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9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 15:15

Un cliquetis métallique brisa le silence. L'homme ouvrit les yeux.

Peine perdue : la pièce était plongée dans l'obscurité la plus totale. Faute d'éléments visibles auxquels se raccrocher, la réalité n'avait rien de plus tangible que le monde onirique dans lequel il évoluait à longueur de journée. Etait-il vraiment réveillé ? Ou vivait-il un nouveau cauchemar ? Les phases de réveil et de sommeil se succédaient de façon irrégulière, sans transition marquée.

Depuis combien de temps était-il enfermé ici ? Un mois ? Un an ? Le temps ne s'écoulait plus : passé, présent et futur se fondaient en une éternité lancinante. Tout comme sa raison, les souvenirs s'estompaient, perdus dans une brume sinistre et douloureuse. Bientôt, il ne se souviendrait même plus de son nom.

Une faim perpétuelle dévorait ses entrailles, car le tube d'alimentation implanté dans son estomac ne distillait les nutriments qu'avec parcimonie. Certes, il vivait ; mais chaque instant était un supplice. Il s'était longtemps cru doté d'une résolution inaltérable : quelle naïveté ! La souffrance peut éroder la volonté la plus trempée ; tôt ou tard, la dignité d'un homme s'effondre sous le poids des tourments. Il avait tenu longtemps. Mais en fin de compte, il avait cédé, comme bien d'autres avant lui. Ses lamentations avaient alors résonné entre les murs de pierre. Hélas, les gémissements n'avaient eu aucune prise sur la détermination de ses geôliers. Anéantie, son âme s'était depuis lors réfugiée dans le mutisme.

Un nouveau cliquetis se fit entendre. La porte s'ouvrit en grinçant, libérant un rai de lumière sur le visage tuméfié du prisonnier. Par réflexe, celui-ci voulut rabattre un bras devant ses yeux. Aucune réaction : ses membres avaient été amputés depuis bien longtemps. Avec une cruauté experte, ses bourreaux l'avaient dépecé, comme on découpe une pièce de viande. Ils avaient commencé par les premières phalanges, cautérisant les plaies au feu ; puis, séance après séance, les mains, les pieds, les bras, les jambes lui avaient été retirés, jusqu'à ce qu'il ne restât plus de lui qu'un tronc, maintenu en place par des lanières de cuir tellement serrées qu'elles mordaient sa chair.

Une silhouette colossale se détachait sur le fond lumineux. Peu à peu, les yeux du supplicié s'habituèrent à la clarté et reconnurent le visiteur. Le chapelain-investigateur Asmodaï. Une simple robe blanche couvrait son armure de jais, ne laissant apparaître qu'un masque terrifiant sous la capuche.

Le géant s'approcha du prisonnier, chacun de ses pas ébranlant le sol. Son respirateur émit une voix glaciale tandis qu'il se penchait au-dessus de sa victime.


- Inquisiteur Teufelgarten, je suis porteur de mauvaises nouvelles.

Allons bon, quelle surprise. Aucune bonne nouvelle ne lui avait été annoncée depuis sa capture.

- Frère Pertinax a achevé sa mission sur Terra, reprit Asmodaï. Il est parvenu à convaincre l'Inquisition de renoncer à toute représaille contre le Chapitre. Je crains que vos supérieurs ne vous aient abandonné.

Teufelgarten ne répondit pas. Implacable, l'Astartes poursuivit son monologue.

- Vos amis ont échoué, Teufelgarten. Ysabel de Fennakad est en fuite, tandis que les autres membres de votre petit groupe se livrent à des guerres d'influence fratricides. Mieux : je viens d'apprendre que l'Inquisiteur Philistin avait été sauvagement assassiné. C'était l'un de vos plus fidèles amis, je crois.

Ignorant sa mâchoire fracturée, Teufelgarten serra les dents pour contenir sa frustration. Philistin, mort ? Ysabel, en fuite ? Il avait secrètement entretenu l'espoir que ses disciples le délivreraient. Ou, à défaut, qu'ils le vengeraient. Leur échec signifiait la perte de tout espoir. Et l'anéantissement de décennies de travail. Dire qu'il avait été si près du but !

Une larme coula sur la joue desséchée de l'Inquisiteur. Visiblement satisfait, Asmodaï se redressa et se dirigea vers la porte d'un pas lourd.


- Attendez, croassa Teufelgarten.

Le chapelain-investigateur se figea. Lentement, il tourna la tête vers l'homme-tronc.


- Vous avez gagné, Asmodaï, reprit l'Inquisiteur d'une voix faible. Je suis vaincu. Je n'ai plus rien, ni honneur, ni but, ni amis, ni espoir. Je ne suis plus qu'une carcasse vide aux limites de la folie, et je doute que vous puissiez encore tirer quelque amusement de moi. A quoi bon poursuivre tout ceci ? Finissons-en. Tuez-moi.

Les mains sur les hanches, Asmodaï secoua la tête. N'eût été le masque noir, il aurait paru sincèrement attristé.

- Teufelgarten, vous ne comprenez pas. Je ne prends aucun plaisir à vous apporter des tourments sans fin. Il s'agit là de mon rôle, de mon devoir envers le Chapitre, et mes sentiments personnels n'entrent pas en ligne de compte. Nous autres Dark Angels estimons que les pécheurs doivent être châtiés. Il s'agit de justice, non de vengeance. Vous avez commis un grand crime, Teufelgarten, et pour atteindre la rédemption, vous devrez expier vos fautes pour l'éternité.

L'Inquisiteur poussa un cri de rage et de désespoir, qui se conclut bien vite par une quinte de toux sanglante. Des larmes amères ruisselaient sur son visage.

Lentement, Asmodaï quitta la pièce et referma la lourde porte. Le Dark Angel fit coulisser les verrous et se dirigea vers la cellule suivante.




FIN

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