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19 juin 2010 6 19 /06 /juin /2010 11:47

- Mes très chers frères, mes très chers soeurs, soyez les bienvenus en ce second jour du Concile de la Très Sainte Inquisition.

Comme si ces mots avaient marqué la fin des réjouissances préliminaires, les derniers Inquisiteurs encore debout daignèrent enfin gagner leurs sièges attitrés et s'asseoir. Pour autant, ce signal convenu ne parvint pas à les discipliner tout à fait, et la plupart des membres de l'assistance poursuivirent leur conversation sans même baisser la voix.

Imperturbable, le maître de cérémonie continuait à parler comme si de rien n'était. Magnifiée par des vocaliseurs argentés, sa voix suave se répercutait dans l'amphithéâtre avec une douceur tonitruante qui ne parvenait qu'à grand-peine à dominer le brouhaha ambiant.


- Mes amis, nous devons hélas déplorer la perte de notre révéré confrère, l'Inquisiteur Teufelgarten, porté disparu tandis qu'il menait une investigation pour le compte de l'Ordo Hereticus. Nous le pleurerons longtemps et amèrement, mais dans notre peine infinie, nous trouverons néanmoins un réconfort dans la certitude que sa loyauté et sa détermination lui auront valu une place amplement méritée à la droite du Saint Empereur de l'Humanité.

Un silence respectueux s'était abattu sur le grand amphithéâtre. Si les Inquisiteurs se souciaient comme d'une guigne du devenir d'un monde reculé ou de l'agonie d'une civilisation lointaine, la mort d'un des leurs les touchait bien plus durement. Que leur propre sécurité puisse être menacée leur apparaissait comme un véritable sacrilège.

L'espace d'un instant, le visage inflexible de l'orateur fut éclairé par un léger sourire tandis qu'il savourait ce petit triomphe : capter l'attention d'un auditoire aussi difficile n'était pas une mince affaire et pouvait s'apprécier à sa juste valeur. Mais le devoir était appelé à prendre le dessus, aussi le maître de cérémonie poursuivit-il son discours sans plus attendre.


- L'Inquisiteur Teufelgarten était en tournée d'inspection sur le Roc, la forteresse spatiale mobile du Chapitre des Dark Angels. Nous avons reçu un message signalant son arrivée sur place, puis plus rien.

Tous les regards convergèrent vers l'Astartes en armure de sinople et d'or qui se tenait au premier rang.

- Par un hasard extraordinaire et providentiel, un officier Dark Angel de haut rang est actuellement en pèlerinage sur Terra. Il a accepté notre invitation amicale et pourra peut-être nous apporter quelques éclaircissements à ce sujet. Grand Maître Caius Pertinax, la parole est à vous.

Pertinax se leva et salua l'orateur d'un léger hochement de tête. Tirant parti des leçons de la veille, le Grand Maître avait gardé son heaume ; l'assistance pourrait le prendre comme un affront ou un déni de reconnaissance, mais Pertinax n'en avait cure.

- L'Inquisiteur Teufelgarten et sa suite se sont en effet présentés au Roc pour y procéder à une inspection des plus ordinaires. Bien entendu, nous avons accueilli ce digne représentant de la Très Sainte Inquisition avec les égards et le respect dus à un personnage de son rang, et toutes nos portes se sont ouvertes à sa demande. Au cours de sa visite, le Seigneur Teufelgarten a pu constater que le Chapitre des Dark Angels disposait de forces militaires considérables, et notamment d'une flotte de guerre particulièrement puissante qui lui confère une totale liberté de mouvement. Il a également pu vérifier que le Roc était non seulement mobile, mais aussi inexpugnable.

Pertinax marqua une pause pour s'assurer que l'Inquisition avait bien perçu la menace voilée qui exsudait de ses propos. Non seulement il rappelait à l'Inquisition que le Chapitre jouait un rôle de premier plan dans la défense d'un Imperium assiégé de toutes parts, mais de plus il laissait entendre que toute velléité de purge se heurterait à une vive résistance armée.

