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2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 09:21
Qui sait ma place en ce monde?

Martinien observait depuis plusieurs minutes les flammes d’un l’incendie en banlieue de la cité, à des kilomètres d’où il se trouvait. Une nouvelle offensive de ses frères venait de prendre son tribu de vies. Sur le balcon de cette riche propriété des hauteurs, l’astartes semblait pétrifié. Pourtant son conditionnement, tout malmené qu’il fut, lui permit de repérer l’individu qui venait d’entrer et qui s’approchait. Dans une pièce non loin, Erell qui avait été mise sous la garde de Martinien, fit comme si de rien n’était.
« Bonjour frère.
-Bonjour maître Séverin. » Ce dernier se plaça calmement à coté et regarda quelques instants dans la même direction que lui.
« Je sais. Il est des choses inacceptables car elles nous enlèveraient tout ce en quoi nous croyions alors. » Au dessus du dôme et virevoltant comme des insectes, des speeders de sécurité se dirigeaient vers le foyer du désastre. Même à cette distance, les space-marines entendaient distinctement les sirènes.
« Lors de la grande croisade, l’Empereur voulait propager le culte de la raison et la lumière de l’esprit humain. Libérer notre espèce de l’obscurantisme. Nous étions sa première légion. Les premiers, Martinien, ceux qui guerroyèrent à ses cotés.
Quelle pitié quand je vois ce que nous sommes devenus. Moi-même je ne l’ai pas cru quand le seigneur Cypher nous l’a appris. Nous étions arrivés dix mille ans plus tard, Caliban avait été détruite et l’Empereur avait été déifié ! Le chapitre était devenu fou à nous pourchasser, perdant tout honneur.
-Il y a de la noblesse en nous. On nous l’apprend toujours et nous servons fidèlement l’Empereur, Séverin. Ces abus viennent aussi de ce que vous avez fait alors. Ne me croyez pas naïf. Evidemment, je suis meurtri de voir les miens ainsi bafouer leur serment pour sauver des apparences mais ce n’est qu’un symptôme de ce qu’il s’est passé sur Caliban. Une conséquence de vos actes. » Martinien regarda fermement le capitaine des anciens temps. Celui-ci resta silencieux un moment, fixant l’horizon.
« Si fait.
Pourtant, ne vous ai-je pas montré cette vérité au risque que vous monter contre moi ? Je ne vous ai jamais caché ce que nous étions et comment le chapitre d’aujourd’hui nous voyait. Je suis un déchu, un traitre aux yeux des miens et pourtant je n’ai rien éludé. Vos propres frères ne peuvent en dire autant. Non seulement ils ne vous ont pas fait confiance mais ils trahissent leurs engagements envers notre maître pour nous débusquer ! Est-ce ces frères là que vous voulez suivre, Martinien ? Valent-ils vraiment mieux que nous ?! » Séverin fixa à son tour son interlocuteur mais cette fois-ci, ce dernier supporta son regard. Ils se défièrent un moment quand une voix intervint.
« Hé, les hommes de guerre ? Je n’ai pas un estomac de soldat, moi et ça fait deux jours que je mange de la compote. Si ce n’est que pour bouffer de la merde un jour sur deux, je peux retourner dans les bas-fonds. Au moins, je ne serai pas obligé de regarder vos ébats virils. »
Le grand maître Séverin cligna des yeux sur le coup et regarda, totalement interloqué, Erell qui venait d’arriver sur le balcon. Ridiculement petite à coté des deux géants, elle était là fière et provocante. Martinien se mit à rire à gorge déployée et cela lui fit le plus grand bien. Le capitaine resta plus fermé, apparemment pas habitué à ce genre de situation décalée.
« Ha ! Erell, vous êtes comme votre mère.
-Charmante ? Intelligente ?
-A tuer. » Martinien lui sourit chaleureusement et elle retourna à l’intérieur faisant des signes avec ses mains pour appuyer le fait qu’elle avait grand faim. Le fils du Lion se tourna vers le déchu.
« Je ne pourrais plus retourner auprès des miens et après ce que je viens de voir, je ne le voudrai plus de toute façon. Néanmoins, ce n’est pas pour autant que vous vous attacherez ma loyauté et mes services. Il est vrai que vous m’avez montré nombre de secrets mais ni vous, ni moi ne sommes dupes. Nous cherchons et travaillons à notre intérêt maintenant que nous ne sommes plus asservis au chapitre. Je resterai à observer vos actes comme vous m’avez montré ceux des miens.
Quels sont vos buts ? Quels sont vos objectifs ? Est-ce que vous valez mieux que nous ? Que s’est-il vraiment passé sur Caliban ? Viviel avait traité notre Primarque de traitre… Ferez-vous de même ? » Séverin se reprit de cette intervention en nourrissant une forte rancœur envers ce bout de femme qui avait ainsi brisé son élan. Il marcha et fit quelques pas cherchant à reprendre l’initiative.
« Dites-moi, dame Erell. Que vous plairait-il de manger ? » La jeune femme leva son nez d’un livre.
« Du sucre ! Nous sommes bien chez les rupins, ici. Il doit y avoir des pâtisseries de dingues. J’en voudrai bien s’il-vous-plait. » Parlant dans son communicateur le capitaine fit commande de toutes les bonnes choses disponibles en l’instant. Martinien l’observa, en constatant l’aplomb de ce dernier même dans une situation aussi atypique. Après quelques instants, Séverin se tourna vers lui.
« Je ne vous dirais rien de ce qui s’est passé jadis, ce serait inutile. Vous devriez me croire sur parole et dans notre situation c’est inapproprié. Vous jugerez de mes rêves et de mes actes. »
Le grand maître se dirigea vers l’intérieur de l’appartement.
« Je compte piéger la troisième et quatrième compagnie des Dark-angels sur Adelphe III. Rallier qui le voudra à notre cause comme vos chapelains investigateurs l’essayent mais sans la torture. Pour ceux qui refuseront, la mort les attendra et nous reprendrons ce don de l’Empereur qu’ils auront souillé. Martinien sembla effrayé.
-Les glandes progénoïdes… Mais enfin, que voulez-vous en faire ?
-Faire notre devoir et remplir notre mission. Finir la grande croisade. Monter tout d’abord une compagnie, puis un chapitre. Transformer Adelphe III en fer de lance de notre rédemption, tel un phare qui redonnera l’espoir à l’humanité. Ce n’est pas un projet que je pourrais voir aboutir de mon vivant. Je ne suis pas idiot ; il nous faudra du temps et énormément de discrétion mais on n’entreprend pas une chose parce qu’on est sûr de la voir aboutir mais parce qu’on la croit juste ! »
Martinien fit quelques pas en arrière sous le choc. Il s’attendait à un projet d’ampleur car depuis une semaine, le capitaine de la première légion l’avait abreuvé de ses réflexions sur la grande croisade, sur les temps anciens et sur ce qu’était devenu l’œuvre de l’Empereur mais cette révélation le déstabilisa. Comment pouvait-il savoir qu’elle était sa place au milieu de tout cela ? Encore une fois on l’éprouvait, malmenant tout son référentiel. Le monde autour de lui s’effritait de plus en plus. Il aurait été facile de se raccrocher à n’importe quoi pourvu que cette chute s’arrête et qu’enfin il retrouve ses marques. Même de suivre Séverin dans sa quête folle.
« Marti, t’as bientôt fini ? » La voix d’Erell sortit Martinien de sa torpeur.
« Comment voulez-vous vous y prendre. Parvint-il à dire.
-Tu le verras bientôt. Réfléchi à tout cela mon frère. Je t’offre la rédemption et la gloire. Nous retrouverons toi et moi notre place ! Si tu as d’autres questions, si tu veux encore parler, n’hésites-pas. En ce qui me concerne, je n’abandonne personne. » Le capitaine sortit tranquillement.


