pour expérimenter ce lien au Créateur. Pas besoin de chercher des développements rationnels pour l'expliquer. Juste vivre. Juste le vivre. Comme tout était simple, parfois ! Une sensation intense de bonheur et d'apaisement irradiait de ses entrailles, tandis qu'il respirait les vapeurs sacrées et les effluves de l'onction. Il sentait l'amour filial qui le liait à l'Empereur, son père. Pour lui, cela justifiait tous les serments, et il n'aurait pas de repos tant qu'un seul parmi les Hommes ou les abominations qui hantaient l'univers agirait contre son Père. Pas de répit, pas de rémission.

Le service prit fin. Chacun des assistants rejoignit le réfectoire pour un nouveau repas. Lorsqu'il fut à son tour achevé, les Dark Angels se retirèrent pour prendre quelques heures de sommeil conquises de haute lutte. Mais alors qu'à l'ordinaire Gabriel aurait agit de manière semblable, ce ne fut pas le cas cette fois-ci. Pour la troisième fois de la journée, il prit le chemin de la Chapelle.
Abraxas l'attendait au fond de l'abside. Même s'il se sentait mieux, comme bien souvent après une cérémonie, il connaissait aussi la nature de son mal et savait bien que ce bien être intérieur ne durerait pas. Abraxas l'accueillit, et le félicita d'avoir entrepris la démarche -démarche rédemptrice, ajouta-t-il.

-L'usage de la discipline doit être régulé et contrôlé, dit-il. La douleur recherchée est aussi une voie de la damnation. Nous ne devons pas rechercher le martyr pour le martyr, mais pour le service. Ôte ta bure, Frère Gabriel.

Gabriel s'exécuta, et tout en s'agenouillant il découvrit son dos. Abraxas se contint et réprima une interjection de stupéfaction mêlée d'horreur. Il avait vu bien des choses, mais pas le spectacle d'un dos aussi lacéré par le fouet que ne l'était celui du vétéran. Oh, bien sûr, il avait vu de bien plus terribles blessures mais cela, cela n'avait rien à voir. Cela réveillait en lui de biens sinistres comparaisons.

-Depuis... depuis combien de temps t'infliges-tu la discipline, frère Gabriel ? interrogea le chapelain, incapable de cacher plus longtemps sa profonde surprise. Il y a là plusieurs centaines de marques de coups !

-Pas plus de trois semaines, Frère-Chapelain.

-Trois semaines ? fit-il avec une horreur réelle cette fois-ci, trois semaines ? Mais je vois là plus de cicatrices qu'un dos ne devrait en avoir pour trois mois ! Par l'Empereur, Gabriel, qu'est-ce qui te pousse donc à agir ainsi ? Ne vois-tu pas qu'une telle pratique est terriblement dangereuse ? Terriblement dangereuse, oui, répéta-t-il pour bien mettre l'accent sur les implications profondes du mot.

Gabriel resta muet. Ce qu'il comprenait dans l'immédiat du danger, c'est qu'il avait fait un double mauvais choix, et qui plus est franchement périlleux. Pour commencer, Abraxas risquait bien de ne rien lui infliger du tout ce soir, et la perspective d'affronter une autre nuit sans le confort spirituel médiocre que parvenait à lui assurait son rituel ne l'enchantait pas du tout. Mais pire encore, Abraxas manifestait un dégoût qu'il réservait d'ordinaire pour l'hérésie, et en l'occurrence ses paroles allaient en ce sens. Et se faire accuser d'hérésie par un Chapelain n'était pas une perspective d'avenir très réjouissante non plus. Et s'il n'allait sans doute pas pousser jusqu'à ce niveau-là son aversion, il allait en revanche forcément écrire un rapport et la situation n'en serait guère meilleure.

-Je ne peux pas t'obliger à te confesser, Gabriel, répondit-il à son silence. Je ne peux pas non plus te laisser aller à de telles extrémités. Je ne peux pas t'aider contre ta volonté. Mais puisque tu es venu ce soir, je peux du moins t'aider en encadrant ta pratique. Il est certaines limites à ne pas dépasser, et tout ce que je peux faire pour l'instant est de t'aider à les franchir en sens inverse.

*
**

Il quitta Abraxas l'esprit plus en paix. Pourquoi, il n'aurait su le dire avec précision, mais le fait était qu'il se sentait mieux. Peut être était-ce dû au fait qu'il se sentait accompagner dans sa démarche, ce qui d'une certaine manière lui permettait d'agir dans un cadre sûr, accepté ? Peut être aussi cela lui permettait-il de partager un peu du poids de son fardeau ? Quoi qu'il en fut il se sentait soulagé, indéniablement. Il ouvrit la porte de sa cellule et entra.
 
Gabriel fit le signe de l'Aquila devant l'image de l'Empereur qui décorait le mur du fond de sa cellule, mit un genou au sol, se releva, quitta sa bure pour une simple tunique et s'assit sur sa paillasse. Il ne s'étendit toutefois pas encore. Il reprit le rite de l'Armurier là où il l'avait laissé, et nettoya avec ferveur la lame de son épée. C'est seulement une fois qu'il eut marqué son respect pour son arme favorite qu'il se permit de prendre à son tour du repos.

Il n'en trouva pas le sommeil pour autant. Depuis qu'il avait été intronisé vétéran, deux questions le taraudaient sans cesse, le traquaient comme lui-même traquait ses ennemis, sans trêve ni repos : combien de secrets le Chapitre cachait-il ainsi à ses membres ? Et surtout, qu'elle était la nature de ces secrets ? Car si à chaque honneur correspondait une progression dans ses secrets, Gabriel commençait à craindre sérieusement ce qui attendait encore de lui être révélé.

Il se rappela ce qu'il avait dit ce soir-là dans la crypte, le soir de son admission : certains secrets sont trop lourds pour être levés. Du moins, trop lourd pour certains. Le Chapitre recherchait les Dark Angels sans faille, ceux qui avaient les épaules pour porter ce fardeau et dont on était sûr qu'il ne les écraserait pas. Gabriel aspirait à être un de ceux-là. Mais en avait-il la force ? Du moins ce soir avait-il compris quelque chose : il ne servait à rien d'essayer d'y parvenir seul, avec ses seuls moyens et par la seule force de sa volonté. Au contraire. Outre qu'il était dangereux, comme le lui avait démontré Abraxas, de le croire, cela montrait aussi un profond manque de jugement. Dans ce genre de lutte, la sagesse était du côté de celui qui utilise toutes les armes à sa disposition. Le reste n'était que témérité, et pire encore, vanité. La vanité était un terrible péché, l'un de ceux qui avait conduit à la damnation éternelle les anciennes légions renégates.

Pour la première fois depuis trois semaines, c'est avec assurance qu'il se laissa glisser dans le sommeil.

*
**

C'est avec un hoquet, suivi d'un besoin urgent d'aspirer de l'air, de l'air en quantité, qu'il en émergea subitement. Le front couvert de sueur, à demi-redressé sur sa paillasse, il cherchait à aspirer à grande goulée tout en reprenant peu à ses esprits. Et peu à peu, ils lui revinrent. La chute vertigineuse dans un puits ténébreux et froid s'était achevée dans sa cellule. Ses yeux s'habituèrent rapidement à l'obscurité et il reconnu son petit univers familier, aussi nu et froid puisse-t-il être. Malgré le dépouillement total de la cellule, elle lui procurait un doux sentiment de refuge et d'abri sûr. L'angoisse le quitta progressivement. Il se leva, chercha dans l'armoire où il avait rangé son paquetage et finit par en sortir une petite bougie, consumée déjà aux deux-tiers.

Il s'approcha de l'icône de son Père, et déposant la bougie sur la table de travail, la transforma en un autel de fortune. Il prononça quelques paroles homilétiques avant de l'allumer et se mit à genou devant la petite flamme tremblotante. Il essayer de s'absorber dans sa contemplation mais rien n'y faisait et comme chaque nuit, il ne pouvait s'empêcher de repenser à ses rêves et de méditer sur ceux-ci.

Aucun n'était semblable en tous points à un autre, mais au fur et à mesure il voyait des points communs se dégager. En général, ses interrogations se télescopaient avec de vieux souvenirs d'expériences qu'il avait dû cacher, refouler au plus profond de sa mémoire de peur qu'un jour elles ne lui fassent du tort. Bien souvent, c'était l'attaque mentale de cette psyker eldar qui revenait le tourmenter. D'autres fois, celui d'un de ses vieux compagnons de noviciat transformé en serviteur décérébré. D'autres fois encore, le souvenir de cet Astartes en armure noire capturé et emporté en toute hâte par la Deathwing. Un Astartes qui portait les armes du Chapitre sur son armure -il les avait vu distinctement.

En toute logique, il devait s'agir d'un de ces Archi-traîtres de l'Alpha Légion qui se faisait passer pour un des glorieux fils du Lion, l'un de ces renégats manipulateurs dont lui avait parler Severian lors de sa seconde initiation. Mais c'était bien là que se logeait le coeur du problème. Dans cette seconde initiation.

De quelque façon qu'il retourna le problème, la conclusion était toujours la même. Cette seconde initiation n'était que le premier pas vers la révélation de secrets toujours plus dangereux, toujours plus infamants concernant une vérité si terrible qu'elle devait être cachée, enfouie à jamais sauf aux yeux de quelques rares, très rares, « privilégiés ». Si tant est qu'on pouvait considérer comme un privilège de porter le poids si lourd d'une faute pareille.

Bien qu'il chercha à la refouler toujours plus loin, cette conclusion logique revenait sans cesse avec plus de forces pour se faire accepter. Et avec elle, elle charriait toute la fange d'une vérité indicible. Les conséquences de cette conclusion était pire encore que la conclusion elle-même. Cela voulait dire que non seulement tout ce qu'on lui avait révélé jusqu'ici était faux -ou du moins n'était qu'une déformation subtile de la réalité- mais pire encore cela signifiait une chose qu'il ne pouvait accepter. Ce n'était pas Severian mais la prophétesse eldar qui avait raison.

A cette seule pensée coupable, le premier mouvement de Gabriel la veille eut été de se lever pour aller chercher son fouet. Mais cette fois-ci il resta concentré sur ses pensées, à genou devant la petite bougie qui éclairait l'icône.

« Fuir sans cesse ne sert à rien. Je ne trouverais jamais la force de supporter tout ceci si je ne l'affronte pas. Il me faut l'assumer ou périr. Je n'ai pas le choix. Si je refuse cet héritage, je deviendrais fou ou alors finirait hérétique, ce qui ne vaut pas mieux. Si je l'accepte, alors je serais un Dark Angel. Là est la vérité. »

Et il ouvrit son esprit, libérant le torrent de sa pensée qui se déploya, logique, effroyable, impitoyable, mais pertinente et véridique. La vérité, nue, était horrible à voir. Le Chapitre n'avait jamais été le parangon de loyauté qu'il affirmait avoir été. Il avait bien failli basculer dans la trahison à son tour et seul quelque chose l'en avait empêché, quelque chose que Gabriel ne pouvait exprimer avec netteté tant étaient opaques les ténèbres qu'entretenaient le Chapitre autour de cet événement, quelque chose qui toutefois avait eu assez d'influence pour maintenir le Chapitre au sein de l'Imperium.

Le raisonnement était atrocement simple, en fait, et terriblement logique; la principale faille dans la belle histoire des agents de l'Architraître étant celle-ci : pourquoi, s'ils essayaient de semer le trouble et discréditer les Dark Angels, pourquoi s'évertuaient-ils à revêtir une armure noire, et non verte ? Et une armure noire frappée de l'héraldique du Chapitre qui plus est ? Cela n'avait pas de sens, cela n'avait même aucun sens ! Alors, si ce récit ne proposait aucune explication qui pu solutionner ce paradoxe accablant, c'est que lui-même ne fonctionnait pas. Or quoi d'étonnant à ce que ce récit-ci ne fut pas plus qu'une autre belle histoire, à l'image de celle qu'apprenaient par coeur les novices et la vaste majorité de ses frères ? Oh, bien sûr, il se pouvait évidemment qu'elle contienne quelques aspects véridiques, comme la précédente, et dans la mesure où la partie entièrement nouvelle et secrète concernait précisément les renégats qui portaient l'héraldique du Chapitre, comment douter que celle-ci, justement, n'était pas plus qu'une déformation subtile mais néanmoins colossale de la vérité ? Cette vérité qui lui avait été énoncée autrefois par quelqu'un qui avait cru saper sa volonté grâce à cette révélation. Quelqu'un qui avait eu raison depuis le début : la prophétesse eldar. Évidemment, il était tout aussi possible qu'elle eu cherché à mentir effrontément. Après tout, ce n'était qu'une Xenos, on ne pouvait leur faire confiance. Et a fortiori à une eldar...

Et pourtant... de quoi le Chapitre aurait-il bien pu avoir peur au point de cacher une vérité à la quasi-totalité de ses frères ? De quoi d'autre, sinon d'une vérité indicible telle que la trahison du Chapitre, ou du moins d'une grande part des frères de l'antique Première Légion ? C'était une vérité très lourde, incommensurablement plus lourde à porter que le simple secret du Premier Cercle. Mais maintenant Gabriel savait. Il avait deviné. Tout ce qui importait à présent était de le cacher tout en servant le Chapitre et en servant l'Empereur. Peu importe à quel stade un pareil secret pourrait lui être un jour révélé, si tant est que le dernier des Cercles accepta un jour de divulguer quelque chose de semblable. Appartenir aux Dark Angels voulait dire partager sciemment ou non ce secret. Être Dark Angel, cela signifiait vivre avec cet héritage, le cacher, le porter, mais continuer de servir avec la même détermination que l'Initié. Au fond, connaître ou non ne changeait rien à son service. Il continuait d'apporter la mort aux ennemis de son Père, de son Créateur, et aujourd'hui les Dark Angels étaient irréprochables des fautes de leurs aînés. Seul l'honneur du Chapitre et la crainte qu'un nouveau schisme hérétique ne divise à nouveau les Dark Angels empêchait sa divulgation. Jusqu'ici, sans en avoir connaissance, il avait toujours agit fidèlement et loyalement envers l'Empereur. Il n'y avait pas de raison que cela s'arrête. Au contraire. Un bon service, loyal et honorable, rachèterait l'inconduite de ses ancêtres.