Les murmures reprirent dans l'assistance, ponctués par quelques grognements désapprobateurs. Sans laisser rien paraître de sa satisfaction, Pertinax reprit.


- Au terme des trois jours prévus pour son inspection, l'Inquisiteur Teufelgarten a souhaité prendre congé à bord de son vaisseau personnel. Or, les hangars et les arsenaux du Roc sont enfouis au plus profond d'une cavité creusée dans la roche afin de les protéger contre tout bombardement ; entrée comme sortie nécessitent une navigation extrêmement précise au travers des tunnels d'accès. Il s'agit là d'un exercice des plus périlleux, même pour les pilotes hautement qualifiés de la Très Sainte Inquisition. Comme l'appareil du Seigneur Teufelgarten avait déjà frôlé la collision lors de son arrivée au Roc, nous avons proposé de le faire accompagner par un serviteur de navigation aguerri à cette manoeuvre difficile. Hélas, il a refusé. Et à notre grand chagrin, le vaisseau inquisitorial s'est écrasé contre une paroi.

Les murmures s'amplifièrent, cependant que les grognements se muaient en cris de protestation. Certains Inquisiteurs n'accordaient aucune foi à la version de Pertinax et le faisaient bruyamment savoir. Le maître de cérémonie dut hausser la voix pour dominer la révolte naissante de l'amphithéâtre survolté.

- Ainsi donc, notre confrère et ami a péri dans un tragique accident. Voilà qui répond à nos interrogations et clôt le débat.

Mais tous ne l'entendaient pas de cette oreille. Un Inquisiteur d'âge mur, entièrement vêtu de pourpre et de gris, se leva soudainement pour s'arroger la parole.

- Messire Pertinax, vous nous dites que Teufelgarten menait une simple inspection. Je crois pour ma part qu'il se livrait à une enquête bien plus spécifique. Et que sa disparition, loin d'être accidentelle, l'a empêché de nous livrer des vérités fort compromettantes pour votre Chapitre.

Pertinax répondit sans se retourner.

- Si j'en crois le message par lequel l'Inquisiteur Teufelgarten nous a avisés de son arrivée, sa venue était bel et bien motivée par une simple inspection. Voulez-vous dire qu'il nous aurait sciemment caché ses véritables intentions ? J'ai peine à croire qu'un homme aussi intègre et aussi droit qu'un Inquisiteur puisse recourir à la tromperie.

- Personne ne pratique mieux la tromperie que vous autres Dark Angels. Votre histoire est jalonnée de zones d'ombres, et vous couvrez chacune de vos actions d'une chape de silence pour mieux dissimuler vos agissements.

- La discrétion nous est imposée par des nécessités militaires. Il serait malséant d'exposer la stratégie de l'Empereur aux ennemis de l'Humanité.

Un second Inquisiteur se leva. Très âgé, tout couturé de cicatrices, il faisait figure de vétéran et avait de toute évidence une solide expérience des batailles.

- Les autres forces armées de l'Imperium seraient-elles à classer parmi les ennemis de l'Humanité ? A de nombreuses occasions, vos troupes se sont détournées de l'objectif commun assigné par le Haut Commandement Impérial pour suivre des objectifs propres et pour le moins mystérieux. Sur Kossell, plusieurs milliers de braves ont péri lors de la contre-offensive des rebelles, parce qu'ils avaient été abandonnés par les Dark Angels supposés les appuyer.

- Notre Chapitre reçoit ses ordres de l'Empereur et de Lui seul, aussi nos corps expéditionnaires ne collaborent-ils avec les autres unités que dans la mesure où cela est compatible avec leur propre mission. Cependant, lorsque les circonstances l'exigent, nous pouvons placer des troupes sous la juridiction directe du Haut Commandement Impérial. Il en est ainsi de la IIIe Unité d'Assaut Planétaire que j'ai l'honneur et le privilège de commander.