Erell vint se placer aux cotés de Martinien.
« Ca va ? J’ai été comment ? » Le géant resta silencieux quelques secondes.
« Vous avez été parfaite. J’ai cru revoir votre mère et cela m’a sauvé encore une fois.
-Je me suis permise d’intervenir sur la fin.
-Et je vous en remercie. La situation prend une tournure bien trop vaste et je ne sais plus que croire. Je ne peux pas œuvrer contre les miens en suivant Séverin. D’un autre coté, il a des arguments qui laissent songeur.
-C’est un malade si je puis me permettre. » Le fils du Lion regarda la danseuse en constatant qu’elle lui souriait. Il allait parler quant on vint apporter les fameuses pâtisseries. Erell bondit vers la porte et récupéra toute guillerette la montagne de glucose multicolore.
« Ne faite pas cette tête Marti. On vient de nous livrer un peu de bonheur et on n’a rien d’autre à faire en l’instant que d’en profiter. Venez ! » Le space-marines fit la moue, leva un sourcil et se gratta derrière la tête. « En effet. » finit-il par dire. Il se plaça en vis-à-vis de sa compagne et commença à regarder le plateau essayant de déterminer quelle serait sa cible. Il se décida pour une réalisation en forme d’aquilla avec des pépites de chocolat dessus. Après quelques minutes, il se décida à parler.
« La situation est très grave. Je comprends que la dérision et l’ironie aident à encaisser tant de nouveautés, surtout pour vous qui n’aviez jamais vu d’astartes. Nous sommes toujours auréolés de légendes et craints. Malgré cela, nous sommes en délicates postures et je ne sais vraiment plus quoi faire. Qui a raison ? Qui a tord ? Qui dois-je suivre ? Je dois choisir.
-Oui et non.
-Comment cela ?
-Le fait d’être parmi « les élus de l’Empereur » ne vous donne pas de clairvoyance particulière. Comprendre qu’on ne comprend pas, n’est pas un handicap, ni une tare. En l’état actuel des choses, avez-vous les moyens de déterminer qui a raison ?
-Il me semble que non.
-Et bien basta ! Acceptez-vos limites et quand viendra le moment où vous devrez faire un choix, faites-le avec ce que vous aurez ! En attendant, laissez courir et restez vigilant. Je vous le répète, votre grand copain c’est un malade qui croit à ses chimères. Il est nettement moins costaud que vous. » Et elle engloutit un énorme morceau de tarte.
Martinien ne dit rien d’autre et mangea tranquillement, remerciant l’Empereur de l’honorer de ces rencontres extraordinaires. Ce qu’on était loin de l’humanité dans une armure énergétique. Entre ceux qui la méprisaient en se faisant un devoir de la protéger et ceux qui voulaient régler ses problèmes à sa place, l’Humanité n’avait pas fini de souffrir. Que pouvait-il y faire ?

Linuial
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