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26 mai 2010 3 26 /05 /mai /2010 15:53

Pertinax se leva d'une humeur maussade : il n'aurait pas imaginé devoir utiliser son nodule cataleptique au cours d'une mission diplomatique. Bien sûr, le Grand Maître ne souffrait pas à proprement parler du manque de sommeil, mais plutôt de la contrariété occasionnée par la tournure des évènements. Car le Concile se présentait sous un jour nouveau : en lieu et place d'un règlement à l'amiable, les Ordos semblaient privilégier l'affrontement. A ce titre, la présence du chapelain Thargannis attestait des intentions hostiles de l'Inquisition à l'égard des Dark Angels.

Dès son retour du Palais Impérial, Pertinax avait procédé à une inspection poussée de ses appartements. Les auspex de son heaume n'avaient pas tardé à identifier des appareils d'écoute, soigneusement dissimulés derrière les tentures de soie. De toute évidence, la nature prétendûment cordiale de l'invitation inquisitoriale n'était qu'un piège grossier destiné à endormir la vigilance des Impardonnés et à prendre leur ambassadeur au dépourvu. Azrael lui-même ne s'était-il pas laissé berner par les discours mielleux de ses interlocuteurs ? Désormais, Pertinax était résolu à ne baisser sa garde en aucune circonstance.

Le Concile devait se tenir dans un ancien monastère de l'Ecclésiarchie situé non loin de la tour inquisitoriale, aussi l'officier Dark Angel décida-t-il de s'y rendre à pied. Au terme d'un interminable cheminement le long de couloirs sans fin et d'escaliers vertigineux, Pertinax parvint à s'extirper du dédale oppressant de la forteresse et à gagner l'extérieur. Le bas peuple vaquait à ses occupations, grouillant et vociférant dans les rues moites. En dépit des filtres respiratoires de son armure, le Grand Maître pouvait sentir une puanteur âcre attaquer ses narines. Il se sentait infiniment plus à l'aise en ces allées surpeuplées que dans le luxe opulent des édifices inquisitoriaux ; pour la première fois depuis son arrivée sur Terra, Pertinax pouvait échapper aux courbettes faussement révérencieuses de ses hôtes et se mêler aux citoyens ordinaires du siège impérial.

Sur la Sainte Terra, au coeur d'un quartier dominé par les hautes tours de l'Inquisition, la population était appelée à côtoyer les dignitaires de haut rang ; pourtant, la foule s'écartait devant Pertinax, lui ouvrant respectueusement un passage. De temps à autre, un citoyen particulièrement fervent baissait la tête, accompagnant ce geste de dévotion d'une prière murmurée du bout des lèvres.

A bien y réfléchir, il n'y avait là rien d'étonnant. Depuis l'Hérésie, aucun Chapitre n'était autorisé à déployer des troupes sur Terra sans l'assentiment direct des Hauts Seigneurs. Ainsi, le bas peuple pouvait s'habituer aux allées et venues des cardinaux, des nobles et des diplomates, mais les Space Marines resteraient à jamais auréolés de légende à ses yeux. Comment pouvait-il en être autrement sur un monde où chaque monument, chaque statue chantait la gloire des Légions de l'Empereur et de leur victoire finale sur le Renégat Horus ?

Pertinax obliqua sur la gauche et s'engouffra dans une grand-rue qui longeait le mur d'enceinte du monastère. Les pierres blanches, mal dégrossies et usées par le temps, contrastaient avec la splendeur sinistre des bâtiments avoisinants. Et pourtant, l'édifice religieux éclipsait tous les autres tant sa clarté le mettait en valeur. En guise de porte, le mur présentait une simple ouverture surmontée de bas-reliefs décatis. Le Grand Maître tenta d'en identifier le motif, mais en vain : les nouveaux propriétaires n'avaient pas daigné l'entretenir, et l'arche tout entière ne tarderait pas à s'effondrer sous le poids des ans.

Au-delà du mur d'enceinte, une promenade couverte entourait un vaste jardin. Pertinax en fut abasourdi : le sol de Terra était stérile depuis des millénaires, bien trop acide pour accueillir le moindre brin d'herbe. Par quel prodige cet ilôt de verdure était-il préservé dans la pénombre des ruches surpeuplées ? Tandis qu'il marchait le long de la promenade, le Dark Angel laissa son regard vagabonder sur les colonnes de pierre qui bordaient le chemin. Bien qu'irrémédiablement abîmées par l'atmosphère délétère, celles-ci arboraient encore fièrement la fleur de lys de l'Adepta Sororitas.

Ainsi donc, le monastère était en fait un couvent. Comment l'Ecclésiarchie avait-elle pu céder un tel édifice à l'Inquisition ? Les cardinaux clamaient à l'envi que leur étroite collaboration avec l'Ordo Hereticus résultait de leurs idéaux communs de respect de la sacro-sainte doctrine impériale. Mais en pratique, cette collaboration se manifestait souvent par une prudente soumission de l'Ecclésiarchie aux ordres d'un Inquisiteur de passage. Quel triste sort pour les soeurs de bataille que de voir leurs installations militaires ainsi livrées en pâture aux laquais des trois Ordos ! A n'en pas douter, tel était le sort que l'Inquisition réservait au Roc et à l'ensemble des forteresses-monastères de l'Adeptus Astartes.