Gabriel laissa la bougie briller, comme pour remercier l'Empereur d'avoir su le guider et lui avoir donner la force de dépasser cette épreuve, pour le remercier de lui avoir donner à voir plus loin, à voir au-delà. Il se recoucha, et sut qu'il dormirait tranquille cette fois-ci. Il avait accepté le legs du Lion, et il était devenu un vrai Dark Angel. Il ne craignait plus rien ni personne. Ni même quelques cauchemars...

-MFT-

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19 décembre 2010 7 19 /12 /décembre /2010 15:13

 Il y a quelques jours, j'ai été assez violemment pris à partie par certaines personnes sur le forum suivant :

http://www.w40karmycreator.com/phpBB3/viewtopic.php?f=62&t=981&p=8501#p8501

 

Voici la réponse que j'ai publié à leurs insultes. Les deux premières citations sont celles qui m'attaquaient spécialement et auxquelles j'ai répondu.

 

 

[quote="Le Toine"] Euh...non !

Si tu vas voir sur la dernière page du blog, tu lis que c'est SA version du 'dex DA pour "qu'il ne pâtisse pas de la comparaison avec le codex SM" ; de plus, vu la teneur de ce qu'il propose, ça m'a surtout l'air d'un dex de kikitoudur qui veut avoir le beurre (la diversité SM), l'argent du beurre (les prix moins chers des SM) et la crémière dans son lit (les Termis et motos (+Land Speeder) sans peur en Troupes...)

 

Bref, pas de quoi fouetter un chat...(lui par contre... )[/quote]

 

[quote="yetiapoilblanc"] Oula je suis aller voir le blog que tu as mis. Ne suis pas ça, c'est pas du tout officiel, de plus le mec sous prétexte qu'il n'aime pas le dex DA, il l'a refait à ça sauce.

 

Bref c'est pas top pour ce faire une idée du codex.

 

Achète le dex, fait toi quelques listes d'armée, essaye avec des figs qu'on te prêtera par exemple. Tu as plusieurs façon de jouer DA (full totors, full motos, mixte), mais je trouve pas le dex mauvais (peut être pas évident de faire une liste optimisé au premier cout d'œil). C'est différent du codex SM, ils ont des spécificités différentes.[/quote]

 

Eh bien eh bien !

 

Il paraît que je dois me faire fouetter ? Me voilà, mais attention, le plus fouetté des trois ne sera pas forcément celui qu'on croie.

 

Avant tout, posons le cadre. Il va de soi que j'agis ici en vertu du droit de réponse de tout individu à des propos tenus en public, droit que chacun ici me reconnaîtra fort bien compte tenu de la nature infamante des allégations et propos tenus contre moi par certains individus, propos que je cite en guise de [i]prolégomen[/i]. Je rappelle donc la même qu'il s'agit d'un droit inaliénable, et que je n'hésiterais pas à porter plainte auprès de l'hébergeur de ce site ou auprès des lois de ce pays si je voyais qu'il « arrivait malheur » à ma réponse. J'en profite aussi pour avertir que je garderais des sauvegardes de toutes les pièces d'un éventuel dossier qu'une grosse bêtise de la part de certains m'obligerait à constituer. Après avoir, j'espère, remis les points sur les I à certains impulsifs afin qu'il n'aillent pas se compromettre en remettant en cause le droit à la publicité et à la pérennité de ma réponse, entrons donc à présent dans le vif du sujet.

 

Ainsi donc, voilà que certains individus, dont nous tairons les noms pour qu'ils ne souffrent pas de la vindicte populaire, m'accusent d'être un « kikitoudur », autrement dit traîne dans la boue quelqu'un qu'ils n'ont pas pris le temps de connaître en le taxant, [i]in fine[/i] d'être un grobill patenté, un abominable mangeur d'enfants, qui chercherait sous couvert de rétablir un équilibre rompu, à s'auto-adjuger des avantages sur tous les autres. Nous allons montrer que, bien au-delà d'une simple erreur de jugement, ces allégations stupides et ineptes reflètent plutôt, sinon la bêtise de leurs auteurs, du moins une certaine étroitesse d'esprit qui n'est pas à leur honneur, surtout lorsqu'on s'autoproclamme juges du fond comme ces messieurs l'ont fait.

 

Avant même de juger du fond d'un document, qui n'exprime jamais que la pensée de son auteur, il conviendrait certainement de se renseigner sur la pensée de cet auteur ? Et comment, sinon en étudiant le contexte de la pièce, pourrait-on se faire une idée plus précise de celle-ci ? Autrement dit, dans la mesure où ce Codex Reload s'insère dans un blog largement dédié par son auteur à l'univers de W40K plutôt qu'au jeu lui-même, ne conviendrait-il pas de lire, de prendre la teneur de la nature de ce blog pour comprendre dans quelle optique est pensé ce codex ?

Evidemment, la logique imposerait de le faire, le bon sens aussi certainement, mais manifestement ceci ne semble pas évident pour tout le monde. Je n'irai pas jusqu'à alléguer que c'est là le travail de toute personne qui entend juger de quelque chose, ce serait prendre franchement nos individus pour des imbéciles et pour ma part je préfère considérer, par égard même pour ceux qui pourtant ne m'en ont pas montré, qu'il s'agit plutôt d'une mauvaise interprétation encouragée par un manque de temps de la part de ces personnes.

 

Or, donc, que voit-on en parcourant mon blog ? Eh bien par exemple, on peut déjà s'apercevoir que taxer de grobillisme quelqu'un qui présente des listes d'armées telle que celle-ci : http://roclibrarium.over-blog.com/article-31305921.html est un non-sens. On est bien loin des canons du grobillisme de la Garde Impériale. Combien de manticores ? Combien de vétérans ? Combien d'escouades combinées avec leurs commissaires ? Combien de grosses galettes ? Où sont-ils, ces indices qui distinguent à coup sûr le mangeur d'enfants le plus vil que je suis sensé incarner ? Où sont-ils donc ? Qu'on les cherche, on les trouvera guère. Mais encore eut-il fallu se donner la peine de les chercher, évidemment.

Peut-on taxer de grobillisme encore, quelqu'un qui dans les tournois non-harmonisés, s'évertue à jouer 2000pts uniquement composés de Dark Angels [b]verts[/b] ? Qu'on en juge ! http://roclibrarium.over-blog.com/article-30979383.html Ce compte-rendu montre bien qu'il est profondément stupide de me prétendre infâme optimisateur ou de me traiter de grobill patenté. Voit-on quelque chose dans la liste présentée ici :

 

 

http://tycho.avenger.free.fr/WH40K/Le%20Mesnil%202009/Aquila_Crusade_2.pdf

 

voit-on quelque chose dans cette liste qui puisse me hisser le moins du monde au titre de kikitoudur ? C'est proprement risible. Liste qui d'ailleurs, est la même que présentée ici : http://roclibrarium.over-blog.com/article-exemples-de-listes-41194575.html (la dernière). Or, ne se trouve-t-elle pas intégrée dans le Tactica, dans ce même Tactica qui a été repris dans un post précédent et que personne n'a critiqué ni taxé de grobillisme ou de foutaises ?

Peut-on taxer de grobillisme enfin quelqu'un qui ose jouer une armée de 2000pts de Iyanden avec pour principale composante 2 unités de 10 Gardes Fantômes en troupe, sans aucune embarquée en serpent, en tournoi ? Qu'y-a-t-il, grands dieux de plus mous que deux unités de 10 gardes fantômes à pied, sac à points énorme sans aucune mobilité et avec une portée de tir si réduite qu'elle ne pourra jamais s'en servir ? Peut-on vraiment taxer de grobillisme ces listes, alors que le seul intérêt qu'elles présentent est manifestement de respecter le fluff ? Car qu'est-ce qui respecte le plus le fluff de Iyanden qu'une armée de Iyanden de cette composition ? Je rappelle que je ne me réclame pas de ma propre caution, mais de celle de GW, éditeur du fluff officiel, lequel tout en supprimant le codex Vaisseau-Monde a intégré des mécanismes dans le dernier codex eldar paru pour mettre en oeuvre la structure qui définissait les armées de Iyanden dans le codex Vaisseau-Monde. De même, qu'on me cite quelque liste qui respecte plus le fluff des Dark Angels que celle que je propose non seulement dans mon Tactica, mais dans chacune des parties que j'ai disputé jusqu'ici ? Et si l'on m'oppose que des armées Deathwing, Ravenwing, ou mélangeant les deux, sont tout aussi fluff, je rappellerai à ces objecteurs que l'on parle bien ici de deux Compagnies sur les Dix du Chapitre, qui n'accomplissent que des missions très précises et spécifiques. Qui livre le gros des combats ? Qui est engagé dans la vaste majorité des affrontements ? Certainement pas le genre d'armée qu'on voit si souvent sur les tables, et dont quelqu'un comme « yetiapoilblanc » (cf la deuxième citation en début de réponse) propose comme les seules choses jouables avec le codex Dark Angel officiel. Et pourtant il semble bien que je ne m'en tienne pas à ces idées préconçues, et que non content de jouer des listes peu favorisées en terme d'équilibre avec les autres codex (en particulier le codex SM), j'en arrive même à gagner avec ces listes qu'on ne peut guère taxer de grobill à moins d'être de la mauvaise foi la plus extrême.

 

Alors certes, me direz-vous, la liste de Iyanden n'était pas sur mon blog -et y-eut-elle été, mes « juges » l'auraient-ils consultés ? On peut légitimement en douter. Mais en revanche, le reste du contenu, lui, y est bien, et même l'observation la plus sommaire montre que ce blog, loin de faire l'apologie d'un jeu dur basé sur l'optimisation et la comparaison de la taille du membre viril, est au contraire tout occupé à parler de fluff.

N'importe qui est capable de le comprendre en lisant mes articles portant sur le jeu lui-même. N'importe qui devrait être capable de le comprendre en lisant le PDF cité plus haut, et le travail de fluff important qui fut fourni par toute l'équipe. N'importe qui donc, sera certainement capable de comprendre que le Premier prix du charisme 2009 que l'équipe a remporté au célèbre tournoi du Mesnil, prix le plus prestigieux d'un des tournois les plus fameux de France, n'importe qui devrait être capable de comprendre que cela sanctionne non pas un amour de la poutre mais une conception du jeu basée sur la cohérence fluffique et sur un important travail de recherche voire d'exégèse. Ce prix, nous l'avons remporté avec Caius Pertinax, Dame Aesta, et Petrus Ruberus, membres plus connus pour leur vision très fluff du jeu de toute la communauté francophone que pour leurs talents au mesurage de membre.

 

Peut-on réellement prétendre que mon blog lui-même est le reflet d'une conception du jeu digne d'un « kikitoudur » avec de vrais arguments, avec assurance ? C'est proprement ridicule. Il suffit pour en juger dans un premier temps des articles dédiés au jeu par rapport à ceux dédiés au fluff. La proportion en faveur du second est tout bonnement écrasante. Qui sont-ils, ces « juges » qui s'arrogent le droit de me traiter de snot infâme, de « kikitoudur », qui sont-ils ? Peuvent-ils prétendre avoir fourni le quart de l'effort que j'ai fourni dans les seules recherches que j'ai mené pour écrire les nombreux récits qui sont publiés sur mon site ? Peuvent-il prétendre avoir fourni le quart de l'effort d'écriture de fluff, d'interprétation, de création, de mise en cohérence, que mes écrits exposent ? Qui sont-ils donc, eux, pour me juger, pour s'arroger le droit non seulement de me juger, mais encore de le faire de manière aussi odieuse ?

 

On voit combien il est absurde de me traiter de « kikitoudur » et de grobill patenté. Ma vision du jeu, toutes mes productions, ne peuvent se comprendre sans cette articulation au fluff, sans ses recherches. Mais eux, pouvaient-ils le comprendre sans prendre le temps de considérer ce contexte ? Eh bien, il est triste de l'affirmer, mais le pire dans toute cette histoire est bien qu'effectivement, il était possible de le comprendre sans même considérer le contexte. Messieurs les « juges », j'affirme que non content de n'avoir pas su corroborer votre jugement, vous n'avez même pas su juger correctement.

 

Car en effet, comment pourrait-il en être autrement ? Dire que le codex Dark Angel est profondément déséquilibré par rapport au codex Space Marine (sans même aborder la question du Space Wolves ou du Blood Angel), est-ce vérité ou propagande d'un grobill frustré ? Dire que le codex Dark Angel a perdu une bonne part de l'essence même du Chapitre, est-ce vérité ou propagande d'un grobill frustré ? Dire qu'il ne soutient pas la comparaison avec les codex récents et notamment le codex Space Marine, est-ce vérité ou propagande d'un grobill frustré ? Tout le monde ici le sait aussi bien que moi, et mon pire détracteur le premier entre tous, lequel, souvenez-vous, écrivait la chose suivante :

 

[quote]par le toine » 10 Décembre 2010, 23:38

Ben disons que, mis à part si tu veux jouer full Deathwing, le Codex (Ultra)Marines "normal" te fera la même chose en mieux : marines et transports moins chers, vétérans, nouvelles unités, etc.

Tu peux même jouer une simili-Ravenwing en prenant Kor'sarro Khan en QG, alors jouer avec le 'dex DA, faut vraiment être maso ![/quote]

 

Qu'est-ce à dire ? Qu'il n'y aucuns problèmes, que le codex est équilibré, qu'il ne mérite pas d'ajustements ? Comment peut-on à la fois traiter quelqu'un qui joue le codex Dark Angel dans les pires conditions possibles de « kikitoudur » tout en reconnaissant qu'il est « maso » ? Et au final, où est-il, le grobill ?

 

Et oui, où est-il ? Car est-ce celui qui propose [b]dans un Tactica cité ici-même dans un post précédent[/b] des solutions pour jouer le codex Dark Angel [b]dans l'état actuel[/b] ou celui qui propose de jouer du [i]count as[/i] ridicule ? Est-ce celui qui propose de jouer la Ravenwing avec de règles qui l'équilibre tout en respectant le fluff, ou celui qui propose de jouer une bande de motards noirs menés par un Korsarro Khan bien plus puissant que Sammael ? Où est-il le grobill ?