Des hochements de tête épars marquèrent l'approbation de quelques spectateurs. Azrael avait raison : les campagnes de Pertinax et de la IIIe leur avaient valu une bonne réputation auprès des instances militaires de Terra. Mais il en fallait plus pour désarçonner le vieil Inquisiteur, qui répondit du tac au tac.

- Vous êtes prompt à vanter les mérites de votre IIIe Unité d'Assaut Planétaire, mais vous n'êtes pas exempt de critiques, messire Pertinax. Ainsi, lors de la conquête de T'au Phal'ab, vous n'avez pas hésité à lancer une offensive contre vos alliés et à détruire la totalité d'une compagnie du XXIe Steel Dragons, une unité d'élite de la Garde Impériale.

- Le régiment auquel vous faites allusion avait fraternisé avec les infâmes Tau et menaçait de mettre ses blindés lourds au service de ses nouveaux maîtres xenos. Comme le Haut Commandement hésitait à ordonner l'ouverture du feu, j'ai pris l'initiative d'éliminer ces traîtres avant que leur exemple n'incite d'autres soldats impériaux à prendre fait et cause pour l'ennemi. T'au Ph'alab est tombée quelques semaines plus tard.

- Le problème tient moins du fond que de la forme : vous avez mené cette attaque de votre propre chef, sans même en aviser le Haut Commandement Impérial. Et il ne s'agit pas d'un phénomène isolé : les Dark Angels ont élevé cette détestable pratique au rang de coutume. Que vous deviez répondre à vos propres ordres est une chose ; que vous entreteniez un tel secret autour de vos actions en est une autre.

- Nous n'avons aucun secret pour la Très Sainte Inquisition. Nos archivistes consignent chacune de nos campagnes dans leurs registres, et tout Inquisiteur dûment mandaté pourra librement consulter ces documents sur le Roc.

- A moins qu'il ne disparaisse en chemin, bien sûr.

- Je suis persuadé que la Très Sainte Inquisition sera dorénavant très vigilante quant au choix de ses navigateurs. Tout risque d'accident sera ainsi écarté.

Comme son confrère ne répondait pas, le premier contradicteur de Pertinax reprit la parole.

- Et moi, je persiste à dire que les Dark Angels nous cachent bien des choses. Votre manie du secret vous pousse à commettre les actes les plus criminels. Pourquoi ? Quels sombres activités dissimulez-vous à votre Empereur ?

Cette fois-ci, Pertinax se retourna lentement et planta ses yeux dans ceux de l'Inquisiteur. Il haussa le ton, écrasant l'amphithéâtre sous le fracas de sa voix métallique.

- Mon Chapitre sert l'Empereur avec dévouement depuis plus de cent siècles. Comment osez-vous proférer de telles accusations sans preuves ?

L'homme découvrit les dents en un large sourire carnassier.

- Mais j'ai des preuves, messire Pertinax. Maître de la Foi Thargannis, du Chapitre des Black Templars, je vous cède la parole.



A suivre...

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commentaires

S
Ok merci.
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S
Salut<br /> J'ai lu la série de Pertinax jusqu'au chapitre 17 et je la trouve fort intéressante du point de vue de l'histoire avec l'Empereur, mais surtout des descriptions de Terra.Alors j'ai une question :<br /> as-tu inventé ce que tu as écrit ou as-tu puisé dans des sources de warhammer 40000 ?
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-
<br /> <br /> Salut !<br /> <br /> <br /> Ce récit n'est pas de mon fait, il a été écrit par le maître Caius Pertinax et comme c'est un bon copain il m'a autorisé à le reproduire ici.<br /> <br /> <br /> Je ne peux tout à fait répondre à sa place, ceci dit c'est un mélange des deux ;) C'est ce qui en fait tout le charme !<br /> <br /> <br /> <br />

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