Pertinax atteignit enfin le bâtiment principal. L'essentiel de l'espace intérieur était occupé par le grand amphithéâtre où devait se tenir le Concile. Bien que Pertinax fût en avance sur l'heure prévue, il constata que de nombreux Inquisiteurs l'avaient précédé. Vêtus de costumes hétéroclites et colorés, hommes et femmes se livraient à de discrets conciliabules. Chaque groupe se tenait soigneusement à l'écart des autres, jetant de temps à autre un regard inquiet aux alentours. Bien avant l'ouverture officielle des discussions, des alliances étaient forgées et des votes arrangés. Thargannis était là, lui aussi, en grande conversation avec un trio de vieillards. L'assemblée en elle-même ne serait-elle donc qu'une mascarade, un vulgaire simulacre de débat ? Pertinax s'était attendu à de telles simagrées, mais son dégoût n'en était pas moins grand ; aussi prit-il le parti de se diriger sans mot dire vers le premier rang de sièges. Là, il choisit une place au hasard et s'y assit prestement.

Il attendit un long moment que ses hôtes se décidassent à mettre un terme à leurs tractations. Finalement, les groupes se dispersèrent, et chacun regagna sa place dans un indescriptible brouhaha. Tandis que l'amphithéâtre retrouvait un calme relatif, l'officier Dark Angel estima plus diplomate d'ôter son heaume et de le poser à côté de lui, par égard pour les règles protocolaires.

Un vieil homme s'avança sur l'estrade. Grand, sec, il parlait d'une voix forte et empreinte d'autorité. Un Grand Inquisiteur, sans doute. En tout cas, il semblait avoir été désigné par ses pairs pour présider le Concile.


- Mes très chers frères, mes très chères soeurs. Soyez les bienvenus en ce Concile de la Très Sainte Inquisition. Au cours des prochains jours, nous allons apporter une réponse à toutes les questions oeucuméniques connues et déterminer la doctrine à faire appliquer d'un bout à l'autre de notre glorieux Imperium pour les années à venir. Je suis particulièrement heureux que les trois Ordres aient répondu à notre invitation, et j'adresse à chacun d'entre vous mes respects les plus profonds et les plus sincères. Mes amis, il est temps de commencer. Inquisiteur Weiss, je vous cède la parole.

Sur ces mots, l'homme s'esquiva, laissant la parole au premier orateur. Pertinax s'attendait à être présenté à l'assemblée, ou à être accueilli d'une façon ou d'une autre ; que ses hôtes se permissent de l'ignorer l'agaçait au plus haut point, mais il n'en laissa rien paraître.

Le Grand Maître ne tarda pas à découvrir qu'un Grand Concile est une manifestation où beaucoup parlent, mais où personne n'écoute. Les orateurs se succédaient à la tribune, abordant des sujets vains et abscons dans l'indifférence générale. Ainsi cet Inquisiteur qui se demandait si les croyances en vigueur sur le monde éloigné de Virago devaient être considérées comme hérétiques ; la population locale adorait un dieu unique, théoriquement compatible avec la doctrine générale de l'Ecclésiarchie au sujet des variantes locales du credo impérial, à ceci près que la société matriarcale de Virago ne pouvait concevoir qu'un dieu de sexe féminin. Toute la question était de savoir s'il était tolérable d'assimiler l'Empereur, père de l'Humanité, à la Sainte Mère du peuple de Virago. Dans la négative, les cent millions d'habitants de Virago devraient être éliminés au plus vite, ou à la rigueur recyclés en serviteurs mécanisés.

Pendant ce temps, les messes basses se poursuivaient dans les rangs du fond. Livres et documents étaient échangés au vu de tous, sans que quiconque ne trouvât à y redire. Pour Pertinax, un tel désordre était tout bonnement insupportable. Mais plus insupportable encore était le fait que nul ne semblait décidé à aborder la question de la disparition de Teufelgarten.

Soudain, Pertinax fut victime d'une violente migraine. Il faillit tout d'abord attribuer ce phénomène au vif agacement qui menaçait de le submerger. Mais il se ravisa. D'un air insouciant, il se saisit de son heaume, faisant mine de l'examiner ; puis il s'en coiffa de façon mécanique. La douleur cessa aussitôt.

Des psykers ! Quelque inconscient avait tenté de sonder son esprit. Ces maudits Inquisiteurs ne reculeraient-ils donc devant rien ? Faute de preuves tangibles, Pertinax devait se résoudre à faire comme si de rien n'était. Mais il porterait désormais son heaume protecteur en dépit du protocole.

Comme le craignait le Grand Maître, la journée fut interminable et se clôtura sans que lui ou Thargannis ne fût interrogé ou même pris en considération. Probablement la tactique d'usure déployée par l'Inquisition depuis l'arrivée de Pertinax sur Terra. En tout état de cause, l'officier en était réduit à espérer que son cas serait traité le lendemain.

La séance était à peine levée que les convives reprenaient leurs discussions passionnées en sous-main. Pertinax se leva en silence et entreprit de quitter le couvent au plus vite. C'est animé de sombres pensées qu'il parcourut à nouveau le pourtour du jardin.

Pensées qui furent interrompues brutalement. Six hommes venaient d'apparaître tout autour de lui, jusque là dissimulés par autant de colonnes de pierre. Au vu de leurs accoutrements débraillés, il devait s'agir de quelconques manants. Ou plutôt de quelconques brigands, car trois d'entre eux étaient armés de pistolets. Plus inquiétant, deux autres portaient des armes blanches parcourues d'éclairs et bourdonnant d'énergie. Quant au dernier, qui semblait jouer le rôle de chef, il brandissait une arme plus redoutable encore.


- Plus un geste, Marine. Tu sais ce que j'ai là, n'est-ce pas ? C'est un pistolet à plasma. Un seul mouvement, et je te pulvérise, avec ou sans armure.


A suivre...

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