 

Et où est-il, celui qui cherche le beurre et l'argent du beurre ? Est-ce celui qui propose de jouer ou bien une Ravenwing GW (donc selon la traduction du fluff officiel) ou une Ravenwing maison plus équilibrée et plus intelligente avec des choix fluffiquement justifiés ? Ou bien est-ce celui qui propose de jouer une Whitewing ou une RavenScars menée par un Korsarromael ? Est-ce celui qui accepte de se faire arnaquer un maximum en tournoi en jouant une liste la plus fluff possible sans profiter d'aucun avantage tiré d'une hypothétique harmonisation qui ne règle pas tous les équilibres, ou celui qui propose de tirer tous les avantages du codex Space Marine en ne gardant de l'esprit Dark Angel que la peinture et les marquages d'escouade ? Où vont-ils, grands dieux, cet argent et cette crémière, dans quelle poche, dans quel lit ? Oser me lancer à la figure de telles accusations, est non seulement inepte, profondément stupide et débile, mais encore ne grandit guère leurs auteurs dont on voit dans quelles contradictions ils sont pris. Qu'ils gardent en mémoire, afin qu'à l'avenir cela leur serve, qu'on ne reproche jamais mieux à l'ennemi ce que l'on se reproche à soi-même...

 

Alors quoi ? Ce Codex Reload est-il vraiment ce que l'on veut faire croire, ce fatras de foutaises destinées à faire gagner sans coup férir son auteur, caché derrière un voile pudique, derrière une superstructure mensongère, abrité, dissimulé derrière des justifications fluffiques ? Il est bien évident que non. Est-ce un crime que, sous prétexte qu'on aime son armée, on souhaite la voir revenir au niveau des armées standards ? Est-ce un crime de prétendre que ce codex n'est pas au niveau ? Tout le monde sait bien que non. Alors dans ce cas, est-ce un crime de revendiquer des coûts égaux pour des équipements égaux ? Il ne semble pas.

Serait-ce un crime alors, de prétendre que ce codex dans l'état actuel, ne permet pas à un esprit véritablement Dark Angel de se dégager ? Serait-ce une outrecuidance ultime de dire qu'il n'est pas normal que les Dark Angels ne soient plus [i]obstinés[/i], qu'il n'est pas normal que les Dark Angels qui l'étaient exclusivement à tout autre avant la sortie du nouveau codex, soient à présent exclus quand tous les autres sont devenus [i]obstinés[/i] ? Est-ce l'outrecuidance suprême de prétendre qu'il n'est pas normal que la règle qui faisait les Dark Angels soit galvaudée à tort et à travers mais qu'eux en soit privés ? Et par extension, est-ce le summum du vice de revendiquer des équipements spécifiques pour refléter le côté spécifique des Dark Angels ? C'est bien pourtant ce qui m'est reproché, puisque :

 

[quote]qui veut avoir le beurre (la diversité SM), l'argent du beurre (les prix moins chers des SM) et la crémière dans son lit (les Termis et motos (+Land Speeder) sans peur en Troupes...)[/quote]

 

De prix moins chers que les SM ? Il n'y en a pas. La diversité SM ? La belle affaire : où est-il, le maître de la Forge? Où est-il, le Land Raider Redeemer ? Où est-elle la Légion des Damnés ? Et les motards scouts ? Avant de dire de semblables bêtises, il serait de bon ton d'observer un minimum. Les spécificités Dark Angels ? Évidemment ! A quoi ressemblerait un codex Dark Angel qui oblitérerait l'aspect Dark Angel ? A ce que GW appelle un codex Dark Angel. Et c'est bien pour ça que ce codex Reload existe.

 

En outre, il faut bien rappeler des éléments qui pourtant sont présents dans ce Codex. Il n'y a pas un auteur mais [b]des[/b] auteurs. Je ne suis que le rapporteur et publiciste d'un travail rédigé à plusieurs mains, dont la moindre entrée a donc été débattue. Mais surtout, elle est toujours débattue, ce que rappelle le prologue du Codex puisqu'il est bien dit qu'il est toujours en construction. Et à titre personnel je suis opposé à un certain nombre d'unité, l'escouade de commandement Deathwing en particulier. Mais je l'ai dit, je suis le rapporteur du projet, et je publie ce projet.

Seraient-ce alors mes co-rédacteurs les grobills patentés, et moi qui me ferait paraître pour le doux agneau ? Fadaises. Je ne citerai que le nom de  Waxfrance, ancien membre fondateur de la Vortexzone, joueur connu de toute la communauté francophone pour sa passion d'un jeu fluff. Taxer notre travail, nous taxer nous, c'est aussi le taxer lui, et aussi profondément dénué de sens que d'expliquer à une sardine l'oeuvre de Kant.

 

Qui donc est le grobill, qui donc cherche l'argent du beurre et la crémière ? Peut-on encore prétendre que ce codex est un condensé de mauvaise foi cherchant à tirer le maximum d'une prétendue remise à niveau ? Un minimum d'attention à tous ces éléments permettaient d'établir à coups sûrs que ce document, loin d'être un outil de surpuissance, entend au contraire restaurer un équilibre détruit par GW entre les armées d'une part, entre jeu et fluff de l'autre. Qu'on cherche un élément qui ne soit pas fluff, dont la présence ne se justifie pas par le fluff mais par un désir avide d'écraser l'adversaire. Je vous souhaite bien du courage pour ce faire. Du moins cela vous permettra-t-il sans doute, ô juges du fond à grande vitesse, de sortir de vos préjugés et vos idées préconçues, de votre étroitesse d'esprit néfaste, pour appréhender dans toute sa diversité le monde qui vous entoure sans la passer au filtre d'un grille de lecture grossière et du reste, non dénuée de contradictions internes flagrantes.

 

Si il est légitime de prévenir un débutant que ce codex n'est pas officiel, et ne correspond pas du moins à ce qu'il cherche pour jouer librement, autrement dit un codex officiel, le faire en alléguant qu'il est rempli de foutaises, d'élucubrations, et qu'il n'est surtout pas à suivre est non seulement illégitime, mais surtout profondément insultant pour ses auteurs d'une part, et tout à fait déshonorant de la part de ses détracteurs compte tenu de la façon dont ils argumentent leurs propos. Pour ma part, je conseillerais à «stpo » de s'acheter le codex officiel, de faire quelques parties en testant ses choix, et, s'il le souhaite bien sûr, de tester ce Codex Reload ou d'autre d'ailleurs avec l'accord de ses amis, une fois qu'il se sera bien pénétré du fluff Dark Angel et qu'il sera bien sûr d'aimer cette armée. Et de ne pas suivre les pseudos-conseil qu'on a pu lui donner jusqu'ici, car à mon sens, jouer des Dark Angels sans codex estampillé Dark Angel, c'est comme des frites sans sel, les sports d'hiver sans la neige, une rose sans parfum : c'est sans saveur.

 

 

-MFT-

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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 12:09

-Chapitre 2-

 

-Ils arrivent, Frère-Chapelain. Forces ennemies au Nord, distance trois kilomètres.

-Bien reçu, Frère Makarios. Grâce vous soit rendu pour votre acuité. Toutes les unités en position, n'ouvrez le feu qu'à mon signal.

Les Dark Angels gagnèrent leurs positions camouflées et se tinrent prêts à déchaîner l'enfer sur les Cursed Scorpions qui allaient déferler sur leurs positions. Severian lui-même, ainsi que les hommes qu'il avait ramené de l'embuscade qu'on lui avait tendu quelques heures auparavant, plus encore que les autres, bouillaient d'impatience de faire payer à ces chiens le prix de la vengeance. Il était quatorze heures. La navette impériale qui s'était écrasée à peine dix heures plus tôt avait été le signal d'un cascade d'évènements en chaîne dont l'embuscade n'avait été qu'un maillon. Ni Gabriel ni Severian n'arrivaient encore à se faire un plan d'ensemble de la situation. Leurs communications étaient médiocres, l'ennemi partout, et ils n'avaient aucune idée de l'état politique, social et religieux de cette planète. Ils devaient servir d'escorte à des dignitaires impériaux, à la demande expresse du Haut Conseil. Le Grand Maître Suprême, soucieux de l'image du Chapitre ces derniers temps, avait répondu à la requête avec un assentiment calculé, et à présent ils étaient là. Avec le principal dignitaire à la droite de l'Empereur et ce qui ressemblait fort à un piège d'envergure sur les bras.

Gabriel avait besoin de temps pour installer une base avancée complètement sûre, laquelle était la clé de leur maintien sur Céphallénie II. Ce temps, il avait demandé à son mentor et ami de le lui fournir. Et avec ça, il lui était prescrit d'économiser les hommes et munitions jusqu'au bout. Bref : retarder l'ennemi le plus longtemps possible et lui infliger le plus de dommage en se tirant au mieux de leurs assauts acharnés et de ses attaques à tout va. Une mission qui s'annonçait pour le moins difficile... Sans compter que tenir aussi longtemps qu'il le fallait était quelque chose que le vieux Severian savait parfaitement faire. Se replier graduellement tout en tenant sa position était une variation de la doctrine du Chapitre. Severian n'aimait pas les variations sur les doctrines du Chapitre.

Néanmoins depuis maintenant 87 ans que Gabriel était entré au sein de la confrérie des Fils du Lion, il avait appris à le connaître et à respecter ses idées. Toutes ne s'étaient pas révélées les meilleures qui fussent mais elles étaient toutes audacieuses et payaient bien souvent. Et souvent même le double. La dernière en date, intercepter l'abominable et archi-félon Pertinax le Déchu en orbite de Terra plutôt que de lui courir après à travers toute la galaxie et tomber dans ses ruses et feintes machiavéliques, avaient certainement éviter au Chapitre le plus grand péril qu'il ait connu depuis l'Hérésie dix mille ans plus tôt. Alors, même si personnellement Severian aurait préféré un autre genre de combat, il ferait de son mieux pour se plier aux exigences de son ancien élève !

Tout en réfléchissant il se pencha sur les écrans de contrôle intérieurs de Nemesis Sword, le Land Raider dans lequel lui et l'escouade Kardiel avait embarqué. Détaillant son dispositif, composé d'escouades tactiques embarqués en Razorbacks ou Rhinos et articulé autour du Land Raider en son centre, ainsi que d'une aile droite renforcée par les Dreadnoughts de la Troisième Compagnie, Frère Abannias et Frère Makarios, il attendit avec patience de se faire une idée de celui de l'ennemi pour donner ses ordres.

Il apparût assez vite que l'adversaire avait massé ses troupes sur son propre flanc droit, mais Makarios signala la présence d'un Vindicator à gauche. Un dernier rhino non loin du char lourd complétait la ligne adverse. Severian laissa l'adversaire s'approcher à moins de cent mètres et ordonna l'ouverture du tir. Quelques fantassins chaotiques prirent position dans la forêt mais à peine y eurent-ils pénétrés que Makarios les prit à partie, faisant mordre la poussière à nombre d'entre eux.

Aussitôt, Nemesis Sword désintégra d'un tir bien ajusté le Vindicator tout en faisant mouvement vers la droite. Du rhino central débarquèrent des berzerks qui tirèrent sur les blindés Dark Angels sans grand dommage. La charge irrésistible de l'escouade Kardiel guidée par Severian les balaya. Abannias lui-même se jeta dans la mêlée, dominant de sa masse les combattants.

A gauche, les forces Dark Angels glissèrent et laissèrent sur place les assaillants qui, surpris par l'attaque, étaient descendus de leurs véhicules et progressaient derrière eux avec précaution. Mais sur le flanc droit, tandis que seul contre tous un champion exalté des puissances du Warp résistait encore, apparut à son aide quelques terminators dans un déluge d'étincelles. Bien vite un échange de tirs s'ensuivit et ce fut la total confusion du corps-à-corps. Le Lieutenant du chaos, plus possédé par son épée démoniaque qu'il ne la possédait lui-même, entra dans une rage indicible et perfora plusieurs vétérans avant que ces derniers ne pussent riposter. Severian vengea leur mort. Feintant, esquivant, il porta une attaque dévastatrice précédée d'une botte dont il avait le secret. Son Crozius Arcanum fit sauter des mains de son adversaire la lame-démon, et au même instant la Lame de raison perfora le plastron blindé de l'antique armure portée par le traître. Il poussa un hurlement d'une douleur insoutenable, le corps parcouru de décharges électriques, de neuro-toxines qui saturaient ses centres nerveux. Il s'écroula, paralysé par la douleur, une loque dans une armure en ruine.

Sans prendre le temps de s'occuper plus de lui, Severian mena la charge de ses hommes sur les quelques terminators qui avaient survécu à la tornade de feu qu'ils avaient subis. Là encore, ils furent renversés, jetés à bas par la violence de l'escouade Kardiel, enflammée par les diatribes et litanies de l'Investigateur. Cette menace écartée, il ordonna de transporter le prisonnier et les blessés dans leur rhino, Sancta Castra. La glissade du flanc gauche continuait. Les escouades rompaient le contact, et se repliaient, laissant sans possibilité d'agir aucune les escouades chaotiques qui progressaient sous le couvert de leurs véhicules de transport. La manoeuvre se déroulait au mieux.

Sur la flanc droit encore surgirent quelques maraudeurs mais si leurs lance-flammes parvinrent à immobiliser le Révéré Makarios, dont les systèmes surchauffèrent, ils furent mis en pièces par des rafales de plasma de l'escouade Daniel. Harridan, le Techmarine se précipita au secours de Makarios tandis que Severian et ses hommes, une dernière fois, extermina les derniers élus qui mettaient à mal l'escouade Daniel. La voix de Gabriel grésilla dans le transmetteur de Severian :

-Gabriel à Severian, me recevez-vous ?

-4 sur cinq, à vous, parlez.

-Vous nous avez suffisamment gagné de temps, Frère-Chapelain, repliez-vous sur les coordonnées prévues. Transmettez le rapport des pertes sitôt que possible. A vous.

-Bien reçu, pertes minimes, la mission est un succès complet. Décrochons sur coordonnées. Terminé.

Severian maugréa une dernière fois. Ce n'était pas son genre de partir alors qu'il restait encore des hérétiques à punir. Néanmoins il connaissait la maîtrise tactique de son ancien protégé, et la valeur de ses stratégies. A contrecoeur mais confiant tout à la fois, il ordonna le repli.

-MFT-

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9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 15:15

Un cliquetis métallique brisa le silence. L'homme ouvrit les yeux.

Peine perdue : la pièce était plongée dans l'obscurité la plus totale. Faute d'éléments visibles auxquels se raccrocher, la réalité n'avait rien de plus tangible que le monde onirique dans lequel il évoluait à longueur de journée. Etait-il vraiment réveillé ? Ou vivait-il un nouveau cauchemar ? Les phases de réveil et de sommeil se succédaient de façon irrégulière, sans transition marquée.

