Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
27 juillet 2010 2 27 /07 /juillet /2010 09:54

Tapi dans la fraîcheur du soir, le Thunderhawk attendait paisiblement son heure. Au-dessus de la rampe frontale abaissée, la pâle lueur des affichages irradiait de la verrière blindée comme un halo fantomatique ; enveloppés de volutes de fumée, les moteurs du monstre ne laissaient échapper qu'un discret sifflement de turbines.

Pertinax attendait, lui aussi. Debout devant la plate-forme, immobile, le Grand Maître observait la scène en silence. Le hangar était ceint de hautes cloisons de plastacier, mais les antennes et les tours de défense n'en étaient pas moins visibles au-delà de ces parois symboliques. Tout autour de lui, dans d'innombrables hangars en tous points similaires, Pertinax pouvait imaginer l'activité grouillante de l'astroport : d'innombrables dockers, serviles, chargeant et déchargeant les chaloupes de transport ; les équipages s'activant autour de leur appareil pour en vérifier le bon fonctionnement ; des passagers de haut rang embarquant à destination de quelque monde éloigné. Il n'en résultait pourtant qu'un vague bruit de fond, tout juste interrompu de temps à autre par le décollage d'un vaisseau ou le rugissement éphémère d'une patrouille de chasse dans le lointain.

Le Dark Angel effleura pensivement la crosse de ses Sunfury. Soigneusement rangés dans leurs étuis de cuir, les deux pistolets étaient à peine perceptibles, mais Pertinax se félicitait de leur retour comme de celui d'un être cher longtemps disparu.

Une silhouette apparut soudain dans l'encadrement de la porte. Vêtue d'une robe ample à large capuche, elle jeta un coup d'oeil furtif de gauche et de droite avant de s'aventurer dans le hangar. Pertinax la regarda s'approcher sans mot dire.


- Votre appareil est-il prêt à décoller ? demanda Mantis.

Le Grand Maître ne répondit pas. Il avait ses propres questions.


- Et Fennakad ?

- Hors d'état de nuire. Après une telle humiliation, elle ne pouvait connaître que la disgrâce... ou l'exil. La révolte gronde au sein même de sa faction ; beaucoup de ses anciens amis la considèrent comme responsable de leur échec et comptent bien l'évincer définitivement. Aux dernières nouvelles, elle aurait déjà quitté Terra.

- Les partisans de Teufelgarten ne risquent-ils pas de se doter d'un nouveau meneur et de reprendre leur croisade de plus belle ?

- Non, il est peu probable qu'ils puissent se relever d'un coup pareil. Le vote du Concile était sans équivoque : pour moi, l'Inquisition a clairement affiché son soutien aux Dark Angels. Revenir sur cette décision serait se dédire. Par ailleurs, le groupuscule fondé par Teufelgarten ne survivra certainement pas aux conflits internes qui le déchirent.

- Bien. Le Chapitre est donc à l'abri pour quelques siècles.

- En effet. Je crois avoir rempli ma part du contrat.

Les deux hommes se regardèrent en silence.

- Avez-vous fait le nécessaire ? s'enquit Pertinax.

- Oui. J'ai confié des lettres à mes plus fidèles assistants, avec pour consigne de ne pas les transmettre aux Ordos avant trois jours. Ainsi, lorsque la vérité éclatera, nous serons déjà loin. Et bien évidemment, nul ne sait que je pars avec vous.

Mantis esquissa un sourire. Un sourire franc et sincère, dénué de la mélancolie si coutumière au vieil homme.

- Je vous suis, mon ami, lança-t-il avec entrain. En route pour le Roc !

A cet instant, plusieurs dizaines d'hommes en armes se ruèrent à travers la porte du hangar dans un grand bruit de bottes. Leur livrée rouge et noire ne laissait aucun doute quant à leur allégeance : par escouades entières, les troupes inquisitoriales prenaient possession des lieux.

- Emparez-vous de cet homme, ordonna Pertinax.

Deux soldats encadrèrent solidement Mantis, se saisissant de ses bras pour l'empêcher de dégainer son pistolet d'ordonnance. Dans le même temps, d'autres gardes pointaient leurs fusils sur le vieillard de façon menaçante. Stupéfait, l'Inquisiteur restait bouche bée : plus encore que la surprise, son visage reflétait l'incompréhension.

Le gros de la troupe s'écarta, ouvrant le passage à un nouvel arrivant. A en juger par la déférence que lui témoignaient les soldats de choc, il devait commander le détachement. L'absence d'uniforme le désignait comme un représentant des Ordos plutôt que comme un officier. Pourtant, il paraissait trop jeune pour bénéficier du titre d'Inquisiteur.


- Emmenez-le.

- A vos ordres, Messire Mazen.