Depuis combien de temps était-il enfermé ici ? Un mois ? Un an ? Le temps ne s'écoulait plus : passé, présent et futur se fondaient en une éternité lancinante. Tout comme sa raison, les souvenirs s'estompaient, perdus dans une brume sinistre et douloureuse. Bientôt, il ne se souviendrait même plus de son nom.

Une faim perpétuelle dévorait ses entrailles, car le tube d'alimentation implanté dans son estomac ne distillait les nutriments qu'avec parcimonie. Certes, il vivait ; mais chaque instant était un supplice. Il s'était longtemps cru doté d'une résolution inaltérable : quelle naïveté ! La souffrance peut éroder la volonté la plus trempée ; tôt ou tard, la dignité d'un homme s'effondre sous le poids des tourments. Il avait tenu longtemps. Mais en fin de compte, il avait cédé, comme bien d'autres avant lui. Ses lamentations avaient alors résonné entre les murs de pierre. Hélas, les gémissements n'avaient eu aucune prise sur la détermination de ses geôliers. Anéantie, son âme s'était depuis lors réfugiée dans le mutisme.

Un nouveau cliquetis se fit entendre. La porte s'ouvrit en grinçant, libérant un rai de lumière sur le visage tuméfié du prisonnier. Par réflexe, celui-ci voulut rabattre un bras devant ses yeux. Aucune réaction : ses membres avaient été amputés depuis bien longtemps. Avec une cruauté experte, ses bourreaux l'avaient dépecé, comme on découpe une pièce de viande. Ils avaient commencé par les premières phalanges, cautérisant les plaies au feu ; puis, séance après séance, les mains, les pieds, les bras, les jambes lui avaient été retirés, jusqu'à ce qu'il ne restât plus de lui qu'un tronc, maintenu en place par des lanières de cuir tellement serrées qu'elles mordaient sa chair.

Une silhouette colossale se détachait sur le fond lumineux. Peu à peu, les yeux du supplicié s'habituèrent à la clarté et reconnurent le visiteur. Le chapelain-investigateur Asmodaï. Une simple robe blanche couvrait son armure de jais, ne laissant apparaître qu'un masque terrifiant sous la capuche.

Le géant s'approcha du prisonnier, chacun de ses pas ébranlant le sol. Son respirateur émit une voix glaciale tandis qu'il se penchait au-dessus de sa victime.


- Inquisiteur Teufelgarten, je suis porteur de mauvaises nouvelles.

Allons bon, quelle surprise. Aucune bonne nouvelle ne lui avait été annoncée depuis sa capture.

- Frère Pertinax a achevé sa mission sur Terra, reprit Asmodaï. Il est parvenu à convaincre l'Inquisition de renoncer à toute représaille contre le Chapitre. Je crains que vos supérieurs ne vous aient abandonné.

Teufelgarten ne répondit pas. Implacable, l'Astartes poursuivit son monologue.

- Vos amis ont échoué, Teufelgarten. Ysabel de Fennakad est en fuite, tandis que les autres membres de votre petit groupe se livrent à des guerres d'influence fratricides. Mieux : je viens d'apprendre que l'Inquisiteur Philistin avait été sauvagement assassiné. C'était l'un de vos plus fidèles amis, je crois.

Ignorant sa mâchoire fracturée, Teufelgarten serra les dents pour contenir sa frustration. Philistin, mort ? Ysabel, en fuite ? Il avait secrètement entretenu l'espoir que ses disciples le délivreraient. Ou, à défaut, qu'ils le vengeraient. Leur échec signifiait la perte de tout espoir. Et l'anéantissement de décennies de travail. Dire qu'il avait été si près du but !

Une larme coula sur la joue desséchée de l'Inquisiteur. Visiblement satisfait, Asmodaï se redressa et se dirigea vers la porte d'un pas lourd.


- Attendez, croassa Teufelgarten.

Le chapelain-investigateur se figea. Lentement, il tourna la tête vers l'homme-tronc.


- Vous avez gagné, Asmodaï, reprit l'Inquisiteur d'une voix faible. Je suis vaincu. Je n'ai plus rien, ni honneur, ni but, ni amis, ni espoir. Je ne suis plus qu'une carcasse vide aux limites de la folie, et je doute que vous puissiez encore tirer quelque amusement de moi. A quoi bon poursuivre tout ceci ? Finissons-en. Tuez-moi.

Les mains sur les hanches, Asmodaï secoua la tête. N'eût été le masque noir, il aurait paru sincèrement attristé.

- Teufelgarten, vous ne comprenez pas. Je ne prends aucun plaisir à vous apporter des tourments sans fin. Il s'agit là de mon rôle, de mon devoir envers le Chapitre, et mes sentiments personnels n'entrent pas en ligne de compte. Nous autres Dark Angels estimons que les pécheurs doivent être châtiés. Il s'agit de justice, non de vengeance. Vous avez commis un grand crime, Teufelgarten, et pour atteindre la rédemption, vous devrez expier vos fautes pour l'éternité.

L'Inquisiteur poussa un cri de rage et de désespoir, qui se conclut bien vite par une quinte de toux sanglante. Des larmes amères ruisselaient sur son visage.

Lentement, Asmodaï quitta la pièce et referma la lourde porte. Le Dark Angel fit coulisser les verrous et se dirigea vers la cellule suivante.




FIN

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27 juillet 2010 2 27 /07 /juillet /2010 09:54

Tapi dans la fraîcheur du soir, le Thunderhawk attendait paisiblement son heure. Au-dessus de la rampe frontale abaissée, la pâle lueur des affichages irradiait de la verrière blindée comme un halo fantomatique ; enveloppés de volutes de fumée, les moteurs du monstre ne laissaient échapper qu'un discret sifflement de turbines.

Pertinax attendait, lui aussi. Debout devant la plate-forme, immobile, le Grand Maître observait la scène en silence. Le hangar était ceint de hautes cloisons de plastacier, mais les antennes et les tours de défense n'en étaient pas moins visibles au-delà de ces parois symboliques. Tout autour de lui, dans d'innombrables hangars en tous points similaires, Pertinax pouvait imaginer l'activité grouillante de l'astroport : d'innombrables dockers, serviles, chargeant et déchargeant les chaloupes de transport ; les équipages s'activant autour de leur appareil pour en vérifier le bon fonctionnement ; des passagers de haut rang embarquant à destination de quelque monde éloigné. Il n'en résultait pourtant qu'un vague bruit de fond, tout juste interrompu de temps à autre par le décollage d'un vaisseau ou le rugissement éphémère d'une patrouille de chasse dans le lointain.

Le Dark Angel effleura pensivement la crosse de ses Sunfury. Soigneusement rangés dans leurs étuis de cuir, les deux pistolets étaient à peine perceptibles, mais Pertinax se félicitait de leur retour comme de celui d'un être cher longtemps disparu.

Une silhouette apparut soudain dans l'encadrement de la porte. Vêtue d'une robe ample à large capuche, elle jeta un coup d'oeil furtif de gauche et de droite avant de s'aventurer dans le hangar. Pertinax la regarda s'approcher sans mot dire.


- Votre appareil est-il prêt à décoller ? demanda Mantis.

Le Grand Maître ne répondit pas. Il avait ses propres questions.


- Et Fennakad ?

- Hors d'état de nuire. Après une telle humiliation, elle ne pouvait connaître que la disgrâce... ou l'exil. La révolte gronde au sein même de sa faction ; beaucoup de ses anciens amis la considèrent comme responsable de leur échec et comptent bien l'évincer définitivement. Aux dernières nouvelles, elle aurait déjà quitté Terra.

- Les partisans de Teufelgarten ne risquent-ils pas de se doter d'un nouveau meneur et de reprendre leur croisade de plus belle ?

- Non, il est peu probable qu'ils puissent se relever d'un coup pareil. Le vote du Concile était sans équivoque : pour moi, l'Inquisition a clairement affiché son soutien aux Dark Angels. Revenir sur cette décision serait se dédire. Par ailleurs, le groupuscule fondé par Teufelgarten ne survivra certainement pas aux conflits internes qui le déchirent.

- Bien. Le Chapitre est donc à l'abri pour quelques siècles.

- En effet. Je crois avoir rempli ma part du contrat.

Les deux hommes se regardèrent en silence.

- Avez-vous fait le nécessaire ? s'enquit Pertinax.

- Oui. J'ai confié des lettres à mes plus fidèles assistants, avec pour consigne de ne pas les transmettre aux Ordos avant trois jours. Ainsi, lorsque la vérité éclatera, nous serons déjà loin. Et bien évidemment, nul ne sait que je pars avec vous.

Mantis esquissa un sourire. Un sourire franc et sincère, dénué de la mélancolie si coutumière au vieil homme.

- Je vous suis, mon ami, lança-t-il avec entrain. En route pour le Roc !

A cet instant, plusieurs dizaines d'hommes en armes se ruèrent à travers la porte du hangar dans un grand bruit de bottes. Leur livrée rouge et noire ne laissait aucun doute quant à leur allégeance : par escouades entières, les troupes inquisitoriales prenaient possession des lieux.

- Emparez-vous de cet homme, ordonna Pertinax.

Deux soldats encadrèrent solidement Mantis, se saisissant de ses bras pour l'empêcher de dégainer son pistolet d'ordonnance. Dans le même temps, d'autres gardes pointaient leurs fusils sur le vieillard de façon menaçante. Stupéfait, l'Inquisiteur restait bouche bée : plus encore que la surprise, son visage reflétait l'incompréhension.

Le gros de la troupe s'écarta, ouvrant le passage à un nouvel arrivant. A en juger par la déférence que lui témoignaient les soldats de choc, il devait commander le détachement. L'absence d'uniforme le désignait comme un représentant des Ordos plutôt que comme un officier. Pourtant, il paraissait trop jeune pour bénéficier du titre d'Inquisiteur.


- Emmenez-le.

- A vos ordres, Messire Mazen.

Les troupes obéirent sans sourciller, traînant le vieillard vers la sortie. Mantis voulut se débattre, mais ses gardiens le bousculèrent sans ménagement ; Mantis parvint néanmoins à tourner la tête vers le Dark Angel.

- Pertinax, vous n'êtes qu'un traître ! Un lâche et un traître !

Mazen gratifia le prisonnier d'un sourire satisfait tandis que les troupes inquisitoriales l'emmenaient au-dehors.

- Ce vil hérétique connaîtra bientôt un sort pire que la mort.

- Vous avez donc mis la main sur ses lettres ? demanda Pertinax.

- A l'heure où nous parlons, les appartements de Mantis sont soumis à une fouille approfondie. Avec ces preuves, sa condamnation ne sera qu'une formalité. Evidemment, ses suivants seront soumis à la Question et exécutés, eux aussi.

Mazen se retourna vers le Grand Maître. Il exultait.

- Avec l'arrestation de ce misérable, ma promotion au rang d'Inquisiteur ne fait plus aucun doute. Merci pour votre aide, Pertinax. De toute évidence, je vous avais mal jugé.

- Ce fut un plaisir, mentit l'officier.

L'adepte hocha la tête avec emphase et emboîta le pas à ses hommes. Pertinax fit volte-face, se dirigeant vers le Thunderhawk d'un air décidé.

Le Dark Angel fit signe au pilote et s'engagea sur la rampe ; une note sifflante s'éleva en un puissant crescendo tandis que les moteurs étaient mis à feu. Puis, alors que Pertinax agrippait l'échelle et se hissait vigoureusement à l'étage supérieur, de puissants vérins scellèrent la porte avant.

Le pilote et le copilote saluèrent brièvement l'arrivée du Grand Maître dans le cockpit avant de se retourner vers la verrière. L'appareil entamait déjà son ascension vertigineuse, fonçant à travers la couverture nuageuse comme une flèche d'acier. Pensif, Pertinax s'assit à la place du radio-navigateur.

Azrael serait content. Les Dark Angels étaient lavés de tout soupçon ; les ennemis du Chapitre au sein de l'Inquisition étaient réduits à l'impuissance. Oui, Azrael avait raison : la réputation de la IIIe Unité d'Assaut Planétaire avait constitué un atout de poids pour emporter l'adhésion finale du Concile. Quant à ce jeune imbécile de Mazen, qui aurait pu chercher à se venger de Pertinax, il n'éprouvait plus désormais que de la gratitude envers son ennemi d'hier.

Curieusement, les pensées du Grand Maître revinrent à Mantis. Pertinax en fut irrité : l'Inquisiteur n'avait que ce qu'il méritait. Comment avait-il pu croire que les Dark Angels se laisseraient acheter de la sorte ? Certes, l'aide du vieillard s'était avérée précieuse, mais l'homme n'avait agi que par intérêt. Le Grand Maître avait suivi la voie de la raison : accueillir Mantis sur le Roc aurait pu attirer les foudres de Terra sur les Impardonnés ; tandis qu'en le dénonçant, Pertinax dissipait les derniers doutes de l'Inquisition à son égard et créait une diversion fort à propos. De toute façon, la théorie scandaleuse de Mantis le désignait comme un hérétique et un traître à l'Imperium. Le laisser vivre aurait été le plus inqualifiable des crimes.

Les nuages se dissipèrent peu à peu tandis que le Thunderhawk s'extirpait des hautes couches de l'atmosphère. La voûte céleste fit son apparition, constellée d'étoiles et de vaisseaux en orbite. Le Thunderhawk infléchit sa trajectoire, virant droit sur un croiseur qui l'attendait au-delà de l'horizon.

Un doute effrayant se fit jour dans l'esprit de Pertinax : et si Mantis avait raison ? Si l'Empereur était bel et bien mort ? L'Humanité serait alors orpheline, perdue à jamais dans la vénération d'un cadavre sans âme. Abandonnée à elle-même, condamnée à une stagnation éternelle, elle poursuivrait une course sans but et sans espoir.

Le regard de Pertinax se perdit dans les étoiles. Une vision habituellement réconfortante : le Dark Angel les avait toujours perçues comme un vaste territoire à conquérir, comme une promesse d'honneur et de gloire au service de l'Empereur. Pour la première fois, il les découvrait effrayantes et glaciales. L'Humanité avançait dans le noir, inconsciente des dangers qui la guettaient.

Malgré tous ses efforts, Pertinax se sentit gagné par une sombre angoisse.


A suivre...

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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 09:50

Et voilà un projet achevé !