Les troupes obéirent sans sourciller, traînant le vieillard vers la sortie. Mantis voulut se débattre, mais ses gardiens le bousculèrent sans ménagement ; Mantis parvint néanmoins à tourner la tête vers le Dark Angel.

- Pertinax, vous n'êtes qu'un traître ! Un lâche et un traître !

Mazen gratifia le prisonnier d'un sourire satisfait tandis que les troupes inquisitoriales l'emmenaient au-dehors.

- Ce vil hérétique connaîtra bientôt un sort pire que la mort.

- Vous avez donc mis la main sur ses lettres ? demanda Pertinax.

- A l'heure où nous parlons, les appartements de Mantis sont soumis à une fouille approfondie. Avec ces preuves, sa condamnation ne sera qu'une formalité. Evidemment, ses suivants seront soumis à la Question et exécutés, eux aussi.

Mazen se retourna vers le Grand Maître. Il exultait.

- Avec l'arrestation de ce misérable, ma promotion au rang d'Inquisiteur ne fait plus aucun doute. Merci pour votre aide, Pertinax. De toute évidence, je vous avais mal jugé.

- Ce fut un plaisir, mentit l'officier.

L'adepte hocha la tête avec emphase et emboîta le pas à ses hommes. Pertinax fit volte-face, se dirigeant vers le Thunderhawk d'un air décidé.

Le Dark Angel fit signe au pilote et s'engagea sur la rampe ; une note sifflante s'éleva en un puissant crescendo tandis que les moteurs étaient mis à feu. Puis, alors que Pertinax agrippait l'échelle et se hissait vigoureusement à l'étage supérieur, de puissants vérins scellèrent la porte avant.

Le pilote et le copilote saluèrent brièvement l'arrivée du Grand Maître dans le cockpit avant de se retourner vers la verrière. L'appareil entamait déjà son ascension vertigineuse, fonçant à travers la couverture nuageuse comme une flèche d'acier. Pensif, Pertinax s'assit à la place du radio-navigateur.

Azrael serait content. Les Dark Angels étaient lavés de tout soupçon ; les ennemis du Chapitre au sein de l'Inquisition étaient réduits à l'impuissance. Oui, Azrael avait raison : la réputation de la IIIe Unité d'Assaut Planétaire avait constitué un atout de poids pour emporter l'adhésion finale du Concile. Quant à ce jeune imbécile de Mazen, qui aurait pu chercher à se venger de Pertinax, il n'éprouvait plus désormais que de la gratitude envers son ennemi d'hier.

Curieusement, les pensées du Grand Maître revinrent à Mantis. Pertinax en fut irrité : l'Inquisiteur n'avait que ce qu'il méritait. Comment avait-il pu croire que les Dark Angels se laisseraient acheter de la sorte ? Certes, l'aide du vieillard s'était avérée précieuse, mais l'homme n'avait agi que par intérêt. Le Grand Maître avait suivi la voie de la raison : accueillir Mantis sur le Roc aurait pu attirer les foudres de Terra sur les Impardonnés ; tandis qu'en le dénonçant, Pertinax dissipait les derniers doutes de l'Inquisition à son égard et créait une diversion fort à propos. De toute façon, la théorie scandaleuse de Mantis le désignait comme un hérétique et un traître à l'Imperium. Le laisser vivre aurait été le plus inqualifiable des crimes.

Les nuages se dissipèrent peu à peu tandis que le Thunderhawk s'extirpait des hautes couches de l'atmosphère. La voûte céleste fit son apparition, constellée d'étoiles et de vaisseaux en orbite. Le Thunderhawk infléchit sa trajectoire, virant droit sur un croiseur qui l'attendait au-delà de l'horizon.

Un doute effrayant se fit jour dans l'esprit de Pertinax : et si Mantis avait raison ? Si l'Empereur était bel et bien mort ? L'Humanité serait alors orpheline, perdue à jamais dans la vénération d'un cadavre sans âme. Abandonnée à elle-même, condamnée à une stagnation éternelle, elle poursuivrait une course sans but et sans espoir.

Le regard de Pertinax se perdit dans les étoiles. Une vision habituellement réconfortante : le Dark Angel les avait toujours perçues comme un vaste territoire à conquérir, comme une promesse d'honneur et de gloire au service de l'Empereur. Pour la première fois, il les découvrait effrayantes et glaciales. L'Humanité avançait dans le noir, inconsciente des dangers qui la guettaient.

Malgré tous ses efforts, Pertinax se sentit gagné par une sombre angoisse.


A suivre...

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de -MFT-
  • : Ce blog vise à présenter mes projets en rapport avec mes centres d'intérêts : l'écriture, Warhammer 40K, la reconstitution historique et le travail scientifique qui en découle. Bonne lecture !
  • Contact

Recherche