 

Le Kampfgruppe Liebe est désormais paré au combat ! Après un an de travail pour compléter et peindre l'ensemble de l'armée, ses diverses composantes sont enfin achevées. Je vais donc vous les présenter par le menu.

 

L'idée de base était de monter une armée standard à 5000pts avec un schéma unique. Mais petit à petit, je me suis aperçu que j'avais envie de rajouter telle ou telle pièce, comme un Jagdpanther, et cela ne cadrait plus vraiment avec une seule structure d'armée. Aussi le concept a-t-il légèrement évolué : partant d'une structure de base comme un peloton dont l'équipement ne changerait plus, j'ajouterais au besoin de la partie une unité ou l'autre, conçue elle aussi comme étant définitivement équipée de telle façon. Par exemple : un peloton de Panzergrenadier pour tant de points, avec un Jagdpanther pour tant de point et un Sdkfz 251/2 pour tant de points. Sachant que le "tant de points" ne varie pas d'un schéma d'armée à l'autre.

 

Aussi vous présenterais-je l'ensemble de la troupe. Ce rassemblement permet de composer plusieurs armées différentes afin de l'adapter aux missions et au nombre de points de la partie. Afin sans doute de donner plus de souplesse à l'ensemble, j'envisage d'acheter et de peindre un peloton de Fallshirmjägers et d'ajouter deux pièces que je possède dors et déjà : un Tigre 1 et un canon de 88.

 

Après quoi, ce sera le tour des Américains, puis de mes petits paras anglais !

 

A présent, les photos :

 

Photo 074

Voilà l'ensemble du Kampfgruppe Liebe achevé. Il est composé de la façon suivante (entre parenthèses, les points d'option qu'utilise l'option choisit):

  • Peloton Panzergrenadier (Standard)
    • Groupe de commandement (Sdkfz 250/3)
    • 3 Escouades de Panzergrenadier
    • 1 Kettenkrad
    • 1 Sdkfz 251/9
  • Peloton mortier motorisé (1)
    • 1 Sdkfz 251/2
  • Peloton de Pionniers (1)
    • 1 Section mécanisée (Sdkfz 251/7)
  • Peloton de chars moyen (2)
    • 1 Panther
  • Peloton de chasseurs de chars (2)
    • 1 Jagdpanther
  • Peloton de canons d'assaut (2)
    • 1 Stug IV C

Un gros plan détaillant un peu les Panzergrenadiers :

Photo 075

 

Le QG du peloton Panzergrenadier, avec le Lieutenant Kellermann au centre :

Photo 077

 

La première escouade de Panzergrenadiers

Photo 076

 

La troisième escouade de panzergrenadiers :

Photo 082

 

La deuxième escouade de Panzergrenadiers :

Photo 081

 

La kettenkrad, petit véhicule rigolo !

Photo 078

 

L'escouade de Pionniers :

Photo 079

 

Une photo plus nette :

Photo 080

 

Une photo malheureusement un peu floue "détaillant" le StuG IV e le Sdkfz 251/9

Photo 084

 

Une photo de détail du Jagdpanther, du Sdkfz 251/2 et du Panther du haut duquel domine, fier comme un turc (si je puis dire), Kurt Liebe, le commandant en chef !

Photo 085

 

Et une photo de travers pour donner un autre angle de vue :

Photo 086

 

Voici à présent la liste détaillée du contigent :

 

 

Kampfgruppe Liebe

 

Peloton Panzergrenadier (Standard) (2000pts)

 

  • Groupe de commandement (RP3; entraînement 3+) : 320pts

  •  
    • 1 Lieutenant (leader) armé d'une MP40 et d'un pistolet Luger

    • 1 Second Lieutenant (leader) armé d'une MP40

    • 1 Panzergrenadier armé d'un pistolet P38 Walther et d'un Panzerschreck

    • 2 Panzergrenadiers armés d'un fusil G43 (estafettes)

    • Tous sont équipés de grenades StG39

    • L'unité est embarqué dans un Sdkfz 250/3

 

  • Escouade de Panzergrenadiers A (RP4; entraînement 3+) 490pts

    • 1 Sergent (leader) armé d'une MP40

    • 1 Caporal (leader) armé d'une MP40

    • 2 Panzergrenadiers armés d'un pistolet P38 et d'une mitrailleuse légère MG34

    • 1 Panzergrenadier armé d'un pistolet P38 et d'un Panzerschreck

    • 5 Panzergrenadiers armés d'un fusil Kar98K

    • 1 Panzergrenadier armé d'un fusil Kar98K et d'un Panzerfaust

    • Toute l'unité est équipée de grenades StG39

    • L'unité est embarquée dans un Sdkfz 251/1

 

  • Escouade de Panzergrenadiers B (RP4; entraînement 3+) 500pts

    • 1 Sergent (leader) armé d'une MP40

    • 1 Caporal (leader) armé d'une MP40

    • 2 Panzergrenadiers armés d'un pistolet P38 et d'une mitrailleuse légère MG34

    • 5 Panzergrenadiers armés d'un fusil Kar98K

    • 2 Panzergrenadier armé d'un fusil d'assaut Stg44 et d'un Panzerfaust

    • Toute l'unité est équipée de grenades StG39

    • L'unité est embarquée dans un Sdkfz 251/1

 

  • Escouade de Panzergrenadiers C (RP4; entraînement 3+) 400pts

    • 1 Sergent (leader) armé d'une MP40

    • 1 Caporal (leader) armé d'une MP40

    • 2 Panzergrenadiers armés d'un pistolet P38 et d'une mitrailleuse légère MG42

    • 6 Panzergrenadiers armés d'un fusil G43

    • 1 Panzergrenadier armé d'un fusil G43 et d'un Panzerfaust

    • Toute l'unité est équipée de grenades StG39

    • L'unité est embarquée dans un camion Opel-Blitz

 

  • Sdkfz 2 Kettenkrad (moto) (RP1; entraînement 3+) 70pts

    • arme principale : aucune

    • Equipage : 1 panzergrenadier (conducteur) et 1 panzergrenadier (estafette), équipés d'une MP40 et de grenades StG39

    • Rôles : conducteur, troupe

    • Caractéristiques : profil bas, véhicule découvert

    • note : mouvement lent =25cm, assaut=35cm, rapide=45cm

 

  • Sdkfz 251/9 (semi-chenillé) (RP1; entraînement 3+) 320pts

    • Arme principale : (haut de caisse) canon moyen KwK37 75mm (L24) avec mitrailleuse MG34 coaxiale

    • Arme secondaire : aucune

    • Equipage : 2 hommes et un lieutenant (leader), armé d'un MP40

    • Rôles : Commandant/assistant, artilleur, conducteur/opérateur radio

    • Caractéristiques : Support d'arme (MG34), canon court (arme principale), véhicule découvert, arme de caisse, opérateur radio

 

Donne acces à 4pts d'options

 

Peloton de chars moyens (Standard) (1300pts)

 

  • Sdkfz 171 Panther (char moyen) (RP1, entraînement 3+) : 1300pts

    • Arme principale : (tourelle) canon moyen KwK42 75mm (L70) avec MG34 coaxiale

    • Arme secondaire : (bas de caisse) mitrailleuse légère MG34 sur support d'arme

      •  
        •  
          •  

            (tourellot) mitrailleuse MG 34 sur support d'arme AA

    • Equipage : 4 hommes et 1 Lieutenant (leader) armé de MP40

    • Rôles : Commander/mitrailleur AA (exposé), mitrailleur/opérateur radio, artilleur, assistant, conducteur

    • Caractéristiques : arme coaxiale (MG34), tube extra-long (arme principale), blindage lourd, opérateur radio, radio longue portée, support d'armes (MG34), shurzen, camouflage d'embuscade.

 

Donne acces à 2pts d'options

 

Peloton de canons d'assaut (2) (900pts)

 

  • Sdkfz 142 StuG IV auf C (char moyen) (RP1, entraînement 3+) : 900pts

    • Arme principale : (bas de caisse) canon moyen de 75mm Stuk 40 (L48)

    • Arme secondaire : (affut supérieur) mitrailleuse légère MG34 sur support

    • Equipage : 3 hommes et 1 sergent (leader) armés de MP40

    • Rôles : Commandant/mitrailleur AA (exposé), artilleur, assistant, conducteur/opérateur radio

    • Caractéristiques : arme de caisse (arme principale), profil bas, tube long (arme principale), opérateur radio, canon auto-moteur (assaut), support d'arme, shurzen, camouflage d'embuscade, blindage moyen

 

 

Peloton de Pionniers (1) (490pts)

 

  • Escouade de Pionniers (RP4, entraînement 3+) 490pts

    • 1 Sergent (leader) armé d'une MP40

    • 1 Caporal (leader) armé d'une MP40

    • 2 Pionniers armés d'un MP40

    • 1 Pionnier armé d'un MP40 et équipé d'une satchel charge

    • 1 Pionnier armé d'un Lance-flamme léger

    • 2 Pionnier armé d'un STG44, de Handgranate 43 et d'un Panzerfaust

    • Toute l'unité est équipée de grenades StG39

    • L'unité est embarquée dans un Sdkfz 251/7

 

 

Peloton de mortiers motorises (1) (280pts)

 

  • Sdkfz 251/2 (semi-chenillé) (RP1; entraînement 3+) 280pts

    • Arme principale : mortier moyen GrW34 80mm (peut tirer du véhicule sans débarquer)

    • Arme secondaire : aucune

    • Equipage : 7 hommes et 1 sergent (leader), armés de MP40

    • Rôles : Commandant, opérateur radio, conducteur, troupes, artilleur du mortier, 2 assistants

    • Caractéristiques : tir indirect obligatoire (mortier) avec portée min. 30cm, opérateur radio, véhicule découvert

 

Peloton de chasseurs de tanks (2) (1250pts)

 

  • Sdkfz 173 Jagdpanther (char moyen) (RP1; entraînement 3+) 1250pts

    • Arme principale : (haut de caisse) canon lourd PaK 43/3 88mm (L71)

    • Arme secondaire : (haut de caisse) mitrailleuse légère MG34 sur support d'arme

    • Equipage : 4 hommes et 1 sergent (leader) armés de MP40

    • Rôles : Commandant, mitrailleur/opérateur radio, conducteur, artilleur, assistant

    • Caractéristiques : arme de caisse (armes principale et secondaire), tube extra-long (arme principale), blindage lourd, opérateur radio, canon auto-moteur (assaut), support d'arme (MG34), shurzen, zimmerit, camouflage d'embuscade

 

Peloton de chars lourds (2) (1610pts)

 

  • Sdkfz 181 Tiger (char lourd) (RP1; entraînement 2+) 1610pts

    • Arme principale : (tourelle) canon lourd KwK36 88mm (L56) avec MG34 coaxiale

    • Arme secondaire : (bas de caisse) mitrailleuse légère MG34 sur support d'arme

      •  
        •  
          •  

            (tourellot) mitrailleuse légère MG34 sur support d'arme AA

    • Equipage : 4 hommes et 1 Lieutenant armés de MP40

    • Rôles : Commandant/mitrailleur AA (exposé), mitrailleur/opérateur radio, artilleur, assistant, conducteur

    • Caractéristiques : arme coaxiale (MG34), tube long (arme principale), blindage lourd, opérateur radio, radio longue portée, support d'arme, tourelle lente, camouflage d'embuscade

 

Section anti-aerienne (1) (540pts)

 

  • Flak 36 (artillerie) (RP3; entraînement 4+) 540pts

    • 1 sergent (leader) armé d'une MP40

    • 1 homme armé d'un pistolet P38 et du canon lourd Flak 36 88mm

    • 1 homme armé d'un pistolet P38

    • 3 hommes armés d'un fusil Kar98K

    • Tous sont équipés de grenades StG39

    • Caractéristiques : tube long (Flak 36), anti-aérien, bouclier, servant de canon

    • L'unité est embarquée dans un tracteur Sdkfz 7

 

Vehicules de transport et tracteurs

 

 

  • Sdkfz 250/3 (semi-chenillé)

    • Arme principale : (haut de caisse) mitrailleuse légère MG34 sur support d'arme

    • Equipage : unité transportée

    • Rôles : mitrailleur (exposé), conducteur/opérateur radio, troupe

    • Caractéristiques : Opérateur radio, radio à longue portée, transport de troupe (6), véhicule découvert

 

  • Sdkfz 251/1 (semi-chenillé)

    • Arme principale : (haut de caisse) mitrailleuse légère MG34 sur support d'arme

    • Equipage : unité transportée

    • Rôles : mitrailleur (exposé), conducteur/opérateur radio, troupe

    • Caractéristiques : opérateur radio, transport de troupe (12), véhicule découvert

 

  • Sdkfz 251/7 (semi-chenillé)

    • Arme principale : mitrailleuse légère MG34 sur support d'arme

    • Equipage : unité transportée

    • Rôles : mitrailleur (exposé), conducteur/opérateur radio, troupe

    • Caractéristiques : opérateur radio, transport de troupe (8), véhicule découvert

 

  • Opel Blitz (camion)

    • Arme principale : aucune

    • Equipage : unité transportée

    • Rôles : conducteur, troupe

    • Caractéristiques : transport de troupe (13), véhicule découvert

 

  • Sdkfz 7 (camion)

    • Arme principale : aucune

    • Equipage : unité transportée

    • Rôles : conducteur, troupe

    • Caractéristiques : Transport de troupe (12), véhicule découvert

    • note : bouge comme un semi-chenillé. Les unités à l'intérieur bénéficient d'un couvert moyen et non léger

 

-MFT-

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19 juin 2010 6 19 /06 /juin /2010 11:47

- Mes très chers frères, mes très chers soeurs, soyez les bienvenus en ce second jour du Concile de la Très Sainte Inquisition.

Comme si ces mots avaient marqué la fin des réjouissances préliminaires, les derniers Inquisiteurs encore debout daignèrent enfin gagner leurs sièges attitrés et s'asseoir. Pour autant, ce signal convenu ne parvint pas à les discipliner tout à fait, et la plupart des membres de l'assistance poursuivirent leur conversation sans même baisser la voix.

Imperturbable, le maître de cérémonie continuait à parler comme si de rien n'était. Magnifiée par des vocaliseurs argentés, sa voix suave se répercutait dans l'amphithéâtre avec une douceur tonitruante qui ne parvenait qu'à grand-peine à dominer le brouhaha ambiant.


- Mes amis, nous devons hélas déplorer la perte de notre révéré confrère, l'Inquisiteur Teufelgarten, porté disparu tandis qu'il menait une investigation pour le compte de l'Ordo Hereticus. Nous le pleurerons longtemps et amèrement, mais dans notre peine infinie, nous trouverons néanmoins un réconfort dans la certitude que sa loyauté et sa détermination lui auront valu une place amplement méritée à la droite du Saint Empereur de l'Humanité.

Un silence respectueux s'était abattu sur le grand amphithéâtre. Si les Inquisiteurs se souciaient comme d'une guigne du devenir d'un monde reculé ou de l'agonie d'une civilisation lointaine, la mort d'un des leurs les touchait bien plus durement. Que leur propre sécurité puisse être menacée leur apparaissait comme un véritable sacrilège.

L'espace d'un instant, le visage inflexible de l'orateur fut éclairé par un léger sourire tandis qu'il savourait ce petit triomphe : capter l'attention d'un auditoire aussi difficile n'était pas une mince affaire et pouvait s'apprécier à sa juste valeur. Mais le devoir était appelé à prendre le dessus, aussi le maître de cérémonie poursuivit-il son discours sans plus attendre.


- L'Inquisiteur Teufelgarten était en tournée d'inspection sur le Roc, la forteresse spatiale mobile du Chapitre des Dark Angels. Nous avons reçu un message signalant son arrivée sur place, puis plus rien.

Tous les regards convergèrent vers l'Astartes en armure de sinople et d'or qui se tenait au premier rang.

- Par un hasard extraordinaire et providentiel, un officier Dark Angel de haut rang est actuellement en pèlerinage sur Terra. Il a accepté notre invitation amicale et pourra peut-être nous apporter quelques éclaircissements à ce sujet. Grand Maître Caius Pertinax, la parole est à vous.

Pertinax se leva et salua l'orateur d'un léger hochement de tête. Tirant parti des leçons de la veille, le Grand Maître avait gardé son heaume ; l'assistance pourrait le prendre comme un affront ou un déni de reconnaissance, mais Pertinax n'en avait cure.

- L'Inquisiteur Teufelgarten et sa suite se sont en effet présentés au Roc pour y procéder à une inspection des plus ordinaires. Bien entendu, nous avons accueilli ce digne représentant de la Très Sainte Inquisition avec les égards et le respect dus à un personnage de son rang, et toutes nos portes se sont ouvertes à sa demande. Au cours de sa visite, le Seigneur Teufelgarten a pu constater que le Chapitre des Dark Angels disposait de forces militaires considérables, et notamment d'une flotte de guerre particulièrement puissante qui lui confère une totale liberté de mouvement. Il a également pu vérifier que le Roc était non seulement mobile, mais aussi inexpugnable.

Pertinax marqua une pause pour s'assurer que l'Inquisition avait bien perçu la menace voilée qui exsudait de ses propos. Non seulement il rappelait à l'Inquisition que le Chapitre jouait un rôle de premier plan dans la défense d'un Imperium assiégé de toutes parts, mais de plus il laissait entendre que toute velléité de purge se heurterait à une vive résistance armée.

Les murmures reprirent dans l'assistance, ponctués par quelques grognements désapprobateurs. Sans laisser rien paraître de sa satisfaction, Pertinax reprit.


- Au terme des trois jours prévus pour son inspection, l'Inquisiteur Teufelgarten a souhaité prendre congé à bord de son vaisseau personnel. Or, les hangars et les arsenaux du Roc sont enfouis au plus profond d'une cavité creusée dans la roche afin de les protéger contre tout bombardement ; entrée comme sortie nécessitent une navigation extrêmement précise au travers des tunnels d'accès. Il s'agit là d'un exercice des plus périlleux, même pour les pilotes hautement qualifiés de la Très Sainte Inquisition. Comme l'appareil du Seigneur Teufelgarten avait déjà frôlé la collision lors de son arrivée au Roc, nous avons proposé de le faire accompagner par un serviteur de navigation aguerri à cette manoeuvre difficile. Hélas, il a refusé. Et à notre grand chagrin, le vaisseau inquisitorial s'est écrasé contre une paroi.

Les murmures s'amplifièrent, cependant que les grognements se muaient en cris de protestation. Certains Inquisiteurs n'accordaient aucune foi à la version de Pertinax et le faisaient bruyamment savoir. Le maître de cérémonie dut hausser la voix pour dominer la révolte naissante de l'amphithéâtre survolté.

- Ainsi donc, notre confrère et ami a péri dans un tragique accident. Voilà qui répond à nos interrogations et clôt le débat.

Mais tous ne l'entendaient pas de cette oreille. Un Inquisiteur d'âge mur, entièrement vêtu de pourpre et de gris, se leva soudainement pour s'arroger la parole.

- Messire Pertinax, vous nous dites que Teufelgarten menait une simple inspection. Je crois pour ma part qu'il se livrait à une enquête bien plus spécifique. Et que sa disparition, loin d'être accidentelle, l'a empêché de nous livrer des vérités fort compromettantes pour votre Chapitre.

Pertinax répondit sans se retourner.

- Si j'en crois le message par lequel l'Inquisiteur Teufelgarten nous a avisés de son arrivée, sa venue était bel et bien motivée par une simple inspection. Voulez-vous dire qu'il nous aurait sciemment caché ses véritables intentions ? J'ai peine à croire qu'un homme aussi intègre et aussi droit qu'un Inquisiteur puisse recourir à la tromperie.

- Personne ne pratique mieux la tromperie que vous autres Dark Angels. Votre histoire est jalonnée de zones d'ombres, et vous couvrez chacune de vos actions d'une chape de silence pour mieux dissimuler vos agissements.

- La discrétion nous est imposée par des nécessités militaires. Il serait malséant d'exposer la stratégie de l'Empereur aux ennemis de l'Humanité.

Un second Inquisiteur se leva. Très âgé, tout couturé de cicatrices, il faisait figure de vétéran et avait de toute évidence une solide expérience des batailles.

- Les autres forces armées de l'Imperium seraient-elles à classer parmi les ennemis de l'Humanité ? A de nombreuses occasions, vos troupes se sont détournées de l'objectif commun assigné par le Haut Commandement Impérial pour suivre des objectifs propres et pour le moins mystérieux. Sur Kossell, plusieurs milliers de braves ont péri lors de la contre-offensive des rebelles, parce qu'ils avaient été abandonnés par les Dark Angels supposés les appuyer.

- Notre Chapitre reçoit ses ordres de l'Empereur et de Lui seul, aussi nos corps expéditionnaires ne collaborent-ils avec les autres unités que dans la mesure où cela est compatible avec leur propre mission. Cependant, lorsque les circonstances l'exigent, nous pouvons placer des troupes sous la juridiction directe du Haut Commandement Impérial. Il en est ainsi de la IIIe Unité d'Assaut Planétaire que j'ai l'honneur et le privilège de commander.

Des hochements de tête épars marquèrent l'approbation de quelques spectateurs. Azrael avait raison : les campagnes de Pertinax et de la IIIe leur avaient valu une bonne réputation auprès des instances militaires de Terra. Mais il en fallait plus pour désarçonner le vieil Inquisiteur, qui répondit du tac au tac.

- Vous êtes prompt à vanter les mérites de votre IIIe Unité d'Assaut Planétaire, mais vous n'êtes pas exempt de critiques, messire Pertinax. Ainsi, lors de la conquête de T'au Phal'ab, vous n'avez pas hésité à lancer une offensive contre vos alliés et à détruire la totalité d'une compagnie du XXIe Steel Dragons, une unité d'élite de la Garde Impériale.

- Le régiment auquel vous faites allusion avait fraternisé avec les infâmes Tau et menaçait de mettre ses blindés lourds au service de ses nouveaux maîtres xenos. Comme le Haut Commandement hésitait à ordonner l'ouverture du feu, j'ai pris l'initiative d'éliminer ces traîtres avant que leur exemple n'incite d'autres soldats impériaux à prendre fait et cause pour l'ennemi. T'au Ph'alab est tombée quelques semaines plus tard.

- Le problème tient moins du fond que de la forme : vous avez mené cette attaque de votre propre chef, sans même en aviser le Haut Commandement Impérial. Et il ne s'agit pas d'un phénomène isolé : les Dark Angels ont élevé cette détestable pratique au rang de coutume. Que vous deviez répondre à vos propres ordres est une chose ; que vous entreteniez un tel secret autour de vos actions en est une autre.

- Nous n'avons aucun secret pour la Très Sainte Inquisition. Nos archivistes consignent chacune de nos campagnes dans leurs registres, et tout Inquisiteur dûment mandaté pourra librement consulter ces documents sur le Roc.

- A moins qu'il ne disparaisse en chemin, bien sûr.

- Je suis persuadé que la Très Sainte Inquisition sera dorénavant très vigilante quant au choix de ses navigateurs. Tout risque d'accident sera ainsi écarté.

Comme son confrère ne répondait pas, le premier contradicteur de Pertinax reprit la parole.

- Et moi, je persiste à dire que les Dark Angels nous cachent bien des choses. Votre manie du secret vous pousse à commettre les actes les plus criminels. Pourquoi ? Quels sombres activités dissimulez-vous à votre Empereur ?

Cette fois-ci, Pertinax se retourna lentement et planta ses yeux dans ceux de l'Inquisiteur. Il haussa le ton, écrasant l'amphithéâtre sous le fracas de sa voix métallique.

- Mon Chapitre sert l'Empereur avec dévouement depuis plus de cent siècles. Comment osez-vous proférer de telles accusations sans preuves ?

L'homme découvrit les dents en un large sourire carnassier.

- Mais j'ai des preuves, messire Pertinax. Maître de la Foi Thargannis, du Chapitre des Black Templars, je vous cède la parole.



A suivre...

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17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 18:21

Avec un soupir de contentement, l'adepte Mazen porta le verre à ses lèvres. Il mit tous ses sens en éveil tandis que le liquide ambré coulait lentement au fond de sa gorge. Un parfum douçâtre, une sensation de brûlure fugace, et ce fut tout : en fin de compte, cet alcool avait un goût plutôt désagréable. Mais il coûtait une véritable fortune, ce qui suffisait largement à Mazen.

L'adepte reporta son attention sur la baie vitrée. De forme ogivale, encadrée de rideaux de soie, elle se dressait sur une hauteur invraisemblable, comme pour écraser les visiteurs de son gigantisme. Au-delà du verre blindé, des formes indistinctes se dessinaient dans la nuit et le brouillard ; de temps à autre, un éclair venait déchirer l'obscurité, découpant la silhouette des tours gothiques en ombres chinoises.

Oui, seconder un Inquisiteur présentait nombre de risques. Certains y laissaient leur vie ; d'autres échouaient, jugés incapables d'accéder à la magistrature suprême. Mais pour prix de ce travail ingrat, au bout d'un chemin difficile et semé d'embûches, il y avait le pouvoir. Le pouvoir ! Bientôt, Mazen serait un Inquisiteur à part entière ; bientôt, il pourrait disposer à loisir de la vie de quiconque et décider sur un caprice de vitrifier la surface d'un monde.

Le jeune homme s'autorisa un rire satisfait et balaya la pièce du regard. A vrai dire, il n'avait même pas besoin d'attendre : en l'absence de son maître, il héritait de toutes ses prérogatives et bénéficiait de tous ses privilèges, au premier rang desquels figurait cette suite luxueuse, nichée dans les flancs de la forteresse inquisitoriale.


- Monseigneur, veuillez pardonner mon intrusion. Vous avez un visiteur.

Mazen se retourna vers la lourde porte et fusilla le serviteur du regard.

- A cette heure-ci ? Renvoie-le d'où il vient. Et ne t'avise plus de me déranger, misérable larve, ou je te ferai exécuter.

- Bien, monseigneur.

Penaud, le majordome mécanisé sortit à reculons et referma la porte derrière lui. Mazen resta un instant stupéfait par l'audace du serviteur : l'interrompre en plein travail malgré des ordres explicites ! Si le petit personnel commençait à prendre ses aises, comment Mazen pourrait-il se consacrer efficacement à sa tâche ? Le jeune homme décida qu'il ferait remplacer le majordome dès le lendemain.

Mazen reposa le verre vide avant de se diriger vers la bibliothèque d'un pas nonchalant. Des centaines d'ouvrages s'étalaient sur les rayonnages de bois précieux : la collection personnelle de l'Inquisiteur Jovena était un véritable trésor en soi. Certains grimoires constituaient le dernier témoignage d'une culture ou d'un courant de pensée condamné aux flammes ; d'autres traitaient des sciences occultes et des mystères insondables de l'Empyrean ; mais tous présentaient une facette de l'hérésie, ce monstre protéiforme que la Très Sainte Inquisition se devait de combattre pour l'Eternité.

L'adepte tendit la main pour caresser la reliure patinée d'un traité de linguistique eldar. Un ouvrage rarissime, qui ne subsistait qu'à quelques exemplaires dans tout l'Imperium depuis qu'un édit inquisitorial l'avait désigné pour l'autodafé.

Mazen sursauta lorsque la porte s'ouvrit à nouveau. Excédé, il laissa libre cours à sa colère.


- Sombre crétin, je croyais avoir été cl...

Le jeune homme s'interrompit, stupéfait. Devant lui se dressait la silhouette immense d'un Astartes en armure.

- Caius Pertinax ? Que faites-vous là ?

Le Dark Angel referma doucement la porte.

- J'ai quelques questions à vous poser, Mazen.

L'adepte écarquilla les yeux.

- Des questions ? Et qui croyez-vous être pour me poser des questions ?

En guise de réponse, Pertinax plongea la main sous sa cape et exhiba un objet métallique fuselé.

- Je suppose que vous reconnaissez ceci ?

Mazen fonça les sourcils.

- Une matraque énergétique ? Comment osez-vous pénétrer ici avec une telle arme ? Je vais immédiatement alerter la...

- Sachez qu'il est très imprudent d'attenter à la vie d'un officier de l'Adeptus Astartes. Mon Chapitre n'appréciera guère vos manigances et les prendra comme une provocation.

- Quelles manigances ? Je ne vois pas de quoi vous parlez.

D'un pas lourd et déterminé, Pertinax avança vers Mazen, tout en activant la matraque qui se mit à bourdonner de façon inquiétante.

- Cette arme est rare, Mazen, très rare. En dépit de ses qualités, elle n'est utilisée que par l'Adeptus Arbites, car ses facultés non létales ne présentent que peu d'intérêt pour les militaires. Bien sûr, lorsque des Arbites sont tués en mission, il peut arriver qu'une matraque tombe entre les mains de la pègre, auquel cas elle prend rapidement une grande valeur marchande.

Mazen restait de glace. Les bras croisés, il dévisageait le Dark Angel sans se démonter. Pertinax vint se planter devant l'adepte et lui présenta la matraque.

- Mais cette arme-ci ne présente aucun marquage, poursuivit l'officier. Ni numéro de série, ni unité d'appartenance. Elle n'est jamais passée entre les mains de l'Adeptus Arbites. De toute évidence, elle a été prélevée directement dans les arsenaux généraux de Terra.

- Mais enfin, que signifie tout ceci ? De quoi parlez-vous donc, par l'Empereur ?

- Ne blasphémez pas.

Pertinax apposa doucement l'extrémité de l'arme contre la jambe de Mazen. La décharge d'électricité émit un claquement sec, et le jeune homme s'effondra dans un cri.

- Vous êtes complètement fou, Pertinax ! Vous venez de signer votre arrêt de mort !

Haletant, Mazen tentait de se relever. Mais sa jambe gauche restait engourdie ; de petits éclairs résiduels continuaient à danser le long de sa cuisse. Imperturbable, Pertinax poursuivit son raisonnement.

- Qui pouvait avoir accès aux stocks d'armes de l'Arbites ? Qui pouvait connaître avec précision l'organisation du Concile ? Qui pouvait vouloir capturer un Astartes et doter une fausse bande de voyous d'un armement particulièrement adapté à cette tâche ? Un membre de l'Ordo Hereticus. Tout vous désigne, Mazen.

- Vous croyez que j'aurais pu organiser un attentat contre vous ? Pourquoi aurais-je fait cela ?

- C'est justement ce que je souhaite savoir.

Mazen esquissa un sourire sans joie.

- Pertinax, je vous répète que je ne suis au courant de rien.

Sans un mot, le Grand Maître appliqua la matraque sur la nuque de son interlocuteur, qui fut instantanément foudroyé. Mazen chuta de tout son long, les membres agités de soubresauts.

Pertinax le saisit d'une seule main et le traîna vers la baie vitrée. Le jeune homme était tout à fait paralysé désormais ; ses membres pendaient lamentablement pour lui donner l'apparence d'une poupée de chiffon. Seuls les muscles de son visage répondaient encore à sa volonté. En l'occurrence, ils exprimaient la plus vive angoisse.


- Bon sang, Pertinax, qu'avez-vous l'intention de faire ?

Le Dark Angel ne répondit pas. D'un geste du poignet, il fit pivoter le verrou et libéra les battants de la fenêtre, qui s'ouvrit à la volée. Un vent furieux se précipita dans la pièce, soulevant la cape mutilée de l'Astartes et s'engouffrant dans les interminables rideaux de soie. L'étoffe sembla prendre vie, voletant furieusement dans la suite comme une paire de serpents rougeoyants.

Tenant son fardeau à bout de bras, Pertinax s'aventura sur le balcon. Tombant à point nommé pour saluer son apparition derrière la rambarde d'airain, la foudre illumina le ciel, soulignant l'aspect sinistre de son heaume par un terrifiant jeu de clairs-obscurs.

L'officier souleva Mazen et le jeta sans ménagement sur la rambarde. Le haut du corps pendait mollement à l'extérieur, les bras ballants, seulement retenu par le poids des jambes. En-dessous du balcon, les murs de la forteresse s'enfonçaient dans les ténèbres nuageuses. La surface grouillante de Terra n'était pas discernable, mais elle était bien là, tapie à une profondeur insondable.


- Je vous écoute, Mazen.

- Vous vous apprêtez à commettre un meurtre ! Tuez-moi, et vous connaîtrez les pires tortures avant de périr dans les affres de l'agonie !

- Il ne s'agira pas d'un meurtre, mais d'un suicide. La matraque énergétique neutralise les terminaisons nerveuses en saturant les synapses, mais elle ne laisse aucune séquelle : vous aurez malencontreusement glissé sur le balcon.

- Pertinax, pour la dernière fois : je ne peux pas vous dire ce que je ne sais pas !

Le Grand Maître fit basculer Mazen dans le vide, le rattrapant in extremis par la cheville. Le jeune homme poussa un cri d'horreur. Il se balançait au-dessus du néant.

- Ma patience a des limites, Mazen.

- Attendez, attendez !... Je crois deviner ce qui vous est arrivé. Je suis peut-être en mesure de vous éclairer sur certains points.

- Parlez.

- Et qui me dit que vous me laisserez la vie sauve ? Je ne suis pas stupide : dès que vous aurez entendu ce que j'ai à dire, vous me tuerez.

- C'est une éventualité probable, en effet. Mais si vous observez le silence, je vous tuerai de façon certaine.

- Sauf que si vous me tuez maintenant, vous ne saurez rien.

- Certes, mais ce ne serait pas pas dramatique. Ces informations ne revêtent aucun caractère vital à mes yeux ; je désire simplement satisfaire ma curiosité. En revanche, vous tuer me procurerait un certain plaisir.

Mazen hésita un court instant.

- Vous disposez d'arguments convaincants, Pertinax.

Le jeune adepte reprit son souffle avant de continuer. Gagné par le vertige, il parlait les yeux fermés.

- Je suppose que l'Inquisition cherche à recueillir autant d'informations que possible avant votre procès.

- Mon procès ? Ne suis-je pas ici en qualité d'invité ?

- Officiellement, si. C'est bien pour cela que vous ne pouviez pas être interrogé comme un simple manant. Il fallait sauver les apparences et recourir à des moyens détournés. En général, l'Ordo utilise un ou plusieurs psykers pour sonder l'esprit de l'accusé ; lorsque cela ne suffit pas, il est possible d'organiser un enlèvement pour soumettre l'accusé à la Question.

- C'est absurde. Que les informations ainsi recueillies soient utilisées au cours du procès, et l'accusé saura immédiatement que son enlèvement était le fait des Ordos !

- Bien sûr, mais il ne pourra pas le prouver. Tant qu'un fait n'est pas prouvé, il n'est pas recevable devant l'Inquisition.

Pertinax rumina cet argument. Telle était l'hypocrisie dans laquelle se vautraient les laquais de l'Inquisition : les actes les plus inqualifiables pouvaient être commis au vu et au su de tous, sans que quiconque ne trouvât à y redire ; tant que les apparences étaient sauves, chacun acceptait implicitement de souscrire à ce jeu de dupes.

- Ainsi, l'Inquisition souhaite rendre les Dark Angels responsables de la disparition de Teufelgarten ?

- Bien sûr ! Votre Chapitre traîne une réputation sulfureuse, il serait dommage de laisser passer une telle occasion de le mettre en porte-à-faux.

Le Grand Maître ne répondit pas. Un silence pesant s'établit entre les deux hommes, seulement interrompu par de vives bourrasques ; suspendu entre ciel et terre, Mazen attendait son destin avec résignation.

Pertinax ramena le jeune homme sur le balcon et le traîna à l'intérieur. Puis il désactiva la matraque et la jeta à travers la fenêtre ; l'arme disparut dans le néant.


- N'espérez pas un témoignage de gratitude larmoyante de ma part, Pertinax. Vos actes seront rapportés en haut lieu. Vous paierez le prix fort pour ce que vous venez de faire.

Saisissant Mazen par la gorge, Pertinax le souleva comme un jouet.

- Tant qu'un fait n'est pas prouvé, il n'est pas recevable devant l'Inquisition. Ce sera votre parole contre la mienne.

- La parole d'un simple guerrier contre celle d'un Inquisiteur ? L'issue ne fait aucun doute.

Pertinax ramena le visage de l'adepte contre le sien. Les lentilles de son heaume brillaient d'une lueur rouge sang dans la pénombre.

- Vous n'êtes pas un Inquisiteur, Mazen. Pour l'heure, vous n'êtes rien ; aux yeux de vos maîtres, vous n'avez pas plus de valeur que le majordome qui garde votre porte.

Le Dark Angel détendit le bras, projetant le jeune homme dans les airs. Le corps inerte retomba sur le lit à baldaquins, où il rebondit plusieurs fois avant de s'immobiliser dans une pose grotesque.

Pertinax se dirigea vers la porte. Il aurait déjà fort à faire pour justifier la disparition de Teufelgarten ; éliminer ce jeune prétentieux ne ferait qu'offrir un argument de plus à ses détracteurs. Pour l'heure, il devait regagner ses appartements. La nuit serait courte, et la seconde journée du Concile, décisive.



A suivre...

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9 juin 2010 3 09 /06 /juin /2010 09:07

Pertinax ne jugea pas utile de répondre. Il s'interrogeait sur les motivations de ses agresseurs. Avait-il affaire à de simples voyous des bas-fonds ? Qu'une arme aussi rare et onéreuse qu'un pistolet à plasma se retrouve entre les mains d'un petit chef de bande avait quelque chose de dérangeant. Il s'agissait plus vraisemblablement de membres du crime organisé : même sur la Sainte Terra, la pègre régnait insidieusement sur les zones d'ombre de la société impériale, et force était de reconnaître qu'une assemblée d'Inquisiteurs constituait une cible tentante pour qui convoitait la fortune des Ordos. Il suffisait de dépouiller une seule victime pour s'octroyer plus de richesses et d'artefacts de valeur qu'en une vie entière de rapines.

D'un coup d'oeil, Pertinax jaugea la distance qui le séparait du bâtiment principal : celui-ci était bien trop éloigné pour que les troupes inquisitoriales puissent intervenir. De toute façon, les gardes étaient postés à l'intérieur, répartis sur les différents accès de l'amphithéâtre pour en interdire le passage à tout visiteur indésirable. Le jardin lui-même ne bénéficiait d'aucune surveillance, aussi les bandits n'avaient-ils eu aucun mal à préparer leur embuscade.


- Eh bien, tu as perdu ta langue, on dirait ? ricana le meneur. Ah, ces Astartes ! Toujours prêts à jouer les fiers à bras sur les champs de bataille, hein ? Mais une fois privés de votre escorte de larbins, vous ne valez pas tellement mieux que nous.

D'un mouvement du menton, il désigna le Grand Maître à ses acolytes.

- Sebka, Belisarius, occupez-vous de notre héros avant qu'il ne prenne ses jambes à son cou !

Les cinq hommes de main éclatèrent d'un rire aussi gras que malsain. Deux d'entre eux se détachèrent du cercle et avancèrent lentement vers Pertinax, brandissant leur arme énergétique pour parer à toute éventualité.

Le Dark Angel balaya la scène du regard. Quatre armes de poing étaient braquées sur lui, dont un pistolet à haut pouvoir pénétrant. Quel dommage que ses hôtes inquisitoriaux l'eussent privé de ses Sunfury ! Il aurait pu dégainer en un éclair et abattre toute la bande sans coup férir.

Le dénommé Belisarius était un géant musculeux à la mine patibulaire, et même si son visage ne témoignait pas d'une intelligence éclatante, l'homme était presque aussi imposant qu'un Astartes ; Sebka, lui, affichait une constitution plus ordinaire, mais son regard torve ne présageait rien de bon. Tous deux disposaient d'une matraque énergétique, susceptible de paralyser n'importe quel adversaire en quelques décharges. Prudents, ils arrivaient sur le Grand Maître par deux côtés opposés, afin de se protéger mutuellement tout en bénéficiant de la couverture de leurs camarades. De toute évidence, les deux brigands avaient pour consigne de neutraliser leur victime plutôt que de la tuer.

Ils n'en eurent pas le temps.

Pertinax fit un pas de côté, plaçant Belisarius entre lui et le chef de bande. Dans le même temps, sa cape se souleva tandis qu'il expédiait le tranchant de sa main dans la gorge de Sebka. Le gantelet blindé défonça la carotide du criminel et poursuivit sa course jusqu'à la colonne vertébrale, qui se rompit dans un craquement épouvantable. Le malheureux s'effondra sans un cri.

En réponse, les bandits ouvrirent le feu, saturant l'air de rayons meurtriers. Plusieurs tirs atteignirent le Grand Maître de plein fouet et ricochèrent sur son armure ; d'autres le manquèrent et vinrent frapper Belisarius qui se ruait au combat pour venger son compagnon. Criblé d'impacts, le molosse chancela mais tint bon ; avec une force terrifiante, il catapulta sa matraque sur la tête de Pertinax.

Son bras fut stoppé en pleine course, le poignet brisé net par la poigne de fer du Dark Angel. Pendant ce temps, pris de panique, le meneur hésitait à tirer. Belisarius se trouvait toujours dans sa ligne de mire, et sa silhouette imposante constituait un obstacle de bonne taille qui occultait presque entièrement le Space Marine ; mais si le Dark Angel n'était pas éliminé rapidement, il n'aurait de toute façon aucun mal à démembrer Belisarius. Résigné, le chef de bande leva son arme et lâcha un tir au jugé, comptant sur sa chance pour lui faire toucher la bonne cible.

La salve de plasma atteignit Belisarius entre les omoplates, vaporisant le torse du géant en une gerbe de sang écarlate. Profitant de ce répit, Pertinax put enfin dégainer l'Epée de Justice ; il bondit vers la colonne la plus proche, devant laquelle se tenait un autre homme de main.

Terrorisé, le criminel actionnait la détente comme un forcené, déchargeant son pistolet laser à bout portant dans une orgie de tirs saccadés. Sans résultat. Pertinax le décapita prestement d'un revers du bras ; au passage, la lame plusieurs fois millénaire vint mordre dans la colonne de pierre et y traça un profond sillon.

Alerté par le sifflement aigu caractéristique d'une arme à plasma en cours de rechargement, le Grand Maître conserva son élan et se glissa derrière le pilier. Des éclats de roche volèrent en tous sens tandis que des tirs de laser s'écrasaient sur la colonne et en détruisaient les élégants bas-reliefs. Presque aussitôt, une décharge de plasma bleuté faisait éclater la pierre.

Avec des réflexes foudroyants, Pertinax surgit du couvert, se précipitant droit sur un nouvel adversaire que d'un puissant coup d'estoc il empala pour le compte. Le Grand Maître fit pression sur l'Epée de Justice pour la dégager ; les servomoteurs de son armure et le champ disruptif de l'arme firent le reste. La lame se fraya un chemin vers le haut, découpant l'abdomen et la cage thoracique du criminel jusqu'à l'épaule, pour finalement jaillir à l'air libre en éclaboussant les environs.

Le corps mutilé n'avait pas encore entamé sa chute vers le sol que le Grand Maître lui avait déjà arraché son pistolet laser. Il abattit le dernier homme de main d'un tir en pleine tête avant de se retourner vers le chef de bande.

Celui-ci décida de tenter sa chance. Il pointa son pistolet à plasma pour exécuter un nouveau tir. Mais alors que son index se raidissait sur la détente, il ressentit une vive douleur qui lui fit lâcher prise : plus rapide, le Dark Angel l'avait touché au bras et ainsi désarmé. La fuite devenait un choix évident.


- Pauvre inconscient, grinça Pertinax.

D'un geste négligent, il fit décrire un arc à l'Epée de Justice, sectionnant les pieds du brigand et le jetant au sol en pleine course. L'homme s'étala de tout son long avec un gémissement pathétique.

Le Grand Maître jeta le pistolet laser devenu inutile et retourna le blessé du bout du pied ; le criminel bascula sur le dos. Comme l'homme faisait mine de se débattre, Pertinax cala son pied sur sa poitrine, le plaquant au sol pour de bon. Ceci fait, le Dark Angel entreprit d'examiner son prisonnier.

Un détail attira son attention : le col entrouvert du chef de bande laissait apparaître un tatouage, discret mais reconnaissable entre mille. L'Aquila de la Garde Impériale. Un vétéran des troupes impériales reconverti dans les activités criminelles ? Possible. Et pourtant, cette explication ne satisfaisait pas entièrement Pertinax.


- Qui t'envoie, crapule ?

- Je vais crever, protesta le malheureux. Je vais crever !

- Pas si tu es soigné rapidement, mentit Pertinax. Parle.

- Va te faire foutre, Marine !

Pertinax aurait volontiers prolongé l'interrogatoire, mais il se rendit compte que les troupes inquisitoriales arrivaient enfin à la rescousse, sans doute alertées par le bruit de la fusillade. Il n'aurait guère le temps d'obtenir des réponses ; ces maudits Inquisiteurs avanceraient un prétexte fallacieux pour le déposséder de sa proie et la faire disparaître dans l'ombre des Ordos. Agacé, le Grand Maître accrut la pression sur sa jambe et enfonça la poitrine du prisonnier, qui périt sur le coup.

Lorsque les premiers gardes arrivèrent, Pertinax achevait d'épousseter sa cape. L'étoffe blanche était percée en de nombreux endroits, seul témoignage de la violence des combats. Du moins, si l'on exceptait les corps éparpillés un peu partout.


- Que s'est-il passé, monseigneur ? s'enquit le sergent des troupes de choc.

- Une altercation. Ces hommes voulaient s'enrichir de façon malhonnête.

Sans un mot de plus, Pertinax fit volte-face et s'éloigna, laissant aux gardes le soin de nettoyer le carnage.

Non, ces hommes n'étaient pas de simples brigands. Ils étaient trop bien renseignés, trop bien armés. Comment savaient-ils que le jardin ne serait pas surveillé ? Pourquoi voulaient-ils à tout prix prendre leur victime vivante ? Et enfin, comment s'était-ils procurés un tel arsenal ?

La main de Pertinax effleura la matraque énergétique dissimulée sous sa cape. Il savait très bien qui avait monté cette embuscade. Une petite conversation s'imposait.



A suivre...

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26 mai 2010 3 26 /05 /mai /2010 15:53

Pertinax se leva d'une humeur maussade : il n'aurait pas imaginé devoir utiliser son nodule cataleptique au cours d'une mission diplomatique. Bien sûr, le Grand Maître ne souffrait pas à proprement parler du manque de sommeil, mais plutôt de la contrariété occasionnée par la tournure des évènements. Car le Concile se présentait sous un jour nouveau : en lieu et place d'un règlement à l'amiable, les Ordos semblaient privilégier l'affrontement. A ce titre, la présence du chapelain Thargannis attestait des intentions hostiles de l'Inquisition à l'égard des Dark Angels.

Dès son retour du Palais Impérial, Pertinax avait procédé à une inspection poussée de ses appartements. Les auspex de son heaume n'avaient pas tardé à identifier des appareils d'écoute, soigneusement dissimulés derrière les tentures de soie. De toute évidence, la nature prétendûment cordiale de l'invitation inquisitoriale n'était qu'un piège grossier destiné à endormir la vigilance des Impardonnés et à prendre leur ambassadeur au dépourvu. Azrael lui-même ne s'était-il pas laissé berner par les discours mielleux de ses interlocuteurs ? Désormais, Pertinax était résolu à ne baisser sa garde en aucune circonstance.

Le Concile devait se tenir dans un ancien monastère de l'Ecclésiarchie situé non loin de la tour inquisitoriale, aussi l'officier Dark Angel décida-t-il de s'y rendre à pied. Au terme d'un interminable cheminement le long de couloirs sans fin et d'escaliers vertigineux, Pertinax parvint à s'extirper du dédale oppressant de la forteresse et à gagner l'extérieur. Le bas peuple vaquait à ses occupations, grouillant et vociférant dans les rues moites. En dépit des filtres respiratoires de son armure, le Grand Maître pouvait sentir une puanteur âcre attaquer ses narines. Il se sentait infiniment plus à l'aise en ces allées surpeuplées que dans le luxe opulent des édifices inquisitoriaux ; pour la première fois depuis son arrivée sur Terra, Pertinax pouvait échapper aux courbettes faussement révérencieuses de ses hôtes et se mêler aux citoyens ordinaires du siège impérial.

Sur la Sainte Terra, au coeur d'un quartier dominé par les hautes tours de l'Inquisition, la population était appelée à côtoyer les dignitaires de haut rang ; pourtant, la foule s'écartait devant Pertinax, lui ouvrant respectueusement un passage. De temps à autre, un citoyen particulièrement fervent baissait la tête, accompagnant ce geste de dévotion d'une prière murmurée du bout des lèvres.

A bien y réfléchir, il n'y avait là rien d'étonnant. Depuis l'Hérésie, aucun Chapitre n'était autorisé à déployer des troupes sur Terra sans l'assentiment direct des Hauts Seigneurs. Ainsi, le bas peuple pouvait s'habituer aux allées et venues des cardinaux, des nobles et des diplomates, mais les Space Marines resteraient à jamais auréolés de légende à ses yeux. Comment pouvait-il en être autrement sur un monde où chaque monument, chaque statue chantait la gloire des Légions de l'Empereur et de leur victoire finale sur le Renégat Horus ?

Pertinax obliqua sur la gauche et s'engouffra dans une grand-rue qui longeait le mur d'enceinte du monastère. Les pierres blanches, mal dégrossies et usées par le temps, contrastaient avec la splendeur sinistre des bâtiments avoisinants. Et pourtant, l'édifice religieux éclipsait tous les autres tant sa clarté le mettait en valeur. En guise de porte, le mur présentait une simple ouverture surmontée de bas-reliefs décatis. Le Grand Maître tenta d'en identifier le motif, mais en vain : les nouveaux propriétaires n'avaient pas daigné l'entretenir, et l'arche tout entière ne tarderait pas à s'effondrer sous le poids des ans.

Au-delà du mur d'enceinte, une promenade couverte entourait un vaste jardin. Pertinax en fut abasourdi : le sol de Terra était stérile depuis des millénaires, bien trop acide pour accueillir le moindre brin d'herbe. Par quel prodige cet ilôt de verdure était-il préservé dans la pénombre des ruches surpeuplées ? Tandis qu'il marchait le long de la promenade, le Dark Angel laissa son regard vagabonder sur les colonnes de pierre qui bordaient le chemin. Bien qu'irrémédiablement abîmées par l'atmosphère délétère, celles-ci arboraient encore fièrement la fleur de lys de l'Adepta Sororitas.

Ainsi donc, le monastère était en fait un couvent. Comment l'Ecclésiarchie avait-elle pu céder un tel édifice à l'Inquisition ? Les cardinaux clamaient à l'envi que leur étroite collaboration avec l'Ordo Hereticus résultait de leurs idéaux communs de respect de la sacro-sainte doctrine impériale. Mais en pratique, cette collaboration se manifestait souvent par une prudente soumission de l'Ecclésiarchie aux ordres d'un Inquisiteur de passage. Quel triste sort pour les soeurs de bataille que de voir leurs installations militaires ainsi livrées en pâture aux laquais des trois Ordos ! A n'en pas douter, tel était le sort que l'Inquisition réservait au Roc et à l'ensemble des forteresses-monastères de l'Adeptus Astartes.

Pertinax atteignit enfin le bâtiment principal. L'essentiel de l'espace intérieur était occupé par le grand amphithéâtre où devait se tenir le Concile. Bien que Pertinax fût en avance sur l'heure prévue, il constata que de nombreux Inquisiteurs l'avaient précédé. Vêtus de costumes hétéroclites et colorés, hommes et femmes se livraient à de discrets conciliabules. Chaque groupe se tenait soigneusement à l'écart des autres, jetant de temps à autre un regard inquiet aux alentours. Bien avant l'ouverture officielle des discussions, des alliances étaient forgées et des votes arrangés. Thargannis était là, lui aussi, en grande conversation avec un trio de vieillards. L'assemblée en elle-même ne serait-elle donc qu'une mascarade, un vulgaire simulacre de débat ? Pertinax s'était attendu à de telles simagrées, mais son dégoût n'en était pas moins grand ; aussi prit-il le parti de se diriger sans mot dire vers le premier rang de sièges. Là, il choisit une place au hasard et s'y assit prestement.

Il attendit un long moment que ses hôtes se décidassent à mettre un terme à leurs tractations. Finalement, les groupes se dispersèrent, et chacun regagna sa place dans un indescriptible brouhaha. Tandis que l'amphithéâtre retrouvait un calme relatif, l'officier Dark Angel estima plus diplomate d'ôter son heaume et de le poser à côté de lui, par égard pour les règles protocolaires.

Un vieil homme s'avança sur l'estrade. Grand, sec, il parlait d'une voix forte et empreinte d'autorité. Un Grand Inquisiteur, sans doute. En tout cas, il semblait avoir été désigné par ses pairs pour présider le Concile.


- Mes très chers frères, mes très chères soeurs. Soyez les bienvenus en ce Concile de la Très Sainte Inquisition. Au cours des prochains jours, nous allons apporter une réponse à toutes les questions oeucuméniques connues et déterminer la doctrine à faire appliquer d'un bout à l'autre de notre glorieux Imperium pour les années à venir. Je suis particulièrement heureux que les trois Ordres aient répondu à notre invitation, et j'adresse à chacun d'entre vous mes respects les plus profonds et les plus sincères. Mes amis, il est temps de commencer. Inquisiteur Weiss, je vous cède la parole.

Sur ces mots, l'homme s'esquiva, laissant la parole au premier orateur. Pertinax s'attendait à être présenté à l'assemblée, ou à être accueilli d'une façon ou d'une autre ; que ses hôtes se permissent de l'ignorer l'agaçait au plus haut point, mais il n'en laissa rien paraître.

Le Grand Maître ne tarda pas à découvrir qu'un Grand Concile est une manifestation où beaucoup parlent, mais où personne n'écoute. Les orateurs se succédaient à la tribune, abordant des sujets vains et abscons dans l'indifférence générale. Ainsi cet Inquisiteur qui se demandait si les croyances en vigueur sur le monde éloigné de Virago devaient être considérées comme hérétiques ; la population locale adorait un dieu unique, théoriquement compatible avec la doctrine générale de l'Ecclésiarchie au sujet des variantes locales du credo impérial, à ceci près que la société matriarcale de Virago ne pouvait concevoir qu'un dieu de sexe féminin. Toute la question était de savoir s'il était tolérable d'assimiler l'Empereur, père de l'Humanité, à la Sainte Mère du peuple de Virago. Dans la négative, les cent millions d'habitants de Virago devraient être éliminés au plus vite, ou à la rigueur recyclés en serviteurs mécanisés.

Pendant ce temps, les messes basses se poursuivaient dans les rangs du fond. Livres et documents étaient échangés au vu de tous, sans que quiconque ne trouvât à y redire. Pour Pertinax, un tel désordre était tout bonnement insupportable. Mais plus insupportable encore était le fait que nul ne semblait décidé à aborder la question de la disparition de Teufelgarten.

Soudain, Pertinax fut victime d'une violente migraine. Il faillit tout d'abord attribuer ce phénomène au vif agacement qui menaçait de le submerger. Mais il se ravisa. D'un air insouciant, il se saisit de son heaume, faisant mine de l'examiner ; puis il s'en coiffa de façon mécanique. La douleur cessa aussitôt.

Des psykers ! Quelque inconscient avait tenté de sonder son esprit. Ces maudits Inquisiteurs ne reculeraient-ils donc devant rien ? Faute de preuves tangibles, Pertinax devait se résoudre à faire comme si de rien n'était. Mais il porterait désormais son heaume protecteur en dépit du protocole.

Comme le craignait le Grand Maître, la journée fut interminable et se clôtura sans que lui ou Thargannis ne fût interrogé ou même pris en considération. Probablement la tactique d'usure déployée par l'Inquisition depuis l'arrivée de Pertinax sur Terra. En tout état de cause, l'officier en était réduit à espérer que son cas serait traité le lendemain.

La séance était à peine levée que les convives reprenaient leurs discussions passionnées en sous-main. Pertinax se leva en silence et entreprit de quitter le couvent au plus vite. C'est animé de sombres pensées qu'il parcourut à nouveau le pourtour du jardin.

Pensées qui furent interrompues brutalement. Six hommes venaient d'apparaître tout autour de lui, jusque là dissimulés par autant de colonnes de pierre. Au vu de leurs accoutrements débraillés, il devait s'agir de quelconques manants. Ou plutôt de quelconques brigands, car trois d'entre eux étaient armés de pistolets. Plus inquiétant, deux autres portaient des armes blanches parcourues d'éclairs et bourdonnant d'énergie. Quant au dernier, qui semblait jouer le rôle de chef, il brandissait une arme plus redoutable encore.


- Plus un geste, Marine. Tu sais ce que j'ai là, n'est-ce pas ? C'est un pistolet à plasma. Un seul mouvement, et je te pulvérise, avec ou sans armure.


A suivre